Le chef d’antenne et modérateur de ce débat en français, Patrice Roy de Radio-Canada au centre, et les chefs des partis fédéraux. De gauche à droite, Jagmeet Singh (NPD), Elizabeth May (Parti vert), Maxime Bernier (Parti populaire du Canada), Justin Trudeau (Parti libéral), Andrew Sheer (Parti conservateur) et Yves-François Blanchet (Bloc québécois).(Photo : Sean Kilpatrick/Presse canadienne)

Élections 2019 au Canada : dernier débat des chefs en français

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Dans une formule différente de celui de lundi dernier en anglais et avec deux chefs qui n’y étaient pas lors du précédent débat en français, celui de jeudi soir est le dernier avant les élections du 21 octobre.

Les thèmes retenus étaient les suivants :

  • économie et finances,
  • environnement et d’énergie,
  • identité, éthique et gouvernance,
  • politique étrangère et d’immigration,
  • services aux citoyens.

En anglais, les importants enjeux autochtones ont fait partie des débats, alors qu’ils étaient pratiquement absents en français. Cela dit, ils ont été au cœur du segment portant sur l’identité, l’éthique et la gouvernance.

Les six chefs qui participaient aux débats : Justin Trudeau, Andrew Scheer, Jagmeet Singh, Yves-François Blanchet, Elizabeth May et Maxime Bernier. (Photo : La Presse canadienne)

De gauche à droite, les places des chefs sur la tribune au Musée de l’histoire du Canada ont été désignées par le sort : Jagmet Singh (NPD), Elizabeth May (verts), Maxime Bernier (PPC), Justin Trudeau (PLC), Andrew Sheer (PCC) et Yves-François Blanchet (BQ).

Chacun des thèmes ont été ouverts par une question du public et se sont terminés par celles d’un journaliste invité aux côtés du modérateur du débat, Patrice Roy, chef d’antenne à Radio-Canada.

De gauche à droite : Alec Castonguay, Patricia Cloutier, Patrice Roy, Hélène Buzzetti et François Cardinal (Photo : Partenariat canadien pour la production des débats)

(Photo : iStock)

Environnement et énergie

Le pétrole, les émissions de GES et les énergies propres

 « Quelles actions entendez-vous prendre dès maintenant pour faire face aux changements climatiques? »

Élisabeth Darveau, Trois-Rivières

Le premier ministre Trudeau est revenu sur le programme de son parti, citant de grands principes. Quant à Maxime Bernieril a attaqué avec véhémence la taxe sur le carbone, revenant sur une statistique déjà soulignée lors du débat en anglais où il disait que les émissions canadiennes ne sont que 2,6 % des émissions totales sur Terre.

Maxime Bernier parle de l’urgence de dépolluer les eaux canadiennes et l’air que l’on respire et, sur la question de l’environnement, traite les autres chefs de parti « d’hypocrites. » 

Comme ce débat en français s’adresse surtout aux Québécois, Jagmeet Singh a rappelé les inondations du printemps et les feux de forêt de l’été au Québec. Il est revenu avec force sur l’achat du pipeline Trans Mountain et a fait part de son opposition à cet investissement fédéral, tout comme au passage d’un pipeline d’Ouest en Est par le Québec vers le Nouveau-Brunswick.

Il ajoute qu’il annulerait toutes les subventions accordées aux compagnies pétrolières, qu’il investirait massivement dans les énergies propres et dans les transports en commun.

Le chef conservateur Andrew Scheer a rappelé qu’il était père de cinq enfants et qu’il souhaite leur laisser un environnement plus propre. Il a souligné « un autre échec de Justin Trudeau », selon lui. Il a aussi mentionné qu’un gouvernement conservateur empêcherait les déversements d’eaux usées dans le Saint-Laurent, « notre Saint-Laurent ».

Yves-François Blanchet et Elizabeth May ont également affirmé qu’il fallait cesser de subventionner les pétrolières et laisser le pétrole dans le sol grâce notamment à des mesures incitatives. Sur ce thème, Mme May a été plus émotive, parlant d’un point de non-retour et de son programme de parti en totale concordance avec les recommandations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Elle a ajouté qu’un gouvernement vert mettrait sur pied un cabinet de guerre.  

Sont venus par la suite des débats à trois.

Premier trio : Justin Trudeau, Elizabeth May et Yves-François Blanchet

Pour atteindre les cibles de réduction des émissions de GES, la taxe carbone devrait atteindre 102 $ la tonne.

À cet énoncé, le chef du Bloc est d’accord, mais a ajouté qu’un échéancier doit y être appliqué. De plus, il faudrait définir les cibles pour les usages du pétrole autre que le transport, le chauffage notamment.

Il a rappelé ici le projet de péréquation verte proposée par son parti, un concept selon lequel les provinces qui émettraient des GES en dessous des cibles fixées se verraient transférer des fonds des autres provinces qui seraient au-dessus.   

Elizabeth May a répété qu’il nous faudrait une taxe carbone de l’ordre de 200 $ la tonne dès maintenant et de viser une élimination complète des émissions de GES au plus tard en 2050.

Le projet du gouvernement libéral fait passer cette taxe à 50 $ la tonne l’année prochaine. Justin Trudeau souligne que la stratégie libérale comprend également de bannir les plastiques à usage unique et de planter deux milliards d’arbres au pays. Il a dit à Yves-François Blanchet qu’il nous faut une stratégie nationale pour faire face aux premiers ministres conservateurs provinciaux Jason Kenney, en Alberta, et Doug Ford, en Ontario.

Second trio : Andrew Scheer, Maxime Bernier et Jagmeet Singh

Le chef conservateur a parlé de son projet de corridor énergétique, alors que, dans la même veine, Maxime Bernier du Parti populaire a souligné l’importance de faire sortir le pétrole de l’Alberta.

Justin Trudeau et Andrew Scheer (Adrian Wyld/Presse canadienne)

Les questions de François Cardinal, éditorialiste en chef au quotidien La Presse

« Est-ce que l’annulation de la taxe sur le carbone n’est pas un permis de polluer? »

Maxime Bernier a dit être le seul chef à refuser le consensus. Il ne renie pas la science, mais a parlé de 500 scientifiques qui mettent un sérieux bémol sur le réchauffement planétaire. Selon lui, Mme May a raison, avec sa taxe sur le carbone à 200$ la tonne on atteindra les cibles de l’Accord de Paris, mais on aura détruit l’économie canadienne.  

« Êtes-vous en faveur de la décroissance de l’économie canadienne? » a-t-il dit à Elizabeth May

Non, a-t-elle répondu, mais cette transformation en profondeur de l’économie ne se fera pas aux dépens des Canadiens. Selon elle, le Canada doit profiter des occasions économiques qui se présentent à lui en abandonnant le pétrole.

« Pourquoi appuyez-vous le troisième lien entre la rive sud et Québec? » a-t-on demandé à Yves-François Blanchet.

Le chef bloquiste a répondu ne l’avoir ni appuyé ni décrié. Il y a une analyse environnementale en cours, il préfère attendre les résultats. Il ajoute aussi que c’est de juridiction provinciale.  

Justin Trudeau (libéral), Andrew Scheer (conservateur) et Yves-François Blanchet (bloquiste) (Adrian Wyld/Presse canadienne)

Citations percutantes

« Si nous déposons notre projet de péréquation verte, allez-vous voter pour? Est-ce qu’un bon oléoduc, ça existe? » – Yves-François Blanchet à Justin Trudeau

« M. Trudeau, vous proposez d’utiliser des fonds publics pour un oléoduc et c’est une hérésie climatologique. » – Elizabeth May à Justin Trudeau

« Ici, c’est monsieur pipeline, là, c’est monsieur pipeline et (pointant Justin Trudeau) là c’est aussi monsieur pipeline. Moi, je suis Jagmeet Singh et je dis qu’il n’y aura pas de pipeline au Québec. » – Jagmeet Singh

(Photo : iStock)

Économie et finances 

« L’économie va bien et les déficits n’ont plus la même prise sur les électeurs »  – Michel David, Le Devoir, citation en table ronde avant le débat

«  Je suis à la retraite et je peux vous dire que c’est plus difficile quand on est seule. Quelles mesures fiscales entendez-vous prendre pour aider les personnes âgées vivant seules? »

Marie Saint-Jean, membre du public assistant au débat au Musée de l’histoire du Canada

Andrew Scheer a souligné que la plateforme conservatrice en fait une priorité, notamment par une majoration de 1000 $ du crédit d’impôt en raison de l’âge, alors qu’Yves-François Blanchet a proposé une augmentation de la sécurité de la vieillesse de 110$/mois.

Justin Trudeau a rappelé que son gouvernement a augmenté le supplément de revenu garanti de la sécurité de la vieillesse de 10 % et qu’il y a une proposition à venir d’un prochain gouvernement libéral d’augmenter la rente au survivant jusqu’à 75 % de ce qu’ils recevaient avant le décès du conjoint.

Avant de répondre, Elizabeth May a rappelé que le débat de ce soir se déroulait sur « un territoire autochtone non cédé » en remerciant d’un résonnant « Migwesh ». Son parti créerait un ministère des aînés.

Maxime Bernier est revenu encore sur le manque de moyens financiers de ces ambitions. « D’abord, les finances publiques, équilibrons le budget et ensuite on s’y mettra », a-t-il lancé. 

Premier trio : Jagmeet Singh, Elizabeth May et Yves-François Blanchet

Aucun des trois chefs ne promet de réduction d’impôt. Jagmeet Singh a affirmé que les plus riches ne paient pas leur juste part et qu’avec une stratégie fiscale adéquate – une taxe sur la fortune – le Canada pourrait percevoir des revenus supplémentaires de 70 milliards de dollars.

Il a ajouté vouloir investir dans les gens et non pas dans un pipeline, une pointe directe à Justin Trudeau et à l’achat de Trans Mountain.

Elizabeth May a parlé d’un programme vert qu’elle qualifie du « plus chiffré de tous ». Au pouvoir, son parti taxera les plus riches et les géants du web tout en éliminant les frais de scolarité. Un gouvernement vert atteindrait l’équilibre budgétaire en cinq ans.

Yves-François Blanchet a rappelé qu’« il n’y a qu’Andrew Scheer qui n’a pas produit de cadre financier ». Les bloquistes veulent s’attaquer aux paradis fiscaux et a fait part du désir du Québec d’avoir une déclaration de revenus unique, comme c’est le cas ailleurs au Canada, mais gérée par Québec et non par Ottawa, ce qui serait très différent.

Maxime Bernier, chef du Parti populaire du Canada (Photo : Chris Wattie/La presse canadienne)

Second trio : Maxime Bernier, Justin Trudeau et Andrew Scheer

Dans cette partie du débat, jusqu’ici très poli, très civilisé, la cacophonie s’est installée.

MM. Scheer et Bernier ont ciblé Justin Trudeau, invoquant les subventions aux entreprises, des déficits à répétition et un équilibre budgétaire inatteignable avec des politiques libérales.

Justin Trudeau s’est défendu en parlant de résilience des Canadiens grâce à ces mêmes investissements qui ont créé beaucoup d’emplois et amélioré le sort de milliers de Canadiens.  

Les questions d’Hélène Buzzetti, correspondante parlementaire du quotidien Le Devoir

« Sous le gouvernement de Stephen Harper, dont vous avez fait partie, il y a eu des coupures en culture et en recherches scientifiques. Y en aura-t-il dans un gouvernement conservateur? » a-t-elle demandé à M. Scheer.

Le chef conservateur a répondu par la négative, en affirmant que les fonds retirés à l’aide internationale, soit 1,5 milliard de dollars, serviront en partie à assurer la pérennité de ces subventions.

« Comment allez-vous vous y prendre pour faire payer les riches? C’est connu, les riches ont de très bons fiscalistes », a-t-elle dit à Jagmeet Singh.

Le chef du NPD a reconnu qu’il y a là une difficulté de taille. Il a donné l’exemple d’une taxe ajoutée de 1 %. Le montant prélevé serait moindre que les frais de dépôts dans des paradis fiscaux.

« Pourquoi vouloir abolir le système de l’offre et de la demande en agriculture? », a-t-elle demandé à Maxime Bernier.

Le chef du plus jeune parti fédéral a parlé de liberté de choix, soulignant au passage que, selon lui, ce système est digne du système socialiste.

Si le Canada met un terme à ce système, il pourra garder bien effectives les règles de Santé Canada sur la salubrité des produits.

Elizabeth May du Parti vert (Photo : Chris Wattie/La Presse canadienne)

Citations percutantes

 « Tous les autres chefs promettent des dépenses, moi je dis que c’est impossible. » – Maxime Bernier

« Trudeau a présenté un cadre financier écrit sur un « napkin » sur un coin de table. »  Andrew Scheer

« Vous, Monsieur Bernier, vous parlez de coupures, pas nous. » – Justin Trudeau

(Photo : iStock).

Services aux citoyens 

La vie en milieu minoritaire, les dossiers autochtones et la culture

« Vivre dans un contexte minoritaire est un défi constant. Au fédéral, être servi en français est tout un défi. Un exemple : en faire la demande au bureau des passeports augmente notre temps d’attente d’un facteur 10. Concrètement, quels outils donnerez-vous au commissaire aux langues officielles pour qu’il fasse respecter nos droits? »

Marc Gravel, de Mississauga

Tous les chefs ont mentionné que la Loi sur les langues officielles devrait être revue.

Andrew Scheer a rappelé qu’il a déjà donné son appui à la création de l’Université francophone de l’Ontario, un projet mis à mal par le gouvernement provincial de Doug Ford.

Elizabeth May voudrait donner plus de pouvoir au commissaire pour sévir, alors que Maxime Bernier a ajouté ne pas vouloir s’ingérer dans un champ de compétences provinciales.

Yves-François Blanchet a déclaré que le commissaire doit ramener le principe de réciprocité : les francophones hors Québec doivent avoir les mêmes droits et les mêmes services que les anglophones au Québec.

Justin Trudeau est revenu sur les coupes du gouvernement progressiste-conservateur de Doug Ford en Ontario, une stratégie utilisée lors du débat en anglais. Le premier ministre sortant a fait ici un parallèle avec les politiques des conservateurs fédéraux.

Jagmeet Singh chef du NPD (Photo : Chris Wattie/La Presse canadienne)

Premier trio : Jagmeet Singh, Andrew Scheer et Yves-François Blanchet

C’est ici que sont venues les premières mentions des dossiers autochtones. Le modérateur a rappelé de tristes épisodes historiques, notamment celui des pensionnats autochtones.

À la question : « Que ferez-vous pour vraiment améliorer les conditions de vie des autochtones? » le chef néo-démocrate a parlé de respect et de dignité.

Andrew Scheer affirmait de son côté que les projets qui venaient des communautés devaient recevoir l’appui du fédéral, qu’il s’agisse de ressources naturelles, de mines ou de transport du pétrole. Il promet que, s’il est élu, il instituerait une nouvelle dynamique de fonctionnement entre les ministères à Ottawa.

Selon le bloquiste Yves-François Blanchet, nous faisons face à un terrible déficit de confiance, ajoutant que ce sont de véritables nations qui devraient jouir des mêmes droits.

Second trio : Elizabeth May, Justin Trudeau et Maxime Bernier

Toujours sur le dossier autochtone, Justin Trudeau a mentionné que Perry Belgard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Canada, a déclaré que le gouvernement qu’il dirigeait est celui qui en a fait le plus pour les Autochtones, ajoutant du même souffle qu’il restait encore beaucoup à faire.

Il a été attaqué sur la décision du gouvernement de contester un jugement qui oblige le Canada à verser 40 000 $ à chaque enfant autochtone ayant subi des dommages causés par le système de protection de la jeunesse dans les communautés autochtones.

Il s’est défendu en disant que c’est l’échéancier qui est contesté, et non la décision.

Maxime Bernier a souligné de son côté qu’il y a 21 milliards de dollars investis par le Canada dans ses relations avec les Premières Nations. Selon lui, le Canada devrait abolir la Loi sur les Indiens et accorder le droit de propriété dans les communautés.

Très peu présente lors de la campagne électorale, la culture a fait partie de ce segment du débat.

Il a été question d’imposer les géants du web, de répartition des revenus aux médias qui connaissent une crise sans précédent au Canada et aux créateurs qui ne reçoivent pas leur juste part pour l’utilisation ou la diffusion de leurs œuvres.

Yves-François Blanchet a proposé la création d’une nouvelle régie pour ces gros joueurs, alors que Maxime Bernier est revenu sur la notion d’équilibre budgétaire d’abord.

Les questions de Patricia Cloutier, correspondante à l’Assemblée nationale à Québec pour le quotidien Le Soleil

 « Dans le dossier des fuites de données personnelles, devrait-on pénaliser les banques et les institutions financières dont les clients sont les victimes? »

Ici, nous avons assisté à une rare unanimité des chefs, Justin Trudeau parlant de partenariat et de partage d’informations et de techniques avec la Grande-Bretagne et la France. Et Yves-François Blanchet a réclamé des mesures plus sévères.  

« Devrait-on investir plus sérieusement dans le train à grande fréquence dans le corridor Windsor-Québec? »

Encore une fois nous avons assisté à un concert d’unanimité avec quelques bémols. Yves-François Blanchet a parlé d’un « projet sasquatch [créature légendaire de l’Ouest canadien dans la famille du yéti, NDLR], alors que Maxime Bernier a mentionné le manque de responsabilité, d’un projet lancé avec de l’argent que l’on n’a pas.

Citations percutantes

« J’apprends mon subjonctif malgré l’imparfait de mes paroles. »  Andrew Scheer

« Au Québec, on sait très bien ce que c’est qu’être une minorité. » Yves-François Blanchet

«  Je ne suis pas francophone, mais francophile. » Jagmeet Singh

« On trouve des milliards pour acheter un oléoduc et on ne trouve pas les fonds nécessaires pour amener de l’eau potable dans des communautés autochtones. » Yves-François Blanchet

(Photo: iStock)

Politique étrangère et immigration 

Les relations tendues avec la Chine, les réfugiés et le chemin Roxham

« Avec les événements que l’on voit à Hong Kong, seriez-vous prêts à cesser les échanges économiques si rien ne s’améliore? »

Philippe Marcil, Moncton

Maxime Bernier a affirmé que même si l’on doit bien étudier les relations commerciales, les valeurs canadiennes ont préséance. Il est important de rapatrier les deux Canadiens détenus en Chine en représailles à l’arrestation de la dirigeante de Huawei au Canada à la demande des États-Unis, lançant une pointe du même souffle à Justin Trudeau.

M. Trudeau a pris la balle au bond, affirmant que la priorité canadienne a toujours été de défendre les Canadiens où qu’ils soient. Le dossier de ces otages est évoqué très souvent auprès des alliés du Canada.

Andrew Scheer a ramené sur le tapis ce qu’il a qualifié de désastreux voyage de Justin Trudeau en Inde, soulignant au passage que ce n’est pas une surprise si les Chinois ne respectent ni Justin Trudeau ni le Canada. Il a ajouté que s’il est élu, il retirera le Canada de la Banque des infrastructures asiatiques.

Elizabeth May a parlé d’un traité canado-chinois signé par le gouvernement conservateur de Stephen Harper et l’a qualifié d’« éléphant dans la chambre ».

Yves-François Blanchet a eu une pensée pour les agriculteurs qui font les frais de ce conflit diplomatique aux répercussions commerciales.

En formule trio, Yves-François Blanchet a demandé à Andrew Scheer s’il proposait une approche à la Trump.

Ici, le débat s’est échauffé entre MM. Blanchet et Scheer sur la relation d’Ottawa avec le Québec. C’en était par moment cacophonique.

Les chefs ont ramené à l’avant-scène l’affaire SNC Lavalin, accusant Justin Trudeau de s’être ingéré dans le processus judiciaire.     

Enfin, le thème de l’immigration est arrivé et il a été d’abord amené en lien avec la pénurie d’emplois constatée un peu partout au Canada.

Justin Trudeau a nié que les personnes qui traversent illégalement la frontière canadienne, notamment au chemin Roxham au Québec, profitent de passe-droit dans le processus de demande de statut.

Il a aussi ajouté qu’en matière d’immigration, une entente entre Québec et Ottawa accorde à la province un pouvoir de sélectionner son immigration.  

Yves-François Blanchet (Bloc québécois) (Adrian Wyld/Presse canadienne)

Les questions d’Alec Castonguay, chef du bureau politique pour L’Actualité

« Est-ce que le chemin Roxham est un problème? », a-t-il demandé à Justin Trudeau.

Il n’y a pas de passe-droit à la frontière, a-t-il reçu comme réponse.

« Le réchauffement climatique est un problème planétaire. La Chine entend ouvrir six nouvelles centrales au charbon par mois. Comment est-ce que les actions canadiennes ne seront pas tout simplement vaines? » a-t-il demandé à Elizabeth May.

« Nous avons perdu notre rôle de chef de file mondial, mais nous devons le faire. Nous devons redevenir qui nous sommes vraiment », a-t-elle dit.

Citations percutantes

«  Je suis fier d’être québécois et fier d’être canadien. Je suis fédéraliste. » Justin Trudeau

« Monsieur Trudeau, vous avez de belles paroles, mais vous être le premier ministre de vos petits amis. » Jagmeet Singh

« L’emprisonnement de Raif Badawi et la vente d’armes à l’Arabie saoudite, ça choque au Québec. » Yves-François Blanchet

(Photo : iStock)

Identité, éthique et gouvernance 

Mourir dans la dignité, l’avortement, la Loi 21 au Québec, SNC Lavalin

Cette dernière question a été la plus touchante de la soirée

«  J’ai la sclérose en plaques. Je ne marche plus, j’ai des plaies de pression. Afin de permettre aux grands malades le droit de mourir dans la dignité, vous engagez-vous à alléger la loi actuelle? »

Lise Pigeon, Montréal

Encore une fois, tous les chefs ont presque parlé d’une seule voix. Tous sont d’accord pour changer cette loi et permettre aux gens de mourir dans la dignité.

Jagmeet Singh a remercié Mme Pigeon d’avoir eu le courage de poser cette question et a ajouté que les critères sont trop restrictifs, trop limités.

Justin Trudeau s’est engagé à le faire dans les six premiers mois d’un prochain mandat. Quant à Andrew Scheer, il a rappelé que tous les partis en chambre ont tenté de trouver de bonne foi un terrain d’entente.

Sur la question de l’identité, Jagmeet Singh a affirmé que son turban ne l’a jamais empêché d’être pour l’avortement ou encore pour le mariage entre conjoints de même sexe.

Quant à la Loi sur la laïcité de l’État au Québec et à une possible contestation judiciaire de la part du gouvernement fédéral, Justin Trudeau n’a pas fermé la porte, faisant un parallèle entre les droits individuels de chacun et ceux des francophones en milieu minoritaire.  

La fermeture annoncée de la seule clinique pratiquant des avortements à Fredericton, capitale du Nouveau-Brunswick, pour cause de non-financement provincial a fait surface dans le débat.

La loi sur la laïcité du gouvernement du Québec a suscité des conversations houleuses qui ont même poussé le modérateur à menacer de fermer les micros.  

Andrew Scheer a accusé Yves-François Blanchet de vouloir relancer le processus référendaire. Elizabeth May a rappelé que la Loi 21 n’est pas un enjeu fédéral.  

Enfin, les chefs ont été questionnés sur l’affaire SNC Lavalin.

« Souhaitez-vous un accord de réparation? » a demandé Patrice Roy.

Selon Maxime Bernier, aucune entreprise n’est au-dessus de la loi.

Jagmeet Singh et Elizabeth May ont déclaré que sur ce sujet et selon cette réponse, ce serait assurément la seule fois où ils seraient d’accord avec M. Bernier.

Justin Trudeau a souligné que presque tous les pays alliés du Canada ont des ententes de réparation et qu’il voulait ainsi protéger les milliers d’emplois. La compagnie devrait payer de fortes sommes en amendes et pourrait continuer à participer à des processus de soumission à des projets fédéraux. Ainsi, les travailleurs ne souffriraient pas indûment des décisions des cadres.

Citations percutantes

«  Je suis pro-vie, mais je ne changerai pas la loi. Jamais, Point final! » Andrew Scheer

« Justin Trudeau n’a pas le monopole des citations bizarres. Vous venez d’en dire une très bonne. » Yves-François Blanchet à Andrew Scheer

« Arrêtez de vous chicaner, j’ai le droit de parler non? » Elizabeth May à Yves-François Blanchet et Andrew Scheer

« Dans le dossier SNC Lavalin, il n’y avait qu’un seul emploi que M. Trudeau a voulu sauver, c’est le sien. » Andrew Scheer

____________

En fin de compte, ce dernier débat des chefs aura été moins cacophonique que celui de lundi dernier en anglais. Sans doute la formule des trios y est-elle pour quelque chose, ont dit les analystes en table ronde par la suite.

Justin Trudeau a été plus sur la défensive dans le dossier du pipeline Trans Mountain, alors qu’Andrew Scheer devait absolument se reprendre, lui qui avait été désigné comme le grand perdant du débat en français de la semaine dernière à TVA.  

Quant à Jagmeet Singh, il a manié les réponses avec sang-froid et humour fin, un trait à souligner, car il le faisait dans une langue seconde,

Yves-François Blanchet a bien repoussé les attaques.

Elizabeth May a lancé avec aplomb la phrase de Greta Thunberg : « How dare you (comment osez- vous)? »

Maxime Bernier a mis de l’avant son programme avec beaucoup plus de retenue que lors du débat en anglais.

Avec des informations de Radio-Canada et de la Presse canadienne

Plus :

Party leaders debate climate, deficits, secularism and relations with China (Trad. : Les chefs de partis débattent du climat, des déficits, de la laïcité et des relations avec la Chine) (Levon Sevunts, RCI)

Federal leaders clash in debate long on personal attacks and short on policy (Trad. : Les chefs des partis se sont affrontés dans un long débat truffé d’attaques personnelles mais faible en contenu politique (Levon Sevunts, RCI)  

Fact checking federal party leaders’ claims from the English-language debate (Trad. : Des affirmations des chefs lors du débat des chefs en anglais (Levon Sevunts, RCI)

Comprendre le système électoral canadien (RCI)

Élections fédérales 2019 (RCI)

Élections Canada 2019 (Radio-Canada)

Tout ce que vous devez savoir au sujet du débat des chefs fédéraux 2019 en français (Radio-Canada)

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Un commentaire pour «Élections 2019 au Canada : dernier débat des chefs en français»
  1. Avatar Francois Goudreau dit :

    Malheureusement nous nous dirigeons vers un Gouvernement Libéral ou Conservateur. Heureusement nous pourrons compter sur le Bloc, le NPD et les Verts pour avoir une gestion plus responsable du Canada.