Froid extrême, puis chaleur à Whitehorse, est-ce normal ou pas?

Par Marie-Soleil Desautels
Le Yukon a fait face à une vague de froid mémorable en décembre dernier, poussant le réseau électrique à ses limites. Whitehorse et d’autres régions ont battu des records de températures glaciales. Puis, autour de la mi-janvier, c’est la chaleur qui a surpris la capitale, la transformant en patinoire géante.
Or, jusqu’à quel point ces fluctuations sont-elles normales?
Whitehorse a enregistré 8 jours sous les -40 °C en décembre, bien au-delà du 1,5 jour par an, selon la moyenne de 1990-2020. Deux nouveaux records ont aussi été établis : -43,6 °C le 22 décembre et -44 °C le 23.
« Malgré un début du mois doux, ç’a été le troisième mois de décembre le plus froid jamais enregistré », dit Bobby Sekhon, météorologue pour Environnement et Changement climatique Canada.
Les deux autres ont été en 1977 et en 1980, pour des données qui remontent jusqu’à 1941.
Bien que le Yukon ne soit pas étranger à un tel froid, décembre a marqué les esprits. Des voitures ont été clouées sur place; des pompes à essence, gelées; des autobus, annulés; des vols, détournés.
Dans la capitale, il a fait moins de -35 °C quatre jours à partir du 9 décembre.
Dix jours plus tard, huit jours consécutifs de ce régime ont incité le gouvernement à demander aux Yukonnais de réduire leur consommation d’électricité.
Observer un tel froid pendant une période de plus d’une semaine reste rare à Whitehorse. On ne compte qu’une vingtaine de semaines comme ça en 85 ans, selon les données disponibles d’Environnement Canada.
La plus longue a duré près de deux semaines, en 1969.
Ce qui a rendu ces huit jours de décembre inhabituels, c’est aussi la température maximale.
Les 22 et 23 décembre ont en effet battu deux autres records : ceux où la température est restée la plus froide, elle qui n’a pas dépassé les -38 °C de toute la journée.
La dernière fois, c’était il y a plus de 20 ans, et pendant une période de froid similaire, il y a plus de 35 ans.
En tout, sept jours en décembre n’ont pas vu le mercure grimper au-dessus de -30 °C. « C’est exceptionnel », affirme Bobby Sekhon, rappelant que la moyenne récente est d’un peu plus de deux jours par année.
Quant à savoir ce qu’est une vague de froid, selon Environnement et Changement climatique Canada, « il n’y a pas de définition officielle », dit le météorologue.
De plus en plus rares
Le changement climatique rend les froids extrêmes en général moins probables au Canada, selon Nathan Gillett, chercheur scientifique au Centre canadien de la modélisation et de l’analyse climatique, une organisation clé du ministère fédéral.
En effet, explique-t-il, ceux-ci se réchauffent plus vite que la température moyenne, de quoi les rendre moins fréquents et moins sévères qu’ils le seraient sans l’influence humaine.
Cette tendance est plus marquée dans le nord du Canada que dans le sud, continue l’expert, étant donné que l’Arctique se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale.
Pour le plaisir de certains, subir des -40 °C à Whitehorse devient ainsi plus inhabituel.

Et cette chaleur?
Après quelques semaines à ressembler à des pingouins emmitouflés, les habitants ont dû délaisser leurs gros habits. Le 16 janvier, il a fait plus de 6 °C.
Si le changement climatique accentue des phénomènes météorologiques extrêmes, passer d’une vague de froid comme en décembre à une chaleur inhabituelle peu après n’en fait pas vraiment partie, selon Nathan Gillett, parce que le réchauffement tend à réduire les extrêmes de froid.
Il est clair, d’après les modèles climatiques, que l’on s’attend à ce que ces variations de température diminuent.
Nathan Gillett, chercheur scientifique au Centre canadien de la modélisation et de l’analyse climatique
Ces écarts déstabilisants, au-delà de la glace sur les trottoirs, sont-ils ainsi moins fréquents qu’avant? Environnement Canada « n’a pas de statistiques » à ce sujet, dit Bobby Sekhon.
Cependant, ce dernier a trouvé des « dizaines de cas » où la température est passée de -40 °C à plus de 0 °C en une à trois semaines.
Parfois, cela se produit bien plus rapidement : en janvier 2018, la température a bondi de 44,2 °C en seulement quatre jours, en 2009, l’écart a été de 50,7 °C sur 11 jours, et, en 1966, de 41,1 °C… en trois jours!
Un réchauffement « typique »
Pour Bobby Sekhon, le réchauffement récent à Whitehorse s’est produit « de manière typique » : une perturbation venue du Pacifique a produit de forts vents et amené de l’air chaud.
Le météorologue ajoute que, à Whitehorse, le climat continental et la topographie locale rendent ces écarts fréquents l’hiver.
« L’air froid de l’Arctique peut s’installer rapidement lorsque les vents du nord dominent. Mais, parfois, des vents descendent des montagnes au sud-ouest, apportant un réchauffement soudain », précise-t-il.
Que l’on ait maudit le froid de décembre ou apprécié la chaleur récente, ou l’inverse, il reste que Whitehorse est aujourd’hui plus chaud qu’à l’époque de l’enfance de ceux qui y ont grandi.
La température moyenne de chaque année le montre bien : avant 1980, les années au-dessus de zéro étaient rares, alors que c’est de plus en plus courant de nos jours.
Ce n’est là rien pour surprendre quelqu’un qui a suivi l’actualité ces dernières décennies.
En attendant : retour aux normales dans les prochains jours, à Whitehorse, puis Environnement Canada prévoit un temps plus doux que d’habitude la semaine prochaine ainsi qu’en février.
| À lire aussi : |
