Et si les plus hautes marées du monde étaient au Nunavik?

(Soumise par l’Agence spatiale canadienne ASC)
Des images satellites récentes de l’Agence spatiale canadienne suggèrent que la Baie-aux-Feuilles, près de Tasiujaq, pourrait enregistrer une amplitude de marée supérieure à celle de la baie de Fundy, jusqu’ici considérée comme la référence mondiale.
Des satellites montrent un record potentiel
Des images satellites de l’Agence spatiale canadienne (ASC), prises entre août 2022 et août 2023, montrent le contraste entre marée haute et marée basse de la Baie-aux-Feuilles, près du village inuit de Tasiujaq.
Ces images suggèrent une amplitude de marée de 16,35 mètres, soit potentiellement 0,5 mètre de plus que les 15,85 mètres enregistrés à Burntcoat Head, la baie de Fundy, selon l’étude de Makivvik.
Dirk Werle, expert principal en observation de la Terre à l’ASC, explique que les deux endroits ont des côtes qui amplifient naturellement les marées.
La baie de Fundy est en forme d’entonnoir, de la même manière que la baie d’Ungava est une sorte de bassin en U, où au fond du ‘U’, les marées montent très haut.
Dirk Werle, expert principal en observation de la Terre à l’ASC
Dirk Werle précise toutefois que la géologie des fonds marins diffère et que la quantité de glace entre les deux endroits varie, ce qui peut modifier la forme de la côte.
Au-delà de la curiosité scientifique, M. Werle souligne l’usage pratique des images satellites, notamment pour les chasseurs qui veulent identifier des passages sûrs. Il mentionne l’application Siku, qui utilise aussi des données satellites.
Pas de comparaison officielle pour l’instant
Michael Niziol, porte-parole de Pêches et Océans Canada, indique que les images satellites peuvent être comparées aux informations du Service hydrographique du Canada (SHC), mais qu’une véritable comparaison nécessiterait de mesurer les niveaux d’eau aux deux endroits sur la même période, car les extrêmes de marée varient selon des facteurs astronomiques à long terme.
Il précise qu’al’heure actuelle, le SHC priorise la collecte de données dans les endroits où l’information sur les marées est la plus critique pour la sécurité de la navigation et les besoins opérationnels.
Les données les plus récentes utilisées pour Burntcoat Head datent de 1998, et réaliser une étude sur un an serait « une entreprise considérable » à cause de la nature mobile du fond marin et des zones dessèchement très étendues.
Adamie Delisle-Alaku, vice-président directeur du département environnement, faune et recherche de Makivvik, se dit frustré : « Ils n’ont reconnu ni examiné nos données depuis leur soumission … Je suppose qu’ils sont très occupés, mais nous n’avons eu aucune correspondance ou information de leur part. »
Reconnaissance du savoir inuit et des mesures historiques
Pour Adamie Delisle-Alaku, il ne s’agit pas d’une rivalité avec la baie de Fundy, mais d’une reconnaissance des faits et du savoir traditionnel inuit.
Les marées de la Baie-aux-Feuilles ont été mesurées à plusieurs reprises depuis 1953, année où elles ont été reconnues par le Livre Guinness des records comme la plus haute jamais enregistrée. Cependant, ces études ont été écartées pour diverses raisons, notamment parce que les marées n’étaient pas mesurées sur une année entière.
Nous affirmons avoir les plus hautes marées du monde, mais cela n’est toujours pas bien accepté. [Cette étude] permettra d’obtenir la reconnaissance officielle.
Adamie Delisle-Alaku, vice-président directeur du département environnement, faune et recherche de Makivvik
Le SHC utilise un processus précis pour déterminer l’amplitude des marées, incluant au moins dix mois de données et l’élimination des anomalies liées aux conditions météorologiques.
Makivvik maintient ses instruments de mesure dans l’eau et continuera le suivi. Adamie Delisle-Alaku ajoute : « Nous allons collaborer avec le Service hydrographique du Canada pour garantir que nos données sont exactes, que nos instruments sont bien calibrés et que nous utilisons des instruments sophistiqués reconnus par eux afin de prouver que nos données sont fiables. »
Avec les informations de Samuel Wat
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