Des archives cinématographiques du Nunavut retrouvées 50 ans plus tard

Une scène d’un court métrage tourné avec une caméra Super-8 au Nunavut.
(Office nationale du film – ONF)

Un conservateur de l’Office national du film (ONF) a retrouvé plus d’une soixantaine de courts-métrages d’animation et tournés en Super 8 du Nunavut dans les archives de l’organisation qui n’avaient pas été numérisées.

Le conservateur Camilo Martín-Flórez ne s’en cache pas : quand il a découvert les courts-métrages produits dans le cadre d’une série d’ateliers proposés par son organisation dans les années 1970, il a presque pleuré .

Il est tombé sur les quelque 63 courts-métrages par hasard. 

« Ces films sont ahurissants », s’exclame-t-il.« Ce qui est le plus marquant de ces films, c’est qu’ils ne sont pas commerciaux, ce sont vraiment des créations artistiques », explique-t-il.

Parmi ces créations, on retrouve celles de Mosha Michael, Salamonie Pootoogook et Timmun Alariaq. Malgré tout, plusieurs noms restent anonymes, au grand dam de M. Martín-Flórez.

Embauché précisément parce qu’il utilise une approche décoloniale dans son travail de conservateur, Camilo Martín-Flórez ne peut s’empêcher de penser que le Nunavut doit désormais figurer dans les études sur l’histoire du cinéma. « Il y a un avant et un après ces films », dit-il sans détour.

« On parle souvent de la nouvelle vague en France, du cinéma d’avant-garde des États-Unis et du Japon, mais il y a eu un mouvement d’avant-garde au Canada au même moment, et ce sont des artistes inuit qui ont mené cette vague. »

Huw Eirug, co-président-directeur général de la Société de développement cinématographique du Nunavut, y voit un legs dont les échos se font encore sentir aujourd’hui. « Je pense que c’est un témoignage de la créativité dont ont fait preuve les vidéastes, producteurs et réalisateurs du Nunavut au fil des décennies, » lance-t-il.

Selon lui, le dynamisme de l’industrie est encore palpable de nos jours, notamment grâce à l’établissement de nouvelles antennes de radiodiffusion dans les services de base des entreprises de câblodistribution, l’an dernier, dont Uvagut TV.

M. Eirug mentionne aussi le lancement de la série produite au Nunavut, North of North, qui prépare dès à présent sa deuxième saison, ainsi que le film Uiksaringitara (Wrong Husband) du réalisateur inuk Zacharias Kunuk qui ont connu un grand succès.

Le réalisateur estime qu’il est primordial de retrouver les archives inuit et se réjouit de la découverte de l’Office national du film. Il explique que, lorsqu’il travaillait pour la Inuit Broadcasting Corporation en 1984, les archives disponibles étaient très « limitées. »

« Nous n’avions aucune image de ce dont les aînés nous parlaient », déplore-t-il. « C’est une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de [faire de la fiction] pour recréer le passé. »

De l’importance des archives

Pour sa part, Lena Ellesworth, co-présidente-directrice générale de la Société de développement cinématographique du Nunavut, croit au pouvoir des archives.

« Un des sujets de l’heure, c’est l’archivage et la numérisation de ces vieux documents pour ne pas les perdre. C’est fascinant de revoir ces trouvailles et d’en apprendre plus sur notre industrie », estime-t-elle. « C’est vraiment excitant! »

M. Kunuk espère que les communautés en dehors d’Igloolik prendront l’initiative de représenter leurs traditions et cultures sur images pour conserver une partie de leur identité sur pellicule.

Camilo Martín-Flórez espère que ces films soient de plus en plus connus et vus. « Il serait important de reconnaître la valeur de ces films et de créditer dûment le travail que ces personnes y ont consacré, 50 ans plus tard », espère M. Martín-Flórez.

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Anaïs Elboujdaïni, Radio-Canada

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