Schefferville-Nunavik : le rêve d’une route vers le Grand Nord

Un texte d’Alban Normandin
Alors que la minière Mont Royal plaide pour la construction d’une route de 300 km pour relier sa mine à Schefferville, l’ancien administrateur de la Ville rappelle que la facture d’une telle infrastructure pourrait frôler le milliard de dollars.
Mont Royal Resources, une filiale de la société australienne Commerce Resources, souhaite exploiter un important gisement de terres rares près des lacs Nachicapau et Le Moyne, au Nunavik.
Mais pour transporter son minerai jusqu’à sa future usine de transformation, l’entreprise espère que les gouvernements financeront la construction d’une route de près de 300 km entre le gisement Ashram et la ville minière de Schefferville. L’entreprise a d’ailleurs reçu 2,6 M$ du fédéral pour étudier la faisabilité d’un tel projet.
L’ancien administrateur de la ville minière Ghislain Lévesque n’est pas surpris de l’intérêt porté à cette région du Québec. « La fosse du Labrador est très riche en minéraux compte tenu de sa formation géologique qui remonte à plusieurs millions d’années », indique l’ingénieur de formation.

Le rêve d’un corridor vers le nord
L’idée de construire des infrastructures de transport dans cette région ne date pas d’hier. En 2012, dans le contexte du Plan Nord du gouvernement Charest, les firmes Génivar et SNC-Lavalin (maintenant AtkinsRéalis) avaient réalisé une étude de préfaisabilité à cet effet.
Selon les conclusions de l’étude, relier Schefferville à Kuujjuaq avec 580 km de voie ferrée coûterait 2,5 milliards de dollars. Construire une route de 423 km entre Kuujjuaq et le réservoir Caniapiscau nécessiterait plutôt 645 M$.
Quinze ans plus tôt, en 1997, le ministère de Transports avait aussi réalisé une étude de préfaisabilité avec comme titre : « Scénarios de désenclavement et d’amélioration du transport Kuujjuaq-Caniapiscau-Schefferville ».

« Ce projet se situe beaucoup plus comme une stratégie de développement du Nord québécois pour favoriser le développement des ressources naturelles (les mines de la fosse du Labrador) et consolider la situation stratégique que joue la région de Kuujjuaq dans le Nunavik », expliquait-on à l’époque.
Un projet complexe et coûteux
Pour Ghislain Lévesque, construire une telle infrastructure nécessiterait le transport, par avion, d’équipements lourds dans un secteur très isolé.
D’ailleurs, la minière Métaux Torngat, qui entend elle aussi exploiter un gisement de terre rare au Nunavik, entend déplacer des équipements de Schefferville jusqu’à son gisement du lac Brisson à l’aide d’hélicoptères, d’un avion Hercules et en construisant une piste sur un lac gelé.

Quant aux coûts du projet de Mont Royal Resources, l’étude qui a été faite en 2012 indiquait qu’une route entre Kuujjuaq et Caniapiscau coûtait 1,5 M$ le kilomètre
, rappelle Ghislain Lévesque.
« Alors si on prend le projet Ashram, avec une route de 300 km, aujourd’hui, ce serait minimum 3 M$ par kilomètre », estime-t-il.
Ghislain Lévesque encourage néanmoins la réalisation d’études dans ce domaine.
Il souligne que des infrastructures, qu’elles soient privées ou publiques, devront tout de même être élaborées pour permettre de développer l’exploitation minière dans la région.
D’autres infrastructures de transport se font attendre
Du côté de la Coalition Union 138, qui milite pour la construction d’un pont sur le Saguenay entre Baie-Sainte-Catherine et Tadoussac, le développement économique de la Côte-Nord passe d’abord par son désenclavement.
« On n’est pas contre les projets miniers, mais on attend ce pont depuis 50 ans. On sait aussi que les citoyens de la Basse-Côte-Nord attendent d’être désenclavés », juge son porte-parole, Guillaume Tremblay.

« Si on va de l’avant avec un projet comme [une route au Nunavik], et qu’il y a de l’intérêt politique pour soutenir ce projet, j’espère qu’il va aussi y en avoir pour nous désenclaver », conclut-il.
Le pont sur le Saguenay pourrait coûter 4,2 G$ et demeure à l’étude.
