Des usines près des gisements de sables bitumineux dans le nord de l'Alberta. Crédit photo: La Presse canadienne/Jeff McIntosh.

Combat climatique et autochtone : mort d’un projet de 21 milliards d’une mine de pétrole en Alberta

Coup de théâtre : invoquant les débats houleux sur les changements climatiques et les protestations autochtones, la compagnie Teck Resources de Vancouver vient de jeter l’éponge. La nouvelle mine à ciel ouvert extirpant du pétrole de sables bitumineux aurait créé 7000 emplois pendant la construction et 2500 pour l’exploitation.

Vue aérienne de la mine Syncrude Aurora de sables bitumineux dans la forêt boréale au nord de Fort McMurray.
Crédit photo : Jiri Rezac – Greenpeace / Jiri Rezac

D’une valeur de 20,6 milliards de dollars, ce projet est abandonné au milieu de l’escalade des blocages ferroviaires en plusieurs coins du Canada depuis deux semaines par des Autochtones et par leurs partisans.

Teck Resources souhaitait produire 260 000 barils par jour de pétrole à partir des sables bitumineux de l’Alberta. Le projet devait aussi émettre environ quatre millions de tonnes de gaz à effet de serre par année pendant 40 ans.

Le gouvernement fédéral devait prendre une décision cette semaine sur l’approbation finale de ce projet. Quatorze communautés des Premières Nations et des Métis avaient même signé des accords de participation avec l’entreprise pour la construction de la mine.

Teck Resources retire pourtant sa mise et abandonne son intention de construire cette mine d’extraction du pétrole dans le nord-est de la province où l’on trouve des gisements pétroliers considérables sous forme de sable bitumineux. L’extraction de ce pétrole est particulièrement génératrice de pollution.

Graphique : Radio-Canada

La compagnie explique sa décision

Le PDG de Teck Resources ,Don Lindsay (YouTube)

« Nous sommes déçus d’en être arrivés là », a écrit le PDG et président Don Lindsay dans une lettre adressée au ministre fédéral de l’Environnement Jonathan Wilkinson, publiée sur le site web de la société dimanche soir.

« Teck a mis en avant un projet socialement et écologiquement responsable qui était à la pointe de l’industrie et qui avait le potentiel de créer des avantages économiques importants pour les Canadiens. »

« Malheureusement, le débat croissant autour de cette question (débat climatique) a placé Frontier et notre entreprise au carrefour de questions beaucoup plus larges qui doivent être résolues. Dans ce contexte, il est maintenant évident qu’il n’y a pas de voie constructive pour faire avancer le projet », a-t-il écrit.

« Comme Teck l’a souligné à juste titre, et comme beaucoup le savent dans l’industrie, les investisseurs et les consommateurs mondiaux sont de plus en plus à la recherche des produits les plus propres disponibles et du développement durable des ressources », peut-on lire dans la déclaration.

Réactions politiques

Le premier ministre de l’Alberta Jason Kenney (CBC)

Le premier ministre albertain Jason Kenney a attribué cette perte considérable pour l’économie de sa province à l' »inaction du fédéral » mené par le premier ministre du Canada JustinTrudeau.

Le premier ministre Kenney voit dans l’annonce de Teck une grave déception pour les Albertains, mais il a déclaré que cela n’était pas une surprise.

« C’est ce qui arrive quand les gouvernements n’ont pas le courage de défendre les intérêts des Canadiens face à une minorité militante », a dit M. Kenney dans un communiqué envoyé par courriel, en soulignant ce qu’il a décrit comme des semaines d’indécision d’Ottawa sur les blocages en solidarité avec ceux qui s’opposent à un gazoduc proposé par Coastal GasLink dans le nord de la Colombie-Britannique.

« Les facteurs qui ont conduit à la décision d’aujourd’hui affaiblissent encore plus l’unité nationale… Nous avons fait notre part, mais l’incapacité du gouvernement fédéral à transmettre une position claire ou unifiée nous a laissé, ainsi qu’à Teck, tomber », a lancé Jason Kenney.

Dans une déclaration, le bureau du premier ministre a indiqué que M. Trudeau s’est entretenu avec M. Kenney dimanche soir pour discuter de la décision de Teck et des blocages ferroviaires en cours

Des personnalités venaient d’ajouter de la pression contre le projet de Teck Resources


Alice Munro – (Derek Shapton/McClelland & Stewart)

Vendredi, l’écrivaine canadienne Alice Munro faisait partie de 42 Prix Nobel qui exhortaient le premier ministre canadien Justin Trudeau à rejeter l’important projet minier de Teck Resources.

Mme Munro, le biologiste canadien Jack W. Szostak et 40 autres Nobel de médecine, de chimie, de physique, de littérature, de la paix et d’économie ont signé une lettre adressée au premier ministre Trudeau. Elle a été publiée vendredi dans le quotidien britannique The Guardian. Ils soutiennent qu’« il n’y a plus de place pour l’expansion du secteur des combustibles fossiles ». Les signataires qualifient les projets de combustibles fossiles d’« affront à l’urgence climatique actuelle ».

Mercredi dernier, plus de 175 médecins, experts et professionnels de la santé signaient eux aussi une lettre, sous l’égide de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, demandant au premier ministre Trudeau, « au nom des enfants », de rejeter le projet minier.

RCI avec les informations de CBC News, La Presse canadienne et la contribution de Radio-Canada

En complément

« La province canadienne de l’Alberta est souillée et défigurée par l’exploitation des sables bitumineux » – Le Monde – RCI 

Grogne autochtone contre l’expansion pétrolière des sables bitumineux de l’Alberta – RCI

Il faudra, à terme, cesser d’extraire les sables bitumineux de l’Ouest canadien, lance Trudeau – RCI

Catégories : Autochtones, Économie, Environnement, International, Politique
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