Un séisme au Yukon révèle une faille cachée sous les glaciers

Un glissement de terrain apparaît sur une montagne enneigée.
Un glissement de terrain dans le parc national de Kluane, probablement causé par le séisme du mois dernier, est visible à gauche. (Photo : gouvernement du Yukon)

Des chercheurs de la Commission géologique du Yukon se sont empressés de survoler en hélicoptère des montagnes éloignées dans le sud-ouest du territoire à la mi-décembre. Leur but? Trouver des traces de glissements de terrain et d’avalanches résultant du séisme de magnitude 7 qui avait secoué la région quelques jours auparavant.

Le séisme du glacier Hubbard s’est produit le 6 décembre, dans la chaîne Saint-Élie, près de la frontière entre l’Alaska et le Yukon.

Celui-ci a permis aux géologues de vérifier une hypothèse vieille de plusieurs décennies, soit celle d’une faille cachée sous la surface de la Terre.

Le 12 décembre, du haut des airs, les chercheurs ont tenté de localiser la faille et d’établir des zones touchées, explique le responsable de recherche en géosciences à la Commission géologique du Yukon, Jan Dettmer.

Un hélicoptère s'apprête à décoller avec un forêt en arrière-plan.
Des chercheurs de la Commission géologique du Yukon ont effectué une reconnaissance de terrain depuis les airs pour mieux comprendre les conséquences du séisme de décembre. (Photo : gouvernement du Yukon)

Ils ont observé de nombreux glissements de terrain, surtout sur les pentes du mont King George, à quelque 40 km à l’est du plus haut sommet du Canada, le mont Logan. L’endroit était encore instable : des nuages de poussière indiquaient qu’un glissement de terrain venait de se produire.

Un lieu unique

La région est un peu un angle mort pour plusieurs spécialistes, dont Michael West, sismologue d’État de l’Alaska et professeur-chercheur à l’Alaska Earthquake Center.

Ce qui est unique dans le coin sud-ouest du Yukon, c’est que deux des systèmes de frontières de plaques les plus massifs de la planète s’y croisent presque à angle droit, dit Michael West. On a une compréhension limitée de la façon dont cela fonctionne. Certains qualifient cette région de « déraillement de la tectonique des plaques ».

Tant l’Alaska que le Yukon sont sismiquement actifs. Cependant, le tremblement de terre de décembre s’est produit dans une zone où il n’y avait pas eu, jusqu’ici, d’activité sismique notable, explique Michael West. Du moins, aucune n’a été enregistrée au cours des dernières décennies.

De nombreux chercheurs ont ainsi émis l’hypothèse qu’il devait y avoir un lien entre la limite de la plaque nord-américaine et des failles à l’intérieur de la plaque.

Cette hypothèse existe depuis les années 1960, mais on n’a jamais pu observer ce lien directement, dit Jan Dettmer. Mais maintenant, on peut. C’est une occasion très importante et qui suscite certainement un intérêt international.

« Je pensais que ma maison allait s’effondrer »

Le séisme a frappé à 12 h 41, heure locale, le 6 décembre, dans le parc national et la réserve de parc national Kluane. Pascale Dubois, qui habite un duplex à Burwash Landing, une petite communauté à environ 100 km de l’épicentre, s’en souviendra longtemps.

J’étais dans ma chambre quand j’ai entendu la porte commencer à vibrer et à craquer, raconte-t-elle.

Et ce n’était pas la laveuse du voisin, comme elle l’a d’abord cru : ce qui était accroché au mur s’est mis à bouger et ses enfants à crier.

On a couru au salon et toute la pièce bougeait comme si on était sur l’océan, poursuit-elle. Honnêtement, je pensais que ma maison allait s’effondrer.

Mis à part des objets tombés des murs ou d’étagères, le séisme a eu relativement peu d’impact sur les habitants du Yukon.

De quoi détonner avec sa puissance, dit Michael West, de l’Alaska Earthquake Center.

Un séisme de magnitude 7 est un événement énorme. La rupture devait probablement mesurer entre 50 et 100 km de long, note-t-il.

« Une magnitude 7 dans d’autres parties du monde peut faire 10 000 morts », affirme Michael West, sismologue d’État de l’Alaska et professeur-chercheur à l’Alaska Earthquake Center.

Les montagnes se forment

Selon Jan Dettmer, de la Commission géologique du Yukon, le séisme et ses répliques devraient aider à mieux comprendre comment les plaques tectoniques entrent en collision dans cette région. Et comment s’y forment les montagnes.

« Car la formation des montagnes y est toujours active », dit-il.

Michael West croit que l’intérêt scientifique pour ce séisme est considérable.

Des chercheurs de partout dans le monde l’étudient de différentes manières, dit-il. Le résultat de tout cela sera probablement un nouvel ensemble de failles qui devra être nommé.

Les chercheurs espèrent que cartographier les failles permettra de mieux comprendre les séismes de la région et le risque pour les habitants.

Avec des informations de Caitrin Pilkington

Radio-Canada

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