Photo : Parkland Institute

Crise pétrolière en Alberta, le nettoyage des vieux puits devient problématique

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La crise du pétrole en Alberta provoque des fusions d’entreprises qui soulèvent de plus en plus d’inquiétudes quant au sort de centaines de puits de gaz acide, de pipelines et d’autres installations rendues désuètes.

Nettoyer les 100 000 puits de pétrole et de gaz abandonnés coûterait jusqu’à 70 milliards de dollars. Photo : CBC

L’été dernier par exemple, Shell Canada a vendu 284 puits, 66 installations et 82 pipelines dans le sud de la province de l’Alberta à la compagnie Pieridae Energy de Calgary dont la valeur marchande est maintenant inférieure au prix de ses actifs et dont le cours boursier est inférieur à 1 $.

On s’interroge maintenant pour savoir ce qu’il adviendra de tous ces puits et si les contribuables seront pris avec la facture d’assainissement advenant le cas où Pieridae Energy ferait faillite.

Alors que la situation économique continue de s’aggraver, le nettoyage d’anciens puits de pétrole et de gaz improductifs dans la province de l’Alberta pourrait coûter jusqu’à 70 milliards de dollars, selon un récent rapport. Produit par l’Alberta Liabilities Disclosure Project (ALDP), un consortium qui comprend des propriétaires fonciers et des scientifiques, le rapport estime qu’un nettoyage complet coûterait en fait de 40 à 70 milliards.

La somme de 70 milliards est beaucoup plus élevée que l’estimation de l’Alberta Energy Regulator (AER), une agence gouvernementale qui supervise les activités de forage.

Cette agence évalue le coût prévu de l’assainissement de toutes les infrastructures pétrolières et gazières à 58,65 milliards. Les chiffres de l’AER comprennent les pipelines et autres installations, tandis que ceux de l’ALDP ne concernent que les puits de pétrole et de gaz.

Le nombre de puits orphelins gonfle

Parkland Institute

Les faillites liées à la baisse des prix mondiaux du pétrole sont responsables de la croissance exponentielle des puits orphelins en Alberta.

Au cours des quatre dernières années, le nombre de puits orphelins dans la province a augmenté en raison de la chute des prix du pétrole qui a mené les sociétés à suspendre leurs activités.

En 2014, le nombre de puits classés « orphelins », c’est-à-dire ceux qui n’ont pas d’entité solvable pour effectuer l’abandon et la remise en état, était de 162. Un an plus tard, ce nombre était passé à 768.

En mars 2017, le nombre de puits orphelins en Alberta atteignait 2084. Aujourd’hui, ce nombre dépasse les 3000!

Depuis janvier dernier, le nombre de puits transférés à l’Orphan Well Association est passé de 3100 à 3400.

Un problème à la grandeur de l’industrie

La Cour suprême du Canada à Ottawa
Crédit photo : ICI Radio-Canada/Jean-Sébastien Marier

En janvier dernier, la Cour suprême du Canada a statué que le pollueur doit payer et que les entreprises du secteur de l’énergie doivent d’abord remplir leurs obligations environnementales avant même de songer à rembourser leurs créanciers en cas d’insolvabilité ou de faillite.

Cette décision rendue par le plus haut tribunal du Canada infirme deux décisions de tribunaux inférieurs selon lesquelles la loi sur la faillite avait préséance sur les responsabilités environnementales provinciales, et que les compagnies d’énergie pouvaient rembourser tous leurs créanciers sans avoir à nettoyer ou à sécuriser leurs vieux puits de pétrole ou de gaz.

Selon la Cour suprême, la faillite n’est pas un permis d’ignorer ou de se défaire de ses responsabilités environnementales.

Un jugement lourd de conséquences au pays de l’or noir canadien, l’Alberta

Des responsables de RedWater Energy Corp ouvrent la séance de la Bourse de croissance TSX, à Toronto, le 26 avril 2011. – Photo YouTube

La décision de la Cour suprême porte à l’origine sur l’entreprise Redwater Energy, d’Okotoks, en Alberta, qui détenait une participation dans 17 puits de pétrole et de gaz naturel en production, ainsi que dans de nombreux autres puits inactifs.

Au moment de son insolvabilité, en 2015, l’entreprise devait à sa banque, ATB Financial, un peu plus de 5 millions de dollars.

Son syndic de faillite a ensuite voulu vendre les précieux puits de l’entreprise pour rembourser sa dette à ses banquiers et abandonner les puits non productifs, les laissant à l’Orphan Well Association (OWA) de l’Alberta pour les nettoyer. L’OWA est financé par l’industrie de l’énergie.

Lorsque l’AER a déclaré que Redwater ne pouvait ignorer ses responsabilités environnementales, le syndic de faillite dans cette affaire, Grant Thornton, ainsi que le prêteur de Redwater, ATB Financial, ont décidé de contester cette loi.

Ce puits de Redwater Energy dans le nord de l’Alberta est sous le contrôle de l’Orphan Well Association. Après la décision de la Cour suprême, il y aura maintenant des fonds pour forcer le nettoyage du site. (CBC)

Une solution à long terme

Pour les détracteurs du système, y compris les propriétaires fonciers et les agriculteurs, une véritable solution pour le bien-être de l’environnement et la sécurité des citoyens consisterait à exiger des entreprises qu’elles mettent de l’argent de côté, comme une caution, avant d’être autorisées à forer un puits.

D’autres affirment que des échéanciers plus stricts devraient être établis pour le traitement des puits inactifs.

Même après plus de 100 ans d’exploitation pétrolière vigoureuse, la loi albertaine ne prévoit pas de délai pour l’abandon et la remise en état des puits par les sociétés pétrolières et gazières.

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Photo : Graham Wuttunee

RCI avec les informations de CBC News, La Presse canadienne et la contribution de Radio-Canada

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Catégories : Économie, Environnement, Politique
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