Un ingrédient essentiel au processus de tannage disparaît des étagères canadiennes

Des artisanes des Territoires du Nord-Ouest se grattent la tête pour dénicher une solution de rechange à un ingrédient crucial utilisé dans le processus de tannage des peaux.
Thumlee Drybones-Foliot a hérité du savoir-faire de ses ancêtres. Elle prépare une lotion adoucissante à base d’huiles émulsionnées du cerveau d’un animal et de savon à lessive en pain de la marque Sunlight.
Toutefois, la multinationale Henkel Corporation, qui détient la marque, a décidé de retirer le savon des rayons canadiens et semble se laver les mains de l’affaire.
Des prix gonflés incitent à l’expérimentation
Après avoir constaté que le savon se faisait rare en magasin, Thumlee Drybones-Foliot a voulu en acheter en ligne. Or, le produit abordable était soudainement devenu inaccessible.
« Le savon est passé de 3 $ à 45 $, car les gens s’étaient créé une réserve et voulaient maintenant se faire de l’argent en ligne », soutient-elle. « C’était un vrai spectacle à voir jusqu’à quel point les gens étaient prêts à payer pour du savon. »

(Photo :Thumlee Drybones-Foliot)
D’après Melaw Nakehk’o, ce qui rend ce savon si attrayant, c’est sa petite taille et sa formule hautement concentrée.
« Lorsque ma famille s’aventure sur le territoire, c’est beaucoup plus facile à apporter que du savon liquide », explique-t-elle.
L’artisane révèle que la réaction entre le savon et les graisses du cerveau produit une excellente émulsion pour ramollir la peau.
Toutefois, la signification du savon ne se limite pas à sa composition chimique. Son utilisation était si courante qu’il est devenu un élément incontournable de la tradition du tannage.
« Nous sommes toujours en train de raviver cette pratique […] et cette méthode a été enseignée dans plusieurs différentes communautés », soutient Melaw Nakehk’o.

(Photo : Jamie Stephenson)
Melaw Nakehk’o perçoit l’épuisement du savon Sunlight comme une occasion de puiser dans son héritage culturel et d’essayer de nouvelles recettes.
« J’ai beaucoup appris en écoutant les aînés qui autrefois observaient leurs grand-mères tanner des peaux et remarquaient les méthodes qu’elles utilisaient pour les adoucir », affirme-t-elle. « J’ai alors fait mes propres tests à partir de ces histoires. »
Une demande tenace
Pour sa part, Thumlee Drybones-Foliot achète désormais du Fels-Naptha, un autre savon à lessive en pain.
Cependant, sa requête pour que le Sunlight soit de retour en stock se poursuit toujours. Elle a récemment contacté le service à la clientèle de Henkel, qui a proposé de soumettre une plainte en son nom, mais ce n’est pas la solution qu’elle recherche.
« J’ai demandé comment on peut faire pour que le produit soit à nouveau disponible et on m’a dit que s’il y avait suffisamment de demandes, on pourrait envisager de le réintroduire », affirme-t-elle.
La CBC a demandé à Henkel de fournir plus d’information au sujet de la décision de retirer le savon, mais elle n’a reçu aucune réponse.
D’après un texte de Julia Parrish
