Tradition et modernité, des Autochtones du Grand Nord veulent dégenrer leur artisanat

Cynthia Pavlovich et Dustin Qaiyan Smith tentent tous les deux de préserver les connaissances entourant la fabrication de tambours et de parkas tout en modernisant leur art. (Mohamed-Amin Kehel/Radio-Canada)

Aux Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.), deux artistes autochtones tentent de casser les codes de genre associés aux objets qu’ils confectionnent. Dans le cas de Dustin Qaiyan Smith, c’est le parka, tandis que pour Cynthia Pavlovich, c’est le tambour. Les deux artistes se racontent et explorent la relation qu’ils ont avec ces objets traditionnels.

C’est une journée de grand froid à Inuvik en ce début du mois de janvier. La période de nuit polaire vient de se terminer, mais le mercure descend encore en dessous des -40 degrés Celsius.

Au milieu du blanc de la neige, le parka de Dustin Qaiyan Smith détonne avec son violet, sa fourrure abondante et sa capuche pointue.

À 24 ans, celui qui est en partie inuvialuk (inuit de l’Ouest canadien) et inupiaq (inuit de l’Alaska) est issu d’une famille où la couture se transmet de génération en génération.

« J’ai commencé à coudre pendant la pandémie [de COVID-19] », confie-t-il très timidement. « J’ai vu le parkie [variante affective du mot « parka »] de ma grand-mère et j’ai voulu avoir le même. »

Dustin Qaiyan Smith (à droite) et son conjoint ont installé à leur domicile tout un atelier de couture pour confectionner leurs parkas. Ce travail peut représenter de deux à trois semaines de travail pour une seule pièce. (Mohamed-Amin Kehel/Radio-Canada)
Je suis un couturier de génération en génération. Mes arrière-grands-mères étaient couturières, ma grand-mère était couturière, ma mère en est une et j’en suis un aussi.Dustin Qaiyan Smith, créateur de parkas traditionnels

Pour Cynthia Pavlovich, la période pandémique a aussi été un catalyseur de son amour pour le tambour.

Cette Tetlit Gwich’in, du peuple gwich’in de Fort McPherson, aux T.N.-O., a été élevée à Mayo, au Yukon. Là, sur les terres de la Première Nation Na-Cho Nyäk Dun, elle raconte avec fierté avoir grandi dans « une communauté très matriarcale » et s’être inspirée des femmes auprès desquelles elle a évolué.

Cynthia Pavlovich enseigne la fabrication de tambours traditionnels et utilise du cuir de cerf. (Mohamed-Amin Kehel/Radio-Canada)

Aller au-delà du genre

Aujourd’hui, la mère de deux enfants offre divers ateliers pour transmettre ses connaissances traditionnelles. Parmi ces derniers, il y a ceux qui sont destinés à la confection des tambours, qu’elle enseigne au Collège Nordique et au Collège Aurora.

« Selon les vieilles pratiques traditionnelles, les hommes sont censés jouer du tambour », explique Cynthia Pavlovich, et les femmes avaient d’autres responsabilités cérémoniales.

En se lançant dans cette aventure, la Ténoise d’adoption a choisi comme premier instrument un tambour en peau d’ours là aussi, pour briser un tabou de genre.

Là où j’ai grandi, interagir avec les ours pour les femmes est un peu tabou. Nous n’avions pas le droit d’en manger. Et je me suis dit : quitte à faire exploser toutes les normes, autant le faire à fond, non?Cynthia Pavlovich, propriétaire de Gwich'in Luxury et créatrice de tambours traditionnels
Le premier tambour que Cynthia a fabriqué a été en peau d’ours. (Mohamed-Amin Kehel/Radio-Canada)

À Inuvik, Dustin Qaiyan Smith a, lui, décidé de confectionner et porter des parkas dont la coupe est traditionnellement réservée aux femmes. Ces manteaux se différencient notamment par leurs longues capuches pointues, initialement pensées pour pouvoir y porter un bébé, et leur immense fourrure faisant penser à un soleil.

« Je voulais commencer à brouiller les lignes sur les genres entre les parkas pour hommes et ceux pour femmes », explique Dustin Qaiyan Smith, ajoutant : « Je dis toujours qu’aussi longtemps qu’on est à l’aise de porter quelque chose, on peut le faire. »

Traditionnellement, les parkas pour femmes ont de longues capuches pointues, initialement pensées pour pouvoir y porter un bébé. (Mohamed-Amin Kehel/Radio-Canada)

L’artisan se dit ravi des « réactions positives » qu’il reçoit dans la communauté et souligne que les gens comprennent que son initiative vise à « garder la culture vivante à travers la couture ».

« Même si on essaie de revitaliser une tradition, si on ne modernise pas un peu, alors il est très probable que ça tombe dans l’oubli de nouveau », conclut-il

Un article de Mohamed-Amin Kehel

Radio-Canada

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