La Russie et la Chine coopèrent davantage dans l’Arctique, constate le NORAD

Des avions militaires dans le ciel.
Sur cette image prise le mardi 16 juin 2020 et publiée par le NORAD, un bombardier russe est escorté au large des côtes de l’Alaska par un chasseur américain. (Photo : Associated Press)

Le chef du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD) affirme avoir constaté un changement au cours de la dernière année en ce qui concerne l’activité russe et chinoise dans l’Arctique.

Le général américain Gregory Guillot a déclaré à CBC News que les incursions aériennes et maritimes dans les zones situées juste à l’extérieur de l’Amérique du Nord sont non seulement devenues plus fréquentes, mais aussi plus coordonnées.

Je dirais que la différence la plus importante en 2025 a été le volume, le volume simultané, a déclaré le commandant Guillot dans une entrevue exclusive.

Un officier parle dans un micro.
Le général de l’US Air Force, Gregory Guillot, dirige le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD). (Photo d’archives : AP/Jose Luis Magana)

Il arrive parfois qu’au lieu d’un seul navire, nous ayons quatre ou cinq navires opérant simultanément dans différentes parties de l’océan Arctique, jusqu’à la zone de Béring, affirme Général Gregory Guillot, commandant en chef du NORAD.

Puis, quelques heures plus tard, a-t-il dit, il y aura une incursion aérienne dans une autre partie de la région.

Ce type d’activité, selon les analystes de la défense, vise à tester la réaction des forces armées américaines et canadiennes.

Fin décembre 2025, le NORAD avait publiquement reconnu au moins huit incidents distincts survenus en 2025, au cours desquels il avait détecté et suivi des aéronefs militaires russes opérant dans la zone d’identification de défense aérienne (ZIDA) de l’Alaska. Ces incidents se sont tous produits dans l’espace aérien international, à proximité, mais pas à l’intérieur, de l’espace aérien nord-américain.

Aucune incursion maritime n’a été officiellement reconnue, du moins dans les déclarations publiques. Cependant, il a été admis l’été dernier que les Forces armées canadiennes surveillaient un navire de recherche chinois alors qu’il se trouvait dans les eaux arctiques au large de l’Alaska pour la deuxième fois en deux ans.

Le commandant Guillot dit avoir confiance en la capacité du NORAD à surveiller la région et à défendre l’Extrême-Nord, si nécessaire. Ces propos ont été tenus lors d’une entrevue de fin d’année, juste avant la reprise de la crise au Groenland et la menace d’annexion de ce territoire danois par le président Donald Trump.

Si on considère la carte de l’Amérique du Nord comme une horloge, explique M. Guillot, la majeure partie de l’activité observée se situe à 10 heures, au-dessus de l’Alaska. L’activité à 2 heures, près du Groenland, semble se dérouler à la surface et sous la mer.

Il y a assurément une activité russe dans l’Arctique, à l’est de notre continent, dit le général Gregory Guillot, commandant en chef du NORAD. Bien souvent, cette activité, si elle se déroule dans le domaine maritime, emprunte ce que nous appelons le passage GIUK, le passage Groenland-Islande-Royaume-Uni, puis se dirige vers l’Atlantique, sans nécessairement s’approcher des eaux territoriales canadiennes ou américaines.

Qu’est-ce que le NORAD?
Inquiétés par la menace d’une attaque aérienne nucléaire russe en provenance du nord, les États-Unis et le Canada ont mis en place au début des années 1950 trois lignes de radars avancées (Distant early warning) dans le Grand Nord.

Le but étant de détecter le plus tôt possible les intrusions aériennes et de les intercepter avant qu’elles n’atteignent les zones habitées ou des sites stratégiques au Canada et aux États-Unis.

En 1957, le Canada et les États-Unis décident de former le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD), qui est un commandement commun.

Aujourd’hui, le NORAD comprend 47 stations de détection à longue et courte portée réparties sur une ligne de 4800 kilomètres de l’Alaska jusqu’au Groenland.

En 2022, le gouvernement canadien a annoncé un investissement de 38,6 milliards de dollars sur 20 ans afin de moderniser et d’améliorer ses installations de détection avancées dans le nord, dont celles du NORAD.

Cet investissement comprend également la construction de bases aériennes et de pistes d’atterrissage pour la nouvelle flotte de chasseurs que le Canada est en train d’acquérir.

L’avenir du Dôme d’or

Guillot a également indiqué avoir eu des discussions approfondies avec la commandante militaire suprême du Canada, la générale Jennie Carignan, sur les modalités d’adhésion du Canada au système de défense antimissile baptisé « Dôme d’or » de l’administration Trump.

Le gouvernement fédéral est actuellement en discussion avec les États-Unis concernant son adhésion à cette initiative, mais ne s’est pas encore formellement engagé à y participer pleinement.

Donald Trump a déclaré publiquement que l’adhésion du Canada au programme coûterait plus de 61 milliards de dollars américains, mais que la participation serait gratuite si le pays y adhérait en tant que 51e État.

Le commandant Guillot n’a pas abordé la question politique dans son entrevue, mais il s’est plutôt concentré sur la manière dont l’intégration pourrait se faire.

Il a indiqué que les deux pays se posent notamment la question de savoir s’il est judicieux d’étendre le NORAD et d’inclure la défense antimissile dans le commandement binational, ou de laisser les commandements opérationnels de chaque nation gérer eux-mêmes la défense antimissile, comme le fait déjà le NORTHCOM américain.

L’été dernier, le ministre de la Défense, David McGuinty, a discrètement levé l’interdiction, vieille de plusieurs décennies, qui empêchait le Canada de participer au programme américain de défense antimissile balistique.

Nous pouvons discuter plus ouvertement des menaces avancées avec nos homologues canadiens, a déclaré M. Guillot, soulignant qu’il avait accueilli David McGuinty et Jenny Carignan lors d’une démonstration de certains des systèmes utilisés par les États-Unis pour détecter et suivre les menaces de missiles entrants l’année dernière.

Les drones, le nouveau nerf de la guerre

Une étude récente du Centre d’analyse des politiques européennes avertit que la Russie et la Chine prennent de l’avance sur les pays de l’OTAN, dont le Canada, dans la course au développement et au déploiement de drones capables de fonctionner dans les conditions extrêmes de l’Arctique.

Gregory Guillot a déclaré qu’il n’avait pas lu le rapport, mais a indiqué que l’armée américaine avait testé sur le terrain une technologie anti-drones dans l’Arctique et qu’elle coopérait étroitement avec le commandement des opérations interarmées du Canada (COIC) sur l’utilisation de ces systèmes.

Du point de vue défensif, je suis très satisfait des performances des systèmes que nous avons déployés pour lutter contre les drones. Je suis très satisfait de leur fonctionnement dans des conditions difficiles, a-t-il déclaré.

Fin novembre, l’armée américaine a reconnu que la 11e division en Alaska avait mené une expérience à grande échelle sur les drones et les systèmes pour les intercepter en coopération avec des entreprises de défense afin d’évaluer le comportement de ces systèmes par grand froid.

De petits pelotons de soldats, dotés de matériel de guerre électronique, ont suivi des drones et utilisé des contre-mesures disponibles dans le commerce pour les abattre lors d’essais près de Fort Greely et de Fort Wainwright.

Microréacteurs nucléaires

Également en phase de test, l’armée américaine prévoit déployer un microréacteur nucléaire pour alimenter de manière autonome une base aérienne dans l’Arctique de l’Alaska, dans le cadre d’un programme qui devrait avoir des répercussions importantes sur le projet du Canada de déployer une station radar transhorizon dans la région polaire.

L’un des problèmes auxquels les États-Unis et le Canada sont confrontés lors du déploiement de nouvelles stations radars avancées est celui de l’exploitation de ces installations, qui nécessitent d’énormes quantités d’énergie, aussi loin au nord.

Guillot affirme que les microréacteurs pourraient changer la donne pour les opérations militaires dans une région où les conditions météorologiques sont souvent le pire ennemi.

D’après un texte de Murray Brewster, de CBC News

À lire aussi :

Radio-Canada

RCI c'est le service multilingue de CBC/Radio-Canada qui permet de découvrir et surtout de comprendre et de mettre en perspective la réalité de la société canadienne, ses valeurs démocratiques et culturelles.

Vous avez remarqué une erreur ou une faute ? Cliquez ici !

Laisser un commentaire

Note: En nous soumettant vos commentaires, vous reconnaissez que Radio Canada International a le droit de les reproduire et de les diffuser, en tout ou en partie et de quelque manière que ce soit. Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette.
Nétiquette »

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *