Sécurité de l’Arctique : Ottawa finance la participation des Premières Nations

Brendan Hanley, secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires du Nord et de l’Arctique et député du Yukon, et Math’ieya Alatini, grande chef du Conseil des Premières Nations du Yukon, à l’annonce au Sommet de l’Arctique. (Chloé Dioré de Périgny/Radio-Canada)

Ottawa alloue 350 000 $ sur 2 ans au Conseil des Premières Nations du Yukon (CYFN) pour garantir sa participation « significative » à la stratégie de sécurité de l’Arctique. Ces fonds permettront l’embauche d’un agent de liaison chargé de faire le pont avec la Défense nationale et l’Institut canadien de la sécurité de l’Arctique.

« Les communautés du Yukon ne sont pas des symboles ou des drapeaux pour montrer une présence dans le Nord. C’est notre patrie », a déclaré la grande chef du CYFN, Math’ieya Alatini, lors d’une conférence de presse conjointe avec le gouvernement fédéral.

Cette initiative est une preuve tangible de réconciliation, poursuit-elle, car elle permet le partage des responsabilités ainsi que l’inclusion du savoir et du leadership autochtone dans la stratégie fédérale de défense de l’Arctique.

« Nous connaissons cette terre, nous en prenons soin. Et si le Canada veut réussir à protéger notre souveraineté traditionnelle ou la souveraineté nationale, les Premières Nations doivent être au centre de ce travail », a-t-elle ajouté.

Ces fonds de l’agence fédérale CanNor ont été annoncés au lancement du Sommet de l’Arctique, à Whitehorse, où les dirigeants du Nord et de la région circumpolaire sont rassemblés jusqu’à mercredi pour aborder des enjeux de sécurité, d’infrastructures et de ressources.

La région, qui représente plus de 40 % du territoire canadien et dont la population est majoritairement autochtone, fait l’objet de tensions et de convoitises géopolitiques. La grande cheffe Alatini a d’ailleurs rappelé que le Yukon entretient une relation « unique et de proximité « avec l’Alaska et qu’il est proche géographiquement de la Russie, ce qui place le territoire au cœur des discussions sur la souveraineté et la protection de l’Arctique.

Lors d’une mêlée de presse, le secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires du Nord et de l’Arctique, Brendan Hanley, a affirmé que les Premières Nations devaient agir comme « un troisième ordre de gouvernement » dans ces discussions, en reprenant les propos du chef Sean Smith, de la Première Nation Kwanlin Dün.

En 2024, le gouvernement fédéral a mis à jour sa politique de défense fédérale pour l’Arctique, Notre Nord, fort et libre, qui prévoit plus de 8 milliards de dollars sur cinq ans pour augmenter la présence des Forces armées canadiennes et moderniser les équipements militaires.

En 2019, Ottawa adoptait déjà le principe « Rien à notre sujet sans nous » dans son Cadre stratégique pour l’Arctique et le Nord, mettant de l’avant le leadership des Autochtones, et il a récemment mis l’accent sur la construction d’infrastructures de défense à double usage, tant civil que militaire.

Un passage obligé vers le Nord

Lors d’un autre panel, lundi, le chef des Tr’ondëk Hwëch’in, Darren Taylor, a souligné que le seul axe routier qui se rend en Arctique, la Dempster Highway, passait par ses terres. Sa communauté doit nécessairement faire partie des discussions, selon lui. Il exige que les Premières Nations siègent à la table des discussions en tant que gouvernements souverains, « citoyens égaux », et non comme de simples « tierces parties ».

La cheffe de la Première Nation Vuntut Gwitchin, Pauline Frost, a pour sa part rappelé que sa communauté, Old Crow – la plus au nord du Yukon – se trouve à seulement 80 km de la frontière avec l’Alaska. Les communautés autochtones sont d’importants moteurs économiques au Yukon et rien ne peut être fait sur le territoire sans elles, a-t-elle martelé.

« On ne va aller nulle part et on veut faire partie de la solution », a-t-elle souligné.

Chloé Dioré de Périgny, Radio-Canada

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