Les castors viennent transformer l’Arctique

Un castor est couché dans l'herbe.
Une nouvelle étude montre que le nombre de castors augmente dans l’Arctique. La chercheuse principale, Helen Wheeler, explique que c’est dû à plusieurs facteurs, dont les changements climatiques. (Photo : Helen Wheeler)

Une nouvelle étude montre que le nombre de castors dans le Nord a augmenté au cours des dernières années et qu’ils transforment le territoire.

Kevin Arey a grandi dans la région inuvialuit des Territoires du Nord-Ouest. Il raconte que, enfant, le fait d’y voir des castors était un plaisir. Aujourd’hui, toutefois, ce n’est plus le cas.

Ils sont partout. On en voit beaucoup trop, dit-il.

Kevin Arey fait partie d’un programme de gardiens chargé de protéger la faune et les terres le long de la route Inuvik-Tuktoyaktuk. Il affirme que la population de castors augmente dans la région. Il dit même en avoir vu un en eau salée, ce qui est inhabituel.

Je n’avais jamais vu un castor nager dans le port de Shingle Point de toute ma vie. C’était une première.

Selon lui, les castors et leurs barrages modifient les routes traditionnelles.

Ce qu’on fait pour vivre, la pêche, la chasse, est touché, dit Kevin Arey, gardien du territoire. Cela crée des obstacles, déplace l’eau et change le comportement des rivières.

Vue aérienne de quelques chercheurs et d'une hutte de castors près d'un lac.
Une photo prise par drone montre des chercheurs sur l’emplacement d’une hutte de castors dans le Nord. (Photo : Georgia Hole)

Des données confirment l’augmentation

Une étude publiée récemment dans la revue Ecosphere confirme ce qu’observe Kevin Arey.

Avec des images satellites et l’analyse de la végétation, les chercheurs ont trouvé des preuves de l’augmentation du nombre de castors dans l’Arctique dès 2008.

Helen Wheeler, auteure principale de l’étude et professeure associée à l’Université Anglia Ruskin, au Royaume-Uni, dit que plusieurs facteurs expliquent cette augmentation, dont les changements climatiques et la présence croissante d’arbustes ligneux utilisés par les castors pour construire leurs barrages.

Elle indique que l’étude des anneaux de croissance des arbustes, comme ceux des arbres, permet de savoir quand les castors étaient présents dans une région et s’ils y vivaient de façon continue ou occasionnelle.

Des arbustes coupés par des castors.
Les chercheurs analysent les cernes des arbustes, à l’instar de ceux des arbres, afin de déterminer à quelle époque les castors étaient présents dans la région. (Photo : Helen Wheeler)

C’est comme une sorte de fenêtre sur le passé, dit-elle.

Les chercheurs ont aussi comparé des images satellites de plans d’eau d’une année à l’autre pour y détecter des changements soudains indiquant la construction de barrages.

Les barrages des castors retiennent l’eau, ce qui peut faire monter le niveau des lacs. Cela s’observe avec les satellites, précise Helen Wheeler.

Elle ajoute que les barrages peuvent bloquer des voies navigables importantes et aussi nuire au pergélisol, ce qui pourrait contribuer au drainage de certains lacs. Ceux-ci font aussi déborder de l’eau sur la glace, un phénomène qui complique les déplacements dont parlent des membres des communautés.

« Il faut s’attaquer au problème »

Kevin Arey estime que la population de castors augmente parce que peu de gens les chassent, les trappent ou utilisent leur fourrure.

Il n’y a pas de marché. Donc, cela ne vaut ni le temps ni l’argent, dit-il.

Pour lui, cette situation doit être prise au sérieux. La collecte de données peut aider, mais elle ne suffit pas à régler le problème, croit-il.

Un groupe de personnes regardent une carte géographique.
Helen Wheeler et d’autres chercheurs s’informent sur des lieux importants où l’on trouve des castors auprès du Comité des chasseurs et des trappeurs de Tuktoyaktuk. (Photo : Georgia Hole)

Il souhaite que les régions désignées des Inuvialuit et des Gwich’in collaborent pour protéger les terres traditionnelles pour les prochaines générations.

Il faut s’attaquer au problème, le prendre au sérieux et travailler ensemble à partir des données et des connaissances disponibles.

Avec les informations de Bianca McKeown

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