Une vague record de 481 mètres en Alaska devrait inquiéter la C.-B.

Une photographie du fjord Tracy Arm et des dommages causés par le passage du tsunami.
Vue aérienne du glissement de terrain survenu au sud de Juneau, en Alaska, au glacier South Sawyer et dans le fjord Tracy Arm, le 13 août 2025. La ligne de démarcation visible sur la rive opposée du fjord a été causée par le passage d’un tsunami, qui a arraché la végétation sur les parois. (Photo : La Presse canadienne/Cyrus Read/U.S. Geological Survey)

Un des plus grands raz-de-marée jamais enregistrés a été signalé l’an dernier lorsque des millions de tonnes de roches se sont effondrées sur 1 kilomètre de profondeur dans le fjord Tracy Arm, en Alaska.

L’étude, publiée mercredi dans la revue Science, révèle que le tsunami provoqué par un glissement de terrain dépassait en taille la plus haute plateforme d’observation de la tour du CN.

La vague gigantesque de 481 mètres et son potentiel catastrophique doivent faire l’objet d’une attention accrue de la part des décideurs politiques, en particulier en Colombie-Britannique, selon un des coauteurs de l’étude, Dan Shugar.

Sur la côte ouest, nous avons Prince Rupert et Port Alberni, nous avons des villes situées à l’embouchure de certains de ces fjords, explique le professeur associé en sciences de la Terre, de l’Énergie et de l’Environnement à l’Université de Calgary.

« Il y a également un impact écologique assez important : de nombreux arbres ont été détruits, en plus des habitats et probablement des animaux et autres qui ont été balayés par ce tsunami. »

La recherche révèle que la vague ne se serait peut-être pas produite sans le recul rapide d’un glacier qui bloquait auparavant la trajectoire du glissement de terrain.

L’étude ajoute que le réchauffement continu, associé à une exposition croissante due à l’expansion des infrastructures et au tourisme de croisière, signifie que les risques liés aux tsunamis de fjord déclenchés par des glissements de terrain sont en hausse.

Des réactions en chaîne similaires pourraient provoquer de futures catastrophes, précise le document.

Une vague historique

L’étude affirme que, le 10 août 2025, à 5 h 26, un glissement de terrain de plus de 64 millions de mètres cubes s’est déversé sur 1000 mètres de dénivelé dans le fjord étroit et profond de Tracy Arm.

La vague qui en a résulté a atteint une hauteur qui figure en deuxième place des déferlements jamais enregistrés.

Le fjord accueille habituellement environ 3 navires de croisière par jour, mais, pendant les mois d’été, plus de 20 navires visitent quotidiennement les fjords de Tracy Arm et d’Endicott Arm, situés à proximité.

Heureusement, le seul bateau de croisière présent dans le fjord à ce moment-là ne se trouvait pas sur la trajectoire du tsunami.

Il aurait été fatal pour les occupants des bateaux de croisière de se retrouver à l’entrée du fjord à ce moment-là, affirme Dan Shugar.

Le glissement de terrain a fait monter le niveau du fjord comme de l’eau qui déborde des bords d’une baignoire, explique le chercheur.

Cette étude, à laquelle ont également participé des universitaires de l’Alaska, du Danemark, du Royaume-Uni et d’ailleurs, a révélé que le glacier South Sawyer avait reculé de manière substantielle, d’environ 500 mètres, au cours des mois précédant le glissement de terrain.

S’il ne s’était pas retiré, le glissement se serait effondré sur la glace du glacier ou ne serait pas tombé du tout, selon l’étude.

Le réchauffement climatique pointé du doigt

Dan Shugar explique que les réchauffements observés près du fjord au cours des 200 dernières années environ pouvaient être presque entièrement imputés à l’activité humaine et qu’ils avaient entraîné l’amincissement et le recul des glaciers.

Il compare le glissement de terrain à un enfant qui range sa chambre en bourrant son placard de toutous et d’autres débris avant de refermer la porte.

La porte, c’est la paroi rocheuse, mais elle est maintenue fermée par le loquet, n’est-ce pas? Et le loquet, c’est le glacier, ajoute-t-il. Et si vous retirez le glacier, vous déverrouillez la porte, celle-ci s’ouvre et tout le placard se vide.

Dan Shugar ne pense pas que la crainte de tsunamis potentiels devrait empêcher les navires de croisière et les pétroliers de naviguer au large des côtes canadiennes.

Cependant, avec l’augmentation des croisières touristiques et la possibilité d’une hausse de la circulation de pétroliers, de telles vagues pourraient constituer une menace, surtout, dans l’éventualité d’un possible nouvel oléoduc vers la côte de la Colombie-Britannique.

Nous devrions vraiment examiner ces pentes de très près pour évaluer le risque ou le danger qu’elles représentent et envisager d’investir dans toutes sortes d’instruments susceptibles de fournir une alerte précoce, soutient-il.

Il rappelle que la Commission géologique du Canada étudie déjà les risques liés aux fjords, mais que cette question devrait être prise en compte par les décideurs politiques à l’échelle du pays.

Avec les informations de La Presse canadienne

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