Québec mise sur la participation inuit aux grands projets dans son budget 2026-2027

La communauté de Uashat mak Mani-utenam est actionnaire du projet de parc éolien Apuiat. Le fonds de garantie de prêts de 500 millions de dollars annoncé par Québec permettrait à d’autres communautés de s’impliquer de manière similaire dans des projets d’envergure. (Simon Lavictoire/Archives/Radio-Canada)

Dans son dernier budget avant la tenue des élections en octobre, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) consacre la majorité des sommes réservées aux peuples autochtones dans la province à l’implication des communautés dans les grands projets économiques. Cependant, les investissements pour lutter contre les inégalités auxquelles font face les Premières Nations et les Inuit sont nettement plus modestes.

Le gouvernement annonce la création du fonds de 500 millions de dollars pour offrir des garanties de prêt aux communautés autochtones afin qu’elles puissent participer financièrement à des projets économiques.

Les détails et les modalités du fonctionnement de ce nouveau fonds feront l’objet de discussions ultérieures.

Québec imite ainsi le gouvernement fédéral, qui dispose depuis 2024 de son propre fonds pour les communautés autochtones voulant investir dans de grands projets. Le gouvernement de Mark Carney a d’ailleurs annoncé l’an dernier qu’il doublerait le programme de garantie de prêts fédéral, le faisant passer à 10 milliards de dollars.

Qui dit développement économique et communautés autochtones dit aussi consultations, Constitution oblige. Québec prévoit donc investir 4,7 millions de dollars sur 2 ans pour soutenir la participation des communautés et des organismes autochtones aux consultations environnementales des projets de développement économique.

Cette somme fait partie d’une enveloppe de 35,1 millions de dollars destinée à la création d’« un environnement d’affaires favorable à la réalisation de projets industriels », peut-on lire dans le budget Girard, ce qui, encore une fois, ne manque pas de rappeler les grandes orientations d’Ottawa en la matière.

Le gouvernement provincial compte octroyer 1,5 million de dollars cette année seulement pour soutenir le développement de la main-d’œuvre autochtone. Pour ce faire, Québec veut embaucher 15 agents de liaison au développement de la main-d’œuvre autochtone qui auront pour mission d’intégrer les personnes autochtones sur le marché du travail.

Ces agents auront à travailler sur la collaboration entre les communautés autochtones et les bureaux d’aide à l’emploi de Services Québec.

Bien qu’il s’agisse d’argent frais, le recrutement de ces 15 agents de liaison figure dans le Plan d’action gouvernemental pour le mieux-être social et culturel des Premières Nations et des Inuit. Mis sur pied en 2022, il était doté d’un budget initial de 141 millions de dollars pour soutenir ses projets jusqu’à son échéance en 2027.

Peu de fonds pour les crises et les inégalités sociales

La fin prochaine du Plan d’action est source d’inquiétude pour bien des organisations et des communautés autochtones au Québec. À cela s’ajoute la fin du programme J’ai espoir, l’an dernier. Ce programme, lancé en 2020, était muni d’une enveloppe de 200 millions de dollars pour mettre en œuvre les 142 recommandations de la commission Viens, entre autres.

Québec compte continuer le travail dans ce dossier, mais il ne sera pas aussi généreux que par le passé. Le budget prévoit ainsi 25 millions de dollars pendant 5 ans pour offrir des services aux Autochtones vivant en milieu urbain et pour améliorer les services publics auprès des Premières Nations et des Inuit.

Dans son rapport de novembre 2025 sur les progrès réalisés pour améliorer les relations entre les services publics québécois et les Autochtones, le protecteur du citoyen soulignait qu’un « financement adéquat et durable demeure un élément indispensable à l’amélioration continue de services publics adaptés et culturellement sécuritaire ».

Marc-André Dowd notait également dans son rapport que des lacunes « préoccupantes » persistaient dans la province.

Dans le même ordre d’idée, le budget compte des investissements de 5,6 millions de dollars par année d’ici 2030-2031 pour favoriser l’accès à justice dans le Nord-du-Québec.

Toujours dans le nord de la province, Québec octroie 20,9 millions sur 3 ans pour l’entretien de son parc de logements accessibles au Nunavik. La vaste majorité de cette somme, soit 19,8 millions de dollars, servira à permettre la reconstruction d’habitations à loyer modique qui ont été « détruites à la suite de sinistres ». Le reste ira à la rénovation d’une résidence pour les personnes souffrant de troubles de santé mentale.

Le budget ne contient pas d’autres nouvelles mesures qui touchent spécifiquement les Autochtones en matière d’itinérance, de crise du logement ou de lutte contre la criminalité.

Des investissements en infrastructures communautaires à la baisse

Par ailleurs, le Plan québécois des infrastructures (PQI) prévoit 1,33 milliard d’ici 2036 pour les infrastructures numériques et communautaires chez les Premières Nations et les Inuit. Ces sommes représentent 0,8 % des 167 milliards de dollars prévus au PQI.

Plus de la moitié de cet argent (751,7 millions de dollars, ou 56 %) sera consacrée au « maintien d’actifs », et le reste (581,6 millions de dollars, ou 44 %) ira à la bonification du parc d’infrastructures.

On trouve parmi les éléments détaillés dans le PQI des projets en communauté, comme la construction du Centre de la culture et des arts de Kahnna:wàke, de grands chantiers en territoire cri (telle la réfection de la route Billy-Diamond) et l’implantation du réseau de télécommunication en Eeyou Istchee, mais aussi certaines initiatives en milieu urbain.

C’est le cas de l’agrandissement du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or et de la construction de 61 logements à Sept-Îles. La réalisation de ces derniers avait déjà été annoncée avant le dévoilement du budget.

Bien que le ministre responsable des Infrastructures, Benoit Charette, ait vanté une huitième hausse consécutive du PQI dans son ensemble, les investissements pour les infrastructures communautaires autochtones sont à la baisse.

Le plan 2025-2035 faisait état de 788 millions de dollars pour le maintien du parc d’infrastructures communautaires autochtones et de 755,6 millions de dollars pour sa bonification, pour un total d’un peu plus de 1,54 milliard de dollars sur 10 ans.

Des projets qui émanent d’autres secteurs d’activité bénéficieront cependant aussi à certaines communautés des Premières Nations et inuit. Sous la rubrique « Éducation », par exemple, on trouve l’étude pour la « bonification » de l’école primaire de Kawawachikamach et de l’école secondaire de Kangiqsujuaq, deux projets évalués à au moins 50 millions de dollars.

Un article de Shushan Bacon et de Dominique Degré

Espaces autochtones, Radio-Canada

Pour d’autres nouvelles sur les Autochtones au Canada, visitez le site d’Espaces autochtones.

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