Retour sur l’histoire des Islandais venus s’installer au Canada

Une photo du côté est de la Première Avenue à Gimli, au Manitoba (New Iceland Heritage Museum/via U of T)
Entre 1870 et 1914, l’Islande a connu un véritable exode de sa population vers l’Amérique du Nord.

Près d’un quart de la population islandaise a fui les pénuries alimentaires, les changements climatiques et la pauvreté pour un meilleur avenir.

De nouvelles communautés se sont alors créées au Canada ainsi qu’aux États-Unis.

Intriguée par cette grande migration, l’historienne d’origine islandaise L.K. Bertram a voulu en savoir plus sur son héritage. Elle a retranscrit ses recherches et ses connaissances dans un récent ouvrage intitulé The Viking Immigrants : Icelandic North Americans.

« C’est l’histoire d’une communauté d’immigrants et il se trouve que c’est la communauté dont je suis originaire », explique Mme Bertram, dont la famille a immigré au Canada et a contribué à former une colonie islandaise sur la rive ouest du lac Winnipeg et un quartier d’immigrants islandais dans la ville de Winnipeg à la fin du XIXe siècle.

L.K. Bertram a retranscrit ses recherches et ses connaissances sur les Islandais d’Amérique du Nord dans l’ouvrage The Viking Immigrants : Icelandic North Americans. (Université de Toronto)

La colonie islandaise se nommera Nouvelle-Islande et sa structure politique restera unique dans l’histoire du Canada. En Nouvelle-Islande, les habitants créaient leurs propres lois, conservaient leur système d’éducation et, en général, géraient leurs propres affaires.

Les descendants de ces pionniers sont aujourd’hui dispersés dans tout le territoire canadien. Dans le dernier recensement national, en 2016, 101 795 personnes ont indiqué avoir des origines ethniques islandaises.

L’historienne de l’Université de Toronto redonne vie à cette communauté par l’entremise de photos d’archives, d’entrevues, de divers artefacts et même de recettes de cuisine.

En combinant tous ces éléments, elle arrive notamment à retracer un siècle et demi de culture islandaise en Amérique du Nord.

« Ce livre s’adresse aux spécialistes de l’immigration et aux personnes qui s’intéressent à l’histoire du Canada », explique Mme Bertram.

« Il est destiné aux Islandais en Islande pour les aider à comprendre l’importance de l’immigration, car moins de gens en parlent là-bas. Il s’adresse également à tous ceux qui veulent comprendre pourquoi nous faisons ces choses bizarres de cette façon particulière.  »L.K. Bertram, historienne
Près d’un quart de la population islandaise est venue en Amérique du Nord à la fin du XIXe siècle, et beaucoup d’entre eux se sont installés au Manitoba. (New Iceland Heritage Museum/via Université de Toronto)
Retour sur les traditions islandaises

L.K. Bertram a toujours été intriguée par les spécificités de sa culture et par l’origine de ces différences.

« Lorsque vous étudiez d’où elles viennent, vous comprenez comment la communauté a évolué au cours des 150 dernières années. Et une grande partie de ce dont je parle dans le livre, vous pouvez encore le trouver dans la communauté aujourd’hui », écrit l’historienne.

Les Islandais ont toujours eu une grande relation avec le café, par exemple.

Alors que les colons britanniques ne buvaient que du thé, les Islandais ont tenu à importer leur amour pour le café en développant « leurs propres marchés de café, y compris des cafés animés qui étaient des centres sociaux importants ».

Mme Bertram fait notamment référence à un café dont l’histoire méconnue le lie à Hollywood.

« Il y avait un célèbre dessinateur de Disney qui était islandais. Il est tombé amoureux d’une serveuse d’un café dans le quartier islandais de Winnipeg », explique l’auteure. Il aurait alors essayé de la convaincre de venir à Hollywood avec lui, mais elle a refusé.

« Il a dit qu’il travaillait sur un grand film de Disney et qu’elle était son modèle. » Ce film était Blanche-Neige et les sept nains, raconte Mme Bertram dans une entrevue.

Une autre tradition chère aux Islandais, selon l’historienne, est un gâteau traditionnel : le vinarterta. Souvent servi lors de fêtes ou de jours fériés, le gâteau aux multiples couches est aromatisé aux amandes et à la cardamome.

La spécificité de ce dessert est que sa recette n’a pas changé depuis sa création, c’est une sorte de « capsule temporelle de quelque chose qui a été mangé au moment de la migration ».

L’auteure inclut d’ailleurs plusieurs recettes dans son ouvrage, dont certaines datent des années 1790.

Elle aborde également la culture islandaise implantée dans les Prairies canadiennes sous forme de statues, de peintures ou encore d’images artistiques.

Il existe notamment une statue viking de 4,6 m de haut dans la ville de Gimli au Manitoba. En août 2017, un nouveau parc viking autour de la statue a été inauguré pour célébrer le 125e anniversaire du Festival islandais du Manitoba et le 150e du Canada.

Autour des sentiers se trouvent des stèles de diverses personnes et familles islandaises de la région.

La statue viking de Gimli, dans le Manitoba, est un symbole de l’héritage islandais de la ville et de son lien permanent avec l’Islande. Cette statue de 4,6 mètres de haut se trouve près d’un musée du patrimoine islandais et d’autres attractions de la communauté au nord de Winnipeg. (Steve Lambert/La Presse canadienne)

Un autre aspect de la culture islandaise que l’auteure met en avant dans son ouvrage est la superstition et la croyance dans les fantômes.

« Il existe en Islande une culture spirituelle plus vaste et plus ancienne qui a des racines importantes dans le monde préchrétien, et c’est une façon particulière de penser notre relation à la terre, à l’histoire et aux autres peuples », explique Mme Bertram.

« Les histoires de fantômes sont souvent mises de côté dans les études historiques, mais je crois qu’elles fonctionnent comme des textes importants qui peuvent nous en dire beaucoup sur la façon dont les gens de tous les jours ont discuté de questions cruciales comme l’inégalité et le pouvoir.  »L.K. Bertram, historienne

La chose qui a le plus marqué l’historienne est de réentendre les voix des premiers pionniers islandais.

« Ma grand-mère, comme beaucoup de gens de sa génération, a été encouragée à ne parler que l’anglais, donc nous n’avons pas du tout appris l’islandais », rappelle-t-elle.

« Je connaissais quelques mots, mais c’était tout. Alors, en apprenant la langue, en allant dans ces archives et en écoutant ces voix d’il y a 150 ans, j’ai pu ressentir un sentiment de familiarité. C’était tellement agréable de pouvoir entrer dans ce vieux monde. »

Avec les informations de l’Encyclopédie canadienne et de la Manitoba Historical Society

Mathiew Leiser

Mathiew Leiser, Regard sur l'Arctique

Né dans le sud de la France d'une mère anglaise et d'un père français, Mathiew Leiser a parcouru le monde dès son plus jeune âge. Après des études de journalisme international à Londres, il a rapidement acquis différentes compétences journalistiques en travaillant comme journaliste indépendant dans divers médias. De la BBC à l'Agence France Presse en passant par l'agence d'UGC Newsflare, Mathiew a acquis de l'expérience dans différents domaines du journalisme. En 2019, il décide de s'installer à Montréal pour affronter les hivers rigoureux et profiter des beaux étés mais surtout développer son journalisme. Il a rapidement intégré Radio Canada International où il s'efforce de donner le meilleur de lui-même au sein des différentes équipes.

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