Le loup gris a dû changer son régime pour survivre à la période glaciaire

Des loups gris s’attaquent à un cheval dans une steppe du Yukon à la fin du Pléistocène, il y a environ 25 000 ans. (Julius Csotonyi/Musée canadien de la nature)
Les proies principales du loup gris ont évolué sur des milliers d’années, un changement de régime alimentaire qui lui a permis de survivre à l’extinction des espèces de l’ère glaciaire, il y a environ 11 700 ans.

De nos jours, le loup gris (Canis lupus) est l’un des plus gros prédateurs de la forêt boréale et de la toundra du Yukon. Il y cohabite avec deux de ses principales sources de nourriture : le caribou et l’orignal.

Mais les travaux menés par la paléontologue Danielle Fraser et Zoe Landry, du Musée canadien de la nature, révèlent que cela n’a pas toujours été le cas. Pendant le Pléistocène, le loup était plutôt friand de chevaux.

Pour l’établir, les chercheuses ont analysé les indices laissés sur les dents et les os crâniens de loups gris anciens (datant de 26 000 ans à 50 000 ans) et de ceux d’aujourd’hui.

Zoe Landry tient le crâne d’un spécimen de loup vieux de 40 000 ans qui fait partie des collections du gouvernement du Yukon. (Danielle Fraser/Musée canadien de la nature)

L’équipe de recherche a analysé 31 crânes datant du Pléistocène et 17 autres plus récents collectés au Yukon et conservés dans les collections du Musée et de celles du gouvernement du Yukon.

« On peut étudier les changements de régime alimentaire chez le loup en examinant les motifs d’usure des dents et les traces chimiques présentes dans les os », explique Zoe Landry. « Ces indices nous renseignent énormément sur la façon de se nourrir de l’animal et sur ce qu’il mangeait tout au long de sa vie jusqu’à environ quelques semaines avant sa mort. »

Des modèles permettent de déterminer les comportements alimentaires des animaux à partir des motifs d’usure microscopiques des dents. « Les éraflures indiquent une consommation de viande fraîche, alors que la présence de creux laisse croire que l’animal a mâché et rogné des os, comme un charognard », expliquent les scientifiques dans un communiqué publié par le Musée.

L’analyse des données recueillies a révélé que les éraflures dominaient tant chez les anciens loups que chez les modernes. « Les loups ont donc survécu en restant des prédateurs primaires et en continuant de chasser leurs proies », estiment les auteurs de cette étude publiée dans la revue Palaeogeography, Palaeoclimatology, Palaeoecology.

Si, de nos jours, les proies des loups sont bien connues, les chercheurs ont dû déduire celles des loups anciens à partir des rapports entre les isotopes d’azote et de carbone présents dans le collagène des os. « On compare les niveaux relatifs de ces isotopes avec des indicateurs bien établis pour une espèce en particulier. L’axiome « vous êtes ce que vous mangez » entre en jeu ici », explique Zoe Landry.

Des chevaux au menu

Les analyses montrent que les chevaux, qui ont disparu dans la région pendant le Pléistocène, représentent environ la moitié du régime alimentaire du loup ancien. Le caribou et le mouflon de Dall comptent pour 15 % environ, et le mammouth complète le menu.

À ce moment, les anciens loups cohabitaient avec d’autres grands prédateurs comme le chat des cavernes et l’ours à tête courte. « L’extinction de ces derniers a certainement ouvert de nouvelles possibilités au loup, qui a pu s’intéresser à de nouvelles proies », affirment les chercheuses.

S’adapter ou disparaître

« C’est une histoire décrivant la survie, l’adaptation et la progression d’une espèce ancienne vers sa forme actuelle sur le plan de l’adaptation écologique », explique le paléontologue Grant Zazula,

Ces résultats auront, selon les scientifiques, des implications actuelles sur le plan de la conservation.

« Les loups gris ont montré leur souplesse en s’adaptant au changement de climat et en passant d’un écosystème de steppe à celui de la forêt boréale. Leur survie est étroitement liée à celle des proies dont ils peuvent se nourrir. »Danielle Fraser

Les auteurs pensent que la préservation des populations actuelles de caribous est un facteur important pour le maintien des populations de loups.

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