Lancement d’un « atlas climatique » pancanadien qui collige les savoirs autochtones

Siila Watt-Cloutier, défenderesse inuk du climat, souligne que le changement climatique modifie radicalement de nombreux aspects de la vie des Inuit, notamment la façon dont ils se déplacent sur la glace qui s’amincit lorsqu’ils chassent et pêchent. (Université Simon Fraser)
Un « atlas climatique », lancé mardi, place les connaissances autochtones sur la carte pour aider à lutter contre la crise climatique. Ce projet permet de publier les données climatiques et les leçons tirées par les communautés inuit, métisses et des Premières Nations dans tout le Canada.

Pour Hetxw’ms Gyetxw, c’est l’aboutissement de plusieurs années de travail avec l’équipe du Prairie Climate Centre, de l’Université de Winnipeg, et en collaboration avec des communautés autochtones de tout le pays.

Jusqu’à présent, l’atlas interactif ne montrait pas les projections de changement climatique pour les communautés autochtones, seuls les centres urbains canadiens y étant inclus.

Ayant passé son enfance sur le territoire de Gitxsan, dans la partie de l’intérieur nord-ouest de la Colombie-Britannique, Hetxw’ms Gyetxw explique qu’il a pu constater la façon spectaculaire dont les changements climatiques ont modifié la terre où il a grandi : la rivière sur laquelle il avait l’habitude de patiner ne gèle plus, les glaciers dont il se souvient ont disparu.

« Je vais avoir 40 ans cette année, mais au cours de ma vie, j’ai vu notre terre changer complètement », raconte Hetxw’ms Gyetxw.

« C’est une contribution énorme à l’ensemble du Canada »

La nouvelle fonction fournit des informations sur les impacts du changement climatique dans 634 communautés des Premières Nations et 53 communautés inuit, tout en présentant les projets d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets sur le territoire des Métis.

La carte présente également des vidéos d’aînés et de gardiens du savoir autochtone, qui mettent en avant leurs connaissances visant notamment à réduire les émissions de gaz à effet de serre, comme le projet de stockage en batterie éolienne-solaire de la Première Nation de Cowessess, en Saskatchewan, et les mesures communautaires d’adaptation au changement climatique, comme ceux des pompiers métis.

« C’est une contribution importante des communautés autochtones à l’ensemble du Canada […] que de réfléchir à une manière différente d’aborder cette question extrêmement complexe, fondée sur une sagesse autochtone à la fois millénaire, actuelle et moderne », souligne Ian Mauro, le directeur exécutif du Prairie Climate Centre.

Hetxw’ms Gyetxw espère qu’une nouvelle section sur les connaissances autochtones de l’Atlas climatique du Canada aidera à montrer ce pour quoi les peuples autochtones se battent depuis toujours – la résilience et l’adaptation aux changements climatiques, et s’assurer qu’il y a un avenir pour tous les peuples. (Tyson/Koschik/CBC)
Le savoir autochtone ne concerne pas seulement le passé

Hetxw’ms Gyetxw déplore que le savoir autochtone soit souvent présenté comme ne concernant que le passé, ou relégué à des sujets comme la chasse et la pêche. Il espère que ce nouvel outil aidera les Canadiens à avoir une vue d’ensemble.

« Le savoir autochtone englobe tout », précise-t-il. « Il englobe la météo, il englobe ce à quoi les choses vont ressembler à l’avenir. Nous prenons en compte la biologie, l’écologie, tout ce qui concerne nos terres. »

Cette approche illustre, selon lui, la manière dont la science occidentale ou eurocentrique du changement climatique et l’expertise autochtone peuvent se compléter. C’est la concrétisation d’un concept parfois appelé « vision à deux yeux ».

« D’un œil, vous regardez le monde à travers les sciences occidentales, et de l’autre, vous regardez à travers les savoirs traditionnels […] Vous prenez toutes les perspectives et vous voyez le monde tel qu’il est vraiment, pas seulement d’une manière segmentée », explique-t-il.

Dépasser la « paralysie de l’analyse »

Siila Watt-Cloutier, une Inuk défenderesse du climat, a été une partenaire clé dans l’élaboration du contenu autochtone de l’Atlas climatique.

Selon les projections de l’Atlas climatique, sa ville natale de Kuujjuaq, au Nunavik, une région autonome du nord du Québec, devrait connaître en moyenne 40 jours de moins par an où les températures descendent en dessous de 0 degré Celsius d’ici la fin du siècle, si les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter au même rythme.

Ces températures plus élevées auraient un impact considérable sur la communauté inuit, dont la vie dépend de la glace.

Mais, au lieu de considérer les peuples autochtones comme des victimes du changement climatique, Mme Watt-Cloutier estime qu’il est temps que le monde les considère comme des personnes qui trouvent des solutions.

Elle indique qu’une grande partie du monde semble être coincée dans une « paralysie de l’analyse » lorsqu’il s’agit de s’attaquer à la crise climatique, mais que les Inuit et les autres peuples autochtones peuvent aider à endiguer ce problème.

« Après tout, nous sommes les inventeurs du kayak. Nous pouvons construire des maisons avec de la neige, assez chaudes pour que vos mères y accouchent », dit-elle.

« Nous voulons être présents aux tables de négociation. Nous voulons être là pour apprendre au monde ce qui se passe et comment nous pouvons aller de l’avant », ajoute Mme Watt-Cloutier, qui est également officière de l’Ordre du Canada et candidate au prix Nobel de la paix.

« Nous avons beaucoup à donner et nous avons beaucoup à offrir. Je pense que la sagesse autochtone est ce dont le monde occidental a besoin pour guérir, pour comprendre et pour se remettre à créer un monde plus durable. »

« Le savoir autochtone est le médicament que le monde recherche. »

Avec des informations de Jaela Bernstien

Radio-Canada

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