L’Europe muscle sa réplique à Donald Trump au sujet du Groenland

Les ministres des Finances de l’Allemagne et de la France, Lars Klingbeil et Roland Lescure, affirment « tendre la main » au président Donald Trump, tout en disant qu’ils n’entendent « pas céder au chantage » après la menace de surtaxes douanières brandie par Washington à l’encontre de huit pays européens. (Bernd von Jutrczenka/Associated Press)

À Berlin, les ministres français et allemand des Finances ont dit « tendre la main » à Washington, tout en précisant qu’ils n’étaient « pas prêts à céder au chantage ».

Face à la détermination du président américain de vouloir s’emparer du Groenland, l’Europe s’organise. Ses dirigeants se réuniront jeudi, à Bruxelles, pendant que le Danemark renforce sa présence militaire sur l’île arctique.

Lors de ce sommet extraordinaire, les dirigeants européens discuteront des menaces répétées de Donald Trump sur le Groenland et des droits de douane punitifs dont ce dernier les menace.

Samedi, Donald Trump a fait monter la pression sur huit pays européens qui désapprouvent son ambition d’acheter le Groenland en annonçant une surtaxe douanière de 10 % dès le 1er février contre le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande.

Ces droits de douane grimperont à 25 % le 1er juin jusqu’à ce qu’un accord soit conclu pour la vente complète et intégrale du Groenland, a écrit le président américain sur Truth Social.

Devant ce nouveau durcissement de Washington, le sommet de Bruxelles portera sur les relations transatlantiques, a décrit la porte-parole du Conseil européen, qui réunit les chefs d’État et de gouvernement des 27 pays de l’Union européenne (UE).

« Nous, Européens, devons être clairs : nous avons atteint nos limites », a affirmé, lundi, le ministre allemand des Finances Lars Klingbeil lors d’une conférence de presse avec son homologue français Roland Lescure, à Berlin. « Nous tendons la main, mais nous ne sommes pas prêts à céder au chantage », a-t-il ajouté, précisant que l’Europe donnerait une réponse claire et unanime.

Nous préparons actuellement des contre-mesures concertées.

Une citation de Lars Klingbeil, ministre des Finances de l’Allemagne

Davantage de soldats danois au Groenland

Par ailleurs, le Danemark fait une contribution substantielle aux effectifs militaires qu’il a déjà déployés en sol groenlandais.

Lundi, les forces de défense danoises ont affirmé à la chaîne danoise TV2 qu’un nombre important de soldats de combat devraient arriver en soirée, à Kangerlussuaq, au Groenland.

Ces soldats entameront l’exercice Arctic Endurance, qui a été avancé et intensifié à la suite des récentes déclarations de Donald Trump, a-t-il été précisé.

De son côté, le Canada envisage de dépêcher dès samedi prochain un petit contingent de soldats au Groenland, selon CBC News. Des plans d’urgence ont été préparés la semaine dernière et sont en train d’être évalués par le premier ministre Mark Carney, qui n’a toujours pas donné son feu vert.

À Doha, au Qatar, où il se trouvait ce week-end, M. Carney a exprimé sa préoccupation au sujet de la volonté du président Donald Trump de s’emparer du Groenland par la contrainte ou par la force. Il a rappelé que le Groenland est protégé par l’OTAN.

Mark Carney a ajouté que le Canada s’était déjà engagé à renforcer les capacités de défense de l’OTAN dans l’Arctique.

Le Groenland entend résister à la pression

Pendant ce temps, au Groenland, le premier ministre Jens-Frederik Nielsen répète que son pays de 58 000 habitants ne renoncera pas à son droit à l’autodétermination devant les visées de Donald Trump à son endroit.

Samedi dernier, des milliers de Groenlandais ont marché vers le consulat des États-Unis à Nuuk. (Evgeniy Maloletka/Associated Press)

Lundi, le premier ministre a dit voir le soutien des pays étrangers à l’égard du Groenland non pas comme une ingérence, mais comme une reconnaissance claire du fait que le Groenland est une société démocratique, avec le droit de prendre seul ses propres décisions.

« Les récentes déclarations des États-Unis, y compris les menaces de droits de douane, ne changent rien à cette ligne », a déclaré M. Nielsen.

Nous ne nous laisserons pas mettre sous pression.

Une citation de Jens-Frederik Nielsen

Forum économique de Davos

Pour l’heure, aucune rencontre n’est prévue entre le président américain et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen à Davos, où tous deux sont attendus au Forum économique mondial, qui s’est ouvert lundi.

Façade du Centre des congrès de Davos, lundi, jour de l’ouverture du Forum économique mondial. Aucune rencontre n’est prévue entre le président Trump et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, au sujet des tensions entourant les ambitions expansionnistes de Washington au Groenland. (Markus Schreiber/Associated Press)

« Nous ne souhaitons pas cette escalade. Nous ne voulons pas d’un conflit commercial avec les États-Unis », a déclaré lundi le chancelier allemand Friedrich Merz lors d’une conférence de presse. « Mais si nous sommes confrontés à des droits de douane que nous jugeons déraisonnables, nous sommes capables de réagir. »

L’UE pourrait aussi appliquer des droits de douane

Selon un diplomate européen, l’UE pourrait décider d’appliquer des droits de douane sur des produits américains dès le 6 février en l’absence d’accord.

Une autre option serait celle de l’activation de l’instrument anti-coercition (ACI) de l’UE, qui n’a jusqu’à présent jamais été utilisé. Ce dispositif pourrait limiter l’accès aux marchés publics, aux investissements ou aux activités bancaires, ou encore restreindre les échanges de services, ⁠notamment dans les services numériques, secteur où les États-Unis affichent un excédent avec l’UE.

Avec les informations de l’Agence France-Presse et de Reuters

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