La stérilisation au cœur de la cause canine dans le Grand Nord canadien

Jusqu’à 25 chiens peuvent être accueillis par la Société protectrice des animaux des Territoires du Nord-Ouest, à Yellowknife. Incapable de prendre en charge tous les chiens errants du territoire, l’organisation dépend d’un vaste réseau de bénévoles et d’organismes pour soigner les chiens dans les communautés du territoire. (Thomas Ethier/Radio-Canada)

Face à la surpopulation de chiens errants dans certaines communautés, des voix réclament plus de ressources pour stériliser les populations canines des Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.) et leur permettre de vivre dans de meilleures conditions.

En janvier, la Société pour la prévention contre la cruauté des animaux (SPCA) des T.N.-O. a publié une lettre visant à éteindre une rumeur qui circulait dans certaines écoles.

« La SPCA des T.N.-O. est un refuge qui ne pratique pas l’euthanasie systématique. Toute euthanasie, lorsqu’elle s’avère nécessaire pour des raisons médicales ou humanitaires, est pratiquée uniquement par des vétérinaires qualifiés, selon des méthodes sûres et sans cruauté », y lit-on.

L’organisme ne tue donc aucun chien en santé, ou qui peut être soigné. Les efforts sont dirigés vers la stérilisation des animaux de compagnie.

Contrôle des meutes

Selon Amy Maund, directrice de la Tłı̨chǫ Animal Care Society (TACS), la surpopulation atteindrait aujourd’hui un niveau critique dans certaines communautés, où les meutes de chiens errants seraient parfois non maîtrisées.

À l’heure actuelle, une seule vétérinaire offre des services à temps plein aux Territoires du Nord-Ouest, et les listes d’attente pour faire stériliser les chiens seraient de plus en plus longues. Les communautés comptent sur des organisations comme Vétérinaires sans frontières et l’Université de Calgary, qui se déplacent pour offrir des soins. (Thomas Ethier/Radio-Canada)

« À Behchokǫ̀, il est parfois dangereux pour les enfants de rentrer de l’école, d’attendre l’autobus ou même d’aller jouer dehors », rapporte-t-elle.

L’organisme bénévole serait intervenu en 2025 auprès d’environ 400 animaux domestiques dans la région.

Le problème, ce ne sont pas les chiens, ce sont les membres des communautés qui doivent prendre la décision de faire stériliser leurs chiens.Amy Maund, directrice, Tłı̨chǫ Animal Care Society

Comme le précise la directrice de la SPCA des T.N.-ONicole Spencer, l’organisme ne peut intervenir dans les communautés qu’à la demande des résidents ou des gouvernements locaux.

Nicole Spencer, directrice de la Société protectrice des animaux des Territoires du Nord-Ouest. (Thomas Ethier/Radio-Canada)

La SPCA dépend donc de résidents bénévoles et de partenaires comme la TACS, qui agissent comme des agents de liaison en coordonnant le transport, le logement et le traitement des animaux sur place.

Des compagnies aériennes comme Canadian North, Air Tindi et Buffalo Airways collaborent également en transportant des animaux vers Yellowknife, et parfois vers l’Alberta. « Notre champ d’action est très limité avec ces ressources. Et c’est un très vaste territoire, avec 33 communautés », fait remarquer Mme Spencer.

Initiatives citoyennes

Résidente de Whatì, Jessica Martin-Bédard connaît tous les chiens de sa communauté par leur nom. Peu de temps après son arrivée dans la région tłı̨chǫ en 2021, l’enseignante s’est donné pour mission d’attraper et de transporter par elle-même les chiens errants de sa communauté vers Yellowknife.

Dans sa voiture, elle aurait conduit une centaine de chiens à la SPCA des T.N.-O.

« C’est intense », confie la bénévole.

Jessica Martin-Bédard en compagnie de son chien, Inook. Elle a pris l’initiative de frapper à la porte de chaque propriétaire de chiens de Whatì pour lui offrir son appui et s’assurer du bien-être de ses compagnons canins. Elle est devenue la référence en matière de soins pour animaux domestiques dans sa communauté. (Jessica Martin-Bedard)

En 2024, misant cette fois-ci sur la prévention, Mme Martin-Bédard a convaincu l’administration de Whatì d’inclure une clinique de vaccination et de stérilisation dans son budget annuel. Au total, 23 chiens ont été stérilisés sur place, en collaboration avec la SPCA, la TACS et Vétérinaires sans frontières.

Or, elle explique le succès de l’opération d’abord par la relation qu’elle a pu établir avec les propriétaires de chiens, dont plusieurs se seraient autrement montrés réfractaires à ce type d’intervention.

« Ça prend des personnes dans les communautés qui vont s’acharner, jour après jour, pour faire changer les choses. J’ai dû faire une dizaine d’heures de bénévolat depuis l’automne 2021 », souligne Mme Martin-Bédard.

Elle appelle aujourd’hui les gouvernements locaux à en faire davantage pour appuyer ce type d’initiative.

Appels à légiférer

De son côté, la TACS appelle le gouvernement Tłı̨chǫ à créer son propre programme de contrôle des chiens, à adopter des règlements et à déployer des agents pour les faire respecter.

Pour avoir été témoin de cas graves de cruauté dans sa communauté, Jessica Martin-Bédard espère également voir la Loi sur les chiens des T.N.-O. être modernisée et plus appliquée.

« Beaucoup de souffrance aurait déjà pu être évitée », souligne-t-elle.

Originaire de Yellowknife, la Dre Michelle Tuma, vétérinaire spécialiste du Nord pour Vétérinaires sans frontières, se dévoue depuis 2015 dans les communautés éloignées du territoire.

La Dre Michelle Tuma, spécialiste du Nord à Vétérinaires sans frontières, lors d’une clinique de vaccination et de stérilisation à Behchoko. (Michelle Tuma)

L’organisme entretient aujourd’hui des partenariats avec 12 communautés aux T.N.-O. et au Nunavut pour y offrir des soins vétérinaires.

Selon la Dre Tuma, de plus en plus de communautés et de résidents reconnaissent les problèmes liés à la surpopulation de chiens, et sont déterminés à faire stériliser leurs animaux de compagnie. Elle observe également une transition s’opérer dans la relation qu’entretiennent les résidents du Nord avec leurs compagnons canins.

Après avoir contribué pendant des siècles à la survie et à la protection des communautés, plusieurs chiens naissent aujourd’hui pour être laissés à l’abandon, ou dans des conditions de survie auxquelles ils ne sont pas adaptés, ajoute-t-elle.

« Il doit y avoir une réflexion et de nouvelles législations qui reflètent cette nouvelle relation avec les chiens », affirme la vétérinaire.

Un article de Thomas Ethier

Radio-Canada

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