Dans le Grand Nord canadien, des routes plus difficiles à pratiquer pour les transporteurs

Dans les Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.), l’entreprise de transport Manitoulin déplore la fermeture plus fréquente des grands axes de transports routiers et leur détérioration. Le transporteur blâme notamment les changements climatiques et s’inquiète pour le futur de ses activités.
Durant les dernières semaines, la compagnie s’est retrouvée avec plusieurs camions bloqués sur la route Dempster, qui relie Inuvik au reste du territoire en passant par le Yukon. Elle a dû fermer par intermittence pendant plusieurs semaines à cause de la force des vents et des précipitations.
« C’est assez considérable d’avoir neuf camions pleins de biens en attente de pouvoir atteindre les communautés », souligne Rob Eskens, le directeur des ventes de Manitoulin.
Depuis 25 ans, l’entreprise ontarienne transporte par camion des biens et de la nourriture pour les communautés des T.N.-O., mais la tâche s’avère de plus en plus difficile.
En plus du coût lié au retard des livraisons, Manitoulin doit aussi remplacer les biens expirés dans ses camions et prendre plus de temps pour évaluer les risques d’un trajet. Remplacer un camion de biens expirés, par exemple, coûte 50 000 $, selon Rob Eskens.
Il demande aux gouvernements du Yukon et des T.N.-O. de mieux réparer les routes et d’augmenter la cadence des opérations de déneigement.
D’après Binay Yadav, le directeur des transports au ministère de l’Infrastructure des T.N.-O., les conséquences des changements climatiques se font de plus en plus ressentir, alors que les coûts associés à l’entretien des routes grimpent. « Ce sont des milliards et des milliards », précise-t-il.
Au Yukon, le ministère de la Voirie et des Travaux publics affirme travailler sur la rénovation et la reconstruction de trois axes routiers : la route Dempster, la route de l’Alaska et la route Klondike Nord.
En 2025, le territoire aurait dépensé près de 50 millions de dollars pour l’entretien des routes.
Comment mieux prévoir l’impact du climat?
Le ministère de l’Infrastructure des T.N.-O. dispose de cinq bureaux régionaux pour le déneigement et l’entretien des routes, mais, en cas de conditions météorologiques extrêmes, le gouvernement doit d’abord évaluer les risques de déploiement des employés.
Pour tenter d’anticiper les conséquences des bouleversements climatiques sur les routes, le gouvernement ténois collabore avec des universités et des chercheurs. « Nous mettons en place plusieurs études d’ingénierie, comme de l’analyse de terrain, des images satellites, de l’imagerie thermique », explique Binay Yadav.
Il ajoute néanmoins que son gouvernement compte sur le soutien financier du fédéral pour la gestion des infrastructures, nouvelles comme anciennes.
Dans un courriel, Environnement Canada précise avoir dépensé 6,6 milliards de dollars depuis 2015 pour l’adaptation au climat, mais sans préciser la part attribuée aux T.N.-O.
En attendant, faute de solutions immédiates, Rob Eskens et Manitoulin tentent de trouver des solutions de rechange et pensent à se tourner vers le transport aérien.
Avec les informations de Saloni Bhugra
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