La fonte des glaces en Arctique, un « bombe à retardement »

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Fonte des glaces arctiques telle que vue du pont du brise-glace canadien Louis S. St-Laurent. (Jonathan Hayward / La Presse Canadienne)
Fonte des glaces arctiques telle que vue du pont du brise-glace canadien Louis S. St-Laurent. (Jonathan Hayward / La Presse Canadienne)

Un groupe de chercheurs européens, scientifiques et économistes, la fonte rapide des glaces en Arctique serait en fait « une bombe à retardement » qui coûterait au moins 60 mille milliards de dollars au cours des 10 prochaines années. Ce montant astronomique s’approche dangereusement des 70 mille milliards de dollars que représentait la totalité de l’économie mondiale en 2012.

Les chercheurs – Gail Whiteman, de l’École de Gestion de Rotterdam et de l’Université Erasmus des Pays Bas, Chris Hope de l’École des Hautes Études Commerciales Cambridge Judge Business School en Grande-Bretagne et Peter Wadhams, professeur de Physique océanique à l’Université de Cambridge – appellent à la création d’un modèle économique pour faire face aux impacts des changements climatiques.

Un tel modèle est attendu depuis très longtemps, surtout quand on constate l’absence d’un plan international effectif et efficient pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

« La disparition imminente des glaces d’été en Arctique aura un impact aux répercussions énormes sur l’accélération des changements climatiques et la libération du méthane des eaux au large qui peuvent maintenant se réchauffer suffisamment en été. Cet apport massif de méthane aura des effets majeurs tant sur l’économie mondiale que sur les différents sociétés de la planète, » affirme la professeure Gail Wadham.

Ouverture des routes maritimes

À ce jour, le déclin des glaces arctiques a été largement perçu comme un bénéfice économique substantiel tant pour la navigation commerciale que pour la recherche en hydrocarbure. On suppose que l’Arctique recèlerait 30% du gaz naturel non encore découvert et 13% du pétrole encore à découvrir.

Par contre, la fonte des glaces libère des quantités de méthane dans l’atmosphère terrestre, accélérant de ce fait le réchauffement planétaire.

Dans cette étude publiée dans la revue scientifique Nature, les chercheurs ont évalué à 50 gigatonnes le méthane libéré dans l’atmosphère au cours de dix prochaines années suite au dégel du pergélisol sous la mer de Sibérie orientale. Le chiffre astronomique de 60 mille milliards de dollars en impacts directs se manifestera par des écarts extrêmes des températures, par des inondations, des sécheresses et une chute de la santé générale des populations.

De plus, il ne s’agirait ici que d’une évaluation préliminaire car les auteurs ne considèrent pas dans l’étude l’acidification des océans et les changements possibles de la circulation atmosphérique, deux phénomènes non encore bien compris. On ne peut pas non plus évaluer les coûts possibles des gaz à effet de serre qui seront libérés par la fonte du pergélisol.

Les pays en développement seront les plus touchés

« La plus grande partie de ces coûts globaux – près de 80% – touchera les pays en développement qui n’ont pas les infrastructures nécessaires pour faire face aux désastres naturels, » souligne le professeur Chris Hope.

Il lance un appel pressant aux leaders mondiaux afin qu’ils investissement massivement dans la recherche et la mise sur pied d’un système de modélisation économique qui calculera les impacts de ces changements dans le paysage arctique.

Selon les auteurs, les dommages économiques qui affecteront toutes les nations élimineront complètement tous les gains à court terme qu’apporteront les nouvelles routes maritimes et l’extraction de gaz et de pétrole, même si on arrive à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

« Dans tous ces cas, il y a un prix énorme à payer pour l’ensemble de la planète dans tous ces changements climatiques dans l’Arctique, et cela malgré tous les gains possibles à court terme pour les communautés arctiques, les nations circumpolaires et l’industrie en général, » ajoutent les auteurs dans une note finale teinté de réalisme amer.

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Raymond Desmarteau, Radio Canada International

Raymond Desmarteau, Radio Canada International

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