Ces images sont tirées de déclarations vidéo faites par deux anciens soldats de l'armée du Myanmar. L'homme sur la gauche est Zaw Naing Tun, 30 ans. L'homme à droite est Myo Win Tun, 33 ans. (Source anonyme)

Génocide des Rohingyas : plus de pression du Canada après les aveux de soldats

Bob Rae, ambassadeur du Canada aux Nations unies et ancien premier ministre de l’Ontario, a affirmé au réseau de télévision canadien Global que les aveux de deux anciens soldats du Myanmar concernant les meurtres de masse de Rohingyas (des musulmans) auront un « impact majeur » sur une enquête criminelle internationale concernant les atrocités commises par l’armée du Myanmar en Asie du Sud-Ouest.

Bob Rae (CBC)

Bob Rae, qui a été l’envoyé spécial du Canada au Myanmar avant d’être promu ambassadeur à l’ONU cette année, affirme que le Canada et les Pays-Bas vont faire des représentations devant la Cour pénale internationale sur la base des aveux de ces deux soldats qui disent avoir participé au sein de leur armée à des manoeuvres visant à tuer des Rohingyas en grand nombre.

Ils ont admis spécifiquement avoir tué des dizaines de villageois dans le nord de l’État de Rakhine, les enterrant dans des fosses communes. Ces hommes que l’on croit être des déserteurs de l’armée du Myanmar sont détenus par la Cour pénale internationale de La Haye aux Pays-Bas.

Leur arrivée récente à La Haye, confirmée cette semaine par des sources auprès de CBC News, est un tournant dans les efforts pour obtenir justice pour les Rohingyas du Myanmar.

Des aveux terribles 

Dans des déclarations initialement faites sur des vidéos filmées au Myanmar cet été, les deux anciens soldats de 33 et de 30 ans fournissent des détails souvent troublants à des rapports déjà documentés, notamment les noms des bataillons impliqués dans la campagne de génocide, les villages qu’ils ont détruits, ainsi que l’emplacement des fosses communes qu’ils disent avoir aidé à creuser et à remplir de corps des personnes qu’ils ont tuées.

C’est la première fois que des militaires du Myanmar fournissent des explications détaillées de la violence, qui coïncide avec la version des événements racontée à maintes reprises par les victimes.

En 2017, plus de 700 000 Rohingyas ont fui vers le Bangladesh voisin, décrivant une campagne militaire de meurtres de masse, d’agressions sexuelles et de destruction généralisée.

Le 1er novembre 2017, un grand nombre de Rohingyas fuient le Myanmar vers le Bangladesh pour rejoindre les quelque 700 000 personnes qui s’y sont déjà réfugiées. (Bernat Armangue / AP)

Des opérations militaires et non un génocide, selon le Myanmar

Le gouvernement du Myanmar dément les accusations selon lesquelles ses forces de sécurité auraient commis des viols et des meurtres en masse et brûlé des milliers de maisons.

L’armée du Myanmar, ou le Tatmadaw, affirme que ce qui a suivi était des « opérations de nettoyage » pour débusquer les militants, et que si des atrocités ont été commises, il s’agissait d’incidents isolés.

La Cour internationale de justice des Nations unies a accepté l’année dernière d’examiner une affaire alléguant que le Myanmar a commis un génocide contre les Rohingyas. Les procédures de la Cour vont probablement se poursuivre pendant des années.

Les Rohingyas victimes d’un génocide : le Canada était le premier pays du monde à le dire

Il y a exactement deux ans, en septembre 2018, les députés de la Chambre des communes, dans un geste unanime et sans précédent dans le monde, ont adopté à l’unanimité une résolution qui affirmait que les crimes commis par le régime du Myanmar contre les Rohingyas, une minorité musulmane, étaient un génocide.

Cette résolution s’appuyait sur un rapport d’une délégation canadienne dirigée par Bob Rae et qui s’était rendue dans ce pays largement contrôlé par une junte militaire et sur les conclusions d’une mission d’enquête des Nations unies sur la façon dont l’armée birmane avait commis des crimes en série contre les Rohingyas.

Le rapport détaillé documentait le ciblage systématique des Rohingyas par les militaires, y compris les viols collectifs de masse, l’esclavage sexuel et la destruction de centaines de villages.

Précisant que les Canadiens étaient aux côtés des Rohingyas, la ministre canadienne des Affaires étrangères d’alors, Chrystia Freeland, affirmait que la prochaine étape pour le Canada serait de demander des comptes aux responsables de ces crimes et de travailler avec d’autres nations et partenaires.

REGARDEZ : Tam-Tam Canada sur les pas torturés des Rohingyas

Découvrez, sur le terrain de la misère, les réfugiés rohingyas au Bangladesh qui après leur exode vivent toujours dans des conditions extrêmes. N’ayant en principe pas le droit de travailler, la plupart de ces réfugiés dépendent de l’aide humanitaire, notamment canadienne, pour avoir de la nourriture, de l’eau, des biens de première nécessité et accéder aux soins de santé. C’est la plus grande population apatride dans le monde. (Reuters/Danish Siddiqui)

RCI avec CBC News et Global News

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