Une association inuit renvoie son PDG après des allégations d’agression sexuelle

L’Association inuit du Manitoba (MIA) a renvoyé son président-directeur général, Nastania Mullin, une semaine après qu’une femme d’Ottawa l’a accusé d’agression sexuelle, dans le cadre d’un mouvement grandissant d’expression d’inquiétudes face à sa conduite.
Dans une publication sur ses réseaux sociaux, tard dans la journée de vendredi, la MIA dit avoir entendu les préoccupations de la communauté ces dernières semaines. Après une révision intensive, le conseil d’administration de la MIA a pris la décision de renvoyer Nastania Mullin.
L’Association a nommé un directeur général par intérim et a embauché un organisme externe pour mener une « enquête indépendante et axée sur les traumatismes, précise la publication signée par le conseil d’administration ».
La MIA se tient debout au côté des femmes inuit et les membres de la communauté LGBTQ2+ contre les violences intimes et sexuelles en tout genre, poursuit le CA, tout en ajoutant s’engager à soutenir celles et ceux qui ont été touchés par la situation. L’Association dit aussi vouloir favoriser un sentiment de sécurité, de respect et de guérison.
Personne à l’Association inuit du Manitoba n’a répondu à plus de demandes d’information de CBC.
Ce congédiement survient une semaine après que Ruth Gustaw, 36 ans, a expliqué à CBC News que Nastania Mullin l’aurait agressée sexuellement au domicile de sa mère à Iqaluit il y a plus de 20 ans.
Mme Gustaw, qui vit désormais à Ottawa, et une autre femme ont déposé des plaintes officielles contre M. Mullin auprès de la GRC et du Service de police d’Ottawa, respectivement.
La deuxième femme a requis la confidentialité parce qu’elle craint des répercussions contre elle ou sa famille.
Aucune de ces allégations n’a été prouvée en cour, et Nastania Mullin n’a pas été inculpé. Joint par téléphone vendredi soir, M. Mullin a dit n’avoir aucun commentaire à faire pour le moment.
L’Association a « pris la bonne décision », dit Ruth Gustaw
Après avoir vu la publication, Ruth Gustaw s’est dite satisfaite que la MIA « ait pris la bonne décision ». Elle a précisé qu’il n’avait jamais été question de propager de la haine ou de « faire tomber quelqu’un », mais plutôt d’ « utiliser [sa] voix pour dire la vérité ».
Mme Gustaw a expliqué qu’elle a eu le courage de s’exprimer lorsqu’elle a vu d’autres personnes prendre la parole dans le cadre d’un mouvement sur les réseaux sociaux baptisé #InuitMeToo.
Je n’aurais pas pu le faire sans elles et je leur en suis très reconnaissante, a-t-elle affirmé.
Plus de 1300 personnes ont signé une pétition créée par Crystal Martin, une militante inuk, appelant l’Association inuit du Manitoba à enquêter sur des allégations d’agressions sexuelles et physiques contre Nastania Mullin. Crystal Martin ne fait pas partie des personnes alléguant en avoir subi.
Le congédiement de M. Mullin est « un pas en avant nécessaire et monumental pour nos communautés », estime Mme Martin.
Les femmes inuit et les personnes inuit de genre diversifié réclament depuis longtemps la justice, la responsabilisation et la sécurité au sein de nos institutions, et leurs voix doivent être au cœur de ce moment, dit-elle. Bien que cette décision représente un progrès, elle nous rappelle également qu’un véritable changement nécessite un travail continu.
Mme Martin dit que les survivantes alléguées doivent être la priorité parce que « leur courage et leur résilience sont ce qui motive les réformes d’envergure ».
Elle a lancé une campagne de sociofinancement afin de couvrir les frais juridiques de celles qui en auraient besoin.
D’autres groupes montrent leur soutien
Crystal Martin dit que la communauté continue d’appeler les autres organisations inuit à s’engager à avoir des conseils d’administration plus investis, un leadership informé sur les traumatismes et des formations exhaustives qui reflètent les valeurs inuit de respect, d’inclusion et de responsabilité collective.
Plusieurs organisations inuit importantes, dont l’Association des femmes inuit Amautiit Nunavut, ont également manifesté leur soutien au mouvement.
Vendredi, la présidente d’Amautiit, Tara Qunngaataq Tootoo Fotheringham, a écrit que la décision sur l’avenir de Nastania Mullin était « attendue depuis longtemps ».
Nous félicitons les femmes courageuses et les partisans du mouvement #InuitMeToo qui ont refusé d’être réduits au silence et se sont assuré que leurs voix restaient aussi fortes qu’elles l’étaient il y a 30 jours, a-t-elle dit, ajoutant qu’elle avait entendu d’autres personnes ayant des allégations similaires concernant l’ancien PDG et d’autres hommes dirigeants inuit.
Mme Tootoo Fotheringham ne fait pas partie des personnes se disant victimes de violences sexuelles.
Le changement se produit parce que le courage a parlé plus fort que la peur.
Selon des informations de Karen Pauls
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