Savoir tirer son épinglette des Jeux

La collection quasi intégrale des épinglettes officielles de 2026 de Janet Pacey. (Mariève Bonin/Radio-Canada)

Les cris et les applaudissements fusent de partout au Centre des Jeux du Canada, à Whitehorse. Pendant que les jeunes athlètes des Jeux d’hiver de l’Arctique se dépassent dans une multitude de disciplines sportives, un autre sport, non officiel et bien particulier, se pratique en périphérie : la chasse aux épinglettes.

Autour des tables, dans les gradins et à même le plancher, de petits groupes s’amassent partout pour comparer leurs collections grandissantes d’épinglettes, se féliciter de belles trouvailles et négocier des échanges.

Pour les collectionneurs en herbe, les habitués font office de mentors. C’est le cas de Riley Cyre, une joueuse de badminton de 16 ans, membre de l’équipe du Yukon et collectionneuse avérée.

Autant Riley Cyre adore les épinglettes, autant les liens qu’elle crée avec les gens à travers ces échanges lui plaisent encore plus.

« J’aime rencontrer beaucoup de personnes. Même si on ne parle pas la même langue, on parle tous des pin’s et des épinglettes, on fait des échanges. On utilise ça comme une communication, même si on a des difficultés à [se] comprendre », explique-t-elle.

Surnommée la «fille aux épinglettes», Riley Cyre admet être encore plus enthousiaste à l’idée d’échanger des épinglettes que de jouer au badminton. (Sarah Xenos/Radio-Canada)

Riley court les épinglettes dès qu’elle réussit à s’éclipser du terrain de badminton. Butinant des échanges comme une abeille parmi les fleurs, elle donne parfois de ses propres épinglettes tout en prodiguant des conseils aux débutants.

Mais la plus grande alliée dans la course aux épinglettes est sans nul doute Janet Pacey, qui participe aux Jeux d’hiver de l’Arctique depuis près de 20 ans.

Devenue une véritable célébrité chez les adeptes d’épinglettes, Janet Pacey ne compte plus le nombre de pièces dans sa collection. Mais elle les collectionne surtout pour en donner et en échanger avec le flot de jeunes qui gravitent autour de son kiosque toute la journée. C’est un rapport spécial qui la lie aux jeunes.

Il y a une communauté d’épinglettes, et on voit les mêmes enfants tous les jours, quelques fois par jour, parfois dix fois par jour. Et on en vient à les connaître, et on les aide, et ils reviennent à nous en disant :“Regarde ce que j’ai réussi à collecter, c’est fantastique!“.Janet Pacey, collectionneuse d'épinglettes

Janet Pacey est également chargée de distribuer les épinglettes officielles de Radio-Canada/CBC aux Jeux. Cette année, c’est un ensemble de trois épinglettes qui forment l’acronyme AWG pour Arctic Winter Games. Elle ne distribue que cent lettres individuelles par jour, ce qui fait que chaque lettre est rare. Et l’effet de rareté amplifie l’engouement des jeunes pour se les procurer.

Les cent «A» de Janet ont disparu en une heure et demie le lundi, alors que mercredi, les cent «G» se sont envolés en 14 minutes. (Mariève Bonin/Radio-Canada)

Si la fièvre des épinglettes est contagieuse et qu’elle s’intensifie au fil des jours, la valeur des épinglettes, elle, est surtout sentimentale. L’organisation des Jeux de l’Arctique décourage fortement la monétarisation des échanges pour que la collection d’épinglettes demeure une activité accessible à tous.

Une tonne d’épinglettes sont d’ailleurs offertes lors des Jeux, alors il est facile d’en accumuler pour en échanger. Chaque athlète a un certain nombre d’épinglettes de sa propre équipe à échanger, par exemple. Janet Pacey et les kiosques des commanditaires en offrent plusieurs aussi.

Chose certaine, l’échange des épinglettes est une activité des plus inclusives. Elle permet entre autres aux jeunes du coin qui ne pratiquent pas de sport de s’impliquer dans les Jeux. Et on voit même les frères et soeurs des athlètes se promener avec leur collection épinglée à des serviettes, des foulards et des bouts de cartons.

L’échange d’épinglettes contribue donc vraiment à créer un bel esprit d’entraide et de communauté au beau milieu des Jeux d’hiver de l’Arctique, en marge des terrains et des patinoires.

Un article écrit par Mariève Bonin

Radio-Canada

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