Le Canada doit en faire plus pour protéger le littoral arctique de l’érosion

Baraques le long d'une berge.
Bâtiments et sites patrimoniaux dans le parc territorial Herschel Island–Qikiqtaruk, dans le nord du Yukon. Les infrastructures de l’île et du littoral arctique sont menacées par des taux d’érosion élevés, explique Hugues Lantuit. (Photo : gouvernement du Yukon)

Le Canada n’en fait pas assez pour protéger ses côtes, souligne un nouveau rapport de l’Université de Waterloo. Malgré le fait qu’ils partagent un littoral arctique en érosion, les trois territoires ne disposent pas de plans de gestion côtière spécifiques.

Le rapport du Centre Intact sur l’adaptation au climat de l’Université de Waterloo, en Ontario, s’est penché sur le littoral marin et sur les rives des Grands Lacs du Canada.

Il a constaté que les communautés, les écosystèmes et les infrastructures situés le long des côtes sont confrontés à un risque croissant d’érosion, d’élévation du niveau de la mer, de tempêtes, de dégel du pergélisol et de conditions météorologiques extrêmes.

Des millions de personnes vivent près de la côte, près des Grands Lacs, et beaucoup d’autres en dépendent pour leur travail, leurs déplacements et leurs loisirs, a déclaré Anabela Bonada, l’une des auteurs du rapport.

Par exemple, les côtes arctiques s’érodent jusqu’à 40 mètres par an, indique le rapport.

Notre économie dépend fortement de nos côtes et de nos littoraux, mais ceux-ci sont de plus en plus exposés aux risques liés au climat, rappelle Anabela Bonada. Le long de la côte, nous constatons déjà une élévation du niveau de la mer. À l’échelle mondiale, cette élévation est d’environ cinq millimètres par an. Et nous observons des tempêtes plus violentes qui provoquent des inondations et de l’érosion, ajoute la chercheuse.

La fonte de la glace du pergélisol est visible sur cette côte dans le delta de Mackenzie, aux Territoires du Nord-Ouest.
Les changements climatiques provoquent la fonte du pergélisol et des glissements de terrain dans les ruisseaux des Territoires du Nord-Ouest. (Photo : Ressources naturelles Canada/Roger MacLeod)

Anabela Bonada indique que le gouvernement fédéral s’est fixé pour objectif que 80 % des communautés côtières mettent en œuvre des stratégies d’adaptation d’ici 2027.

Cependant, le Canada ne dispose pas d’un cadre national pour la gestion des côtes, ajoute-t-elle. Et bien que plusieurs provinces aient leurs propres plans de gestion, d’autres, ainsi que les trois territoires, ne disposent pas de stratégies globales.

Selon le rapport, la solution consiste à mettre en œuvre des plans régionaux de gestion des côtes dans tout le pays. Cela permettrait aux régions de s’attaquer au problème sans être limitées par les frontières municipales, provinciales ou territoriales, estime Mme Bonada.

Le littoral arctique

Dans l’Arctique, le dégel du pergélisol accélère le rythme de l’érosion.

Hugues Lantuit est chercheur spécialisé dans le pergélisol à l’Institut Alfred Wegener en Allemagne. Il étudie la côte nord du Yukon depuis plus de 20 ans.

Il affirme que les côtes pergélisolées du nord du Canada s’érodent plus rapidement que les côtes du sud, bien qu’elles soient protégées par la banquise pendant une grande partie de l’année.

Vue aérienne d'un fleuve près de la terre.
Cette photo aérienne prise en 2021 montre l’effondrement d’une section du pergélisol qui a entraîné un glissement de terrain dans le fleuve Yukon, près de Whitehorse. Cela s’est produit tout près de la route de l’Alaska, bien visible dans le bas de la photo. (Photo : Université du Yukon)

Dans le nord du Yukon, les taux d’érosion sont généralement compris entre 0,5 et 1 mètre par an, explique-t-il. Cela peut sembler peu, mais c’est en réalité très important.

Si un plan régional devait être mis en place, le chercheur considère que ce sont les populations locales qui devraient en prendre les rênes.

Dans le nord du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest, ce sont les Inuvialuit qui s’occupent déjà de la gestion des terres et de la lutte contre l’érosion côtière, souligne M. Lantuit.

Beaucoup d’éléments essentiels, si vous voulez, sont déjà en place. Ce dont nous avons besoin, c’est peut-être d’un organisme dédié pour former un groupe de parties intéressées doté d’un leadership innovant afin de traiter ce type de questions et d’avancer vers un plan officiel.

Avec des informations de Tori Fitzpatrick

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