Les propos de Trump sur le Groenland inquiètent des Inuit

Le fait que l’armée américaine pourrait être utilisée pour s’emparer du Groenland suscite une vive inquiétude chez des Inuit et des habitants de cette île, la plus grande du monde. Le président Donald Trump a déclaré dimanche qu’il prendrait le Groenland « d’une manière ou d’une autre », disant qu’il voulait un titre de propriété.
Des militants inuit, comme la présidente internationale du Conseil circumpolaire inuit, Sara Olsvig, dénoncent l’idée que des puissances étrangères puissent décider de leur sort. L’organisation à but non lucratif représente les quelque 180 000 Inuit d’Alaska, du Canada, du Groenland et de Tchoukotka, en Russie.
Mme Olsvig, Inuk née au Groenland où elle réside toujours, juge que l’usage de la force militaire serait illégal et irait à l’encontre du droit international.

Il n’existe pas de meilleurs colonisateurs que d’autres. Il n’y a pas de bon colonisateur. Les Inuit se battent pour des formes d’autonomie et pour leurs droits, peu importe où ils vivent, dit cette défenseure de longue date des droits des peuples autochtones et des droits de la personne.
Donald Trump affirme que le contrôle de cette île riche en ressources minières est essentiel pour la sécurité des États-Unis, étant donné la montée en puissance de la Russie et de la Chine dans l’Arctique.
Sara Olsvig rappelle que les peuples du Groenland et les Inuit ont déjà traversé la colonisation et qu’ils savent ce que cela signifie lorsque les intérêts d’autres nations leur nuisent.
Ses concitoyens, dit-elle, rejettent l’idée d’être pris en charge ou contrôlés.
Il a été dit encore et encore que nous ne voulons pas être Danois, nous ne voulons pas être Américains : nous sommes le Kalaallit Nunaat, nous sommes Groenlandais, affirme Sara Olsvig.
Ils sont d’ailleurs nombreux à être sortis samedi dans les rues de Nuuk, la capitale, pour manifester contre les intentions de Donald Trump.
On refuse d’être utilisés comme de simples pions sur l’échiquier de la politique des grandes puissances, poursuit Mme Olsvig. On exige un dialogue digne, fondé sur la diplomatie et la coopération.
Une menace bien réelle
Ces paroles font écho à celles de Laakkuluk Williamson, résidente d’Iqaluit, Nunavut, qui a de la famille au Groenland.
Même si les Inuit vivent dans quatre nations politiques différentes, on forme un seul peuple et on vit sur un seul territoire, dit-elle. Selon elle, les puissances coloniales d’Europe et d’Amérique du Nord doivent reconnaître que les Inuit ont droit à l’autodétermination au Groenland et ailleurs.
Laakkuluk Williamson voit dans les propos de Donald Trump une menace « bien réelle ».
C’est très effrayant, lance-t-elle. C’est très inquiétant. C’est même terrifiant. On s’inquiète pour la sécurité de ma famille. Que sont-ils censés faire? Quels sont les plans pour garantir que les Inuit soient en sécurité sur leurs propres terres?
Elle estime que la capacité des États-Unis à annexer l’ensemble de l’île, qui ne compte que 57 000 habitants, n’est pas irréaliste. Cette perspective stresse ces derniers et les place dans un état de « vigilance extrême », dit-elle.

Aaju Peter, Inuk originaire du Groenland qui vit à Iqaluit, est aussi inquiète. Elle estime qu’il faut prendre Donald Trump au sérieux.
« On sait ce qu’il est capable de faire. Les dirigeants groenlandais et la population sont disposés à dialoguer diplomatiquement avec le président », indique-t-elle, insistant sur le fait que les Inuit du Groenland constituent une nation souveraine.
Aaju Peter répète ce que des spécialistes du droit international ont dit, à savoir qu’une annexion militaire du Groenland irait aussi à l’encontre des accords entre alliés de l’OTAN, dont les États-Unis sont membres.
La première ministre danoise, Mette Frederiksen, avait d’ailleurs averti début janvier qu’une annexion signerait l’arrêt de mort de l’Alliance atlantique.
Sur Facebook lundi, le premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen a misé sur l’OTAN pour assurer la défense du Groenland.
Une rencontre est attendue cette semaine entre le secrétaire d’État américain Marco Rubio et des responsables danois et groenlandais. Elle devrait avoir lieu mercredi à Washington, selon des médias américain et danois.
Avec des informations de Mah Noor Mubarick, de Caitlin Joanas et de l’Agence France-Presse
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