Des chercheurs se feront prisonniers des glaces pour étudier l’Arctique

Un texte de Marie-Ève DuSablon
Douze personnes s’apprêtent à quitter Tromsø, en Norvège, pour prendre la mer à bord d’un navire-laboratoire français et s’aventurer au cœur de l’Arctique. L’équipe de recherche passera plusieurs mois plongée dans la nuit polaire de l’un des environnements les plus hostiles et isolés de la planète afin d’étudier en détail les écosystèmes de la région et de mieux comprendre les effets des changements climatiques sur ce milieu fragile.
Cette mission marque le début du programme Tara Polaris, une vaste initiative scientifique qui s’échelonnera sur 20 ans dans une région encore difficilement accessible et qui demeure peu étudiée sur de longues périodes.
Pour cette première expédition, le navire de 27 mètres quittera la Norvège, l’un des territoires européens les plus au nord, pour mettre le cap vers l’Arctique central. Une fois arrivé dans la région, le navire se laissera prendre par les courants avant d’être immobilisé dans la glace.
Les scientifiques pourront alors établir un véritable camp de recherche sur la glace et y mener leurs expériences. Pour cette première portion de la mission, une petite équipe de 12 personnes sera à bord : 4 membres d’équipage (1 capitaine, 1 second, 1 chef mécanicien et 1 cuisinier), 1 correspondant de bord, 1 médecin ainsi que 6 scientifiques et ingénieurs.

On se sent fébriles, on se sent excités. C’est une grosse mission, c’est exigeant. Il y a quand même un niveau de nervosité. Même si on est bien préparés, ça reste quand même une aventure scientifique, humaine et logistique, où il y aura des défis à relever, même si on est bien prêts, explique-t-il avec enthousiasme.
L’équipe à bord sera accompagnée sur terre par une grande équipe ainsi que la Fondation Tara.
C’est un peu comme la Station spatiale internationale, d’une certaine manière. Du côté scientifique, on est 6 à bord qui doivent réaliser 220 protocoles scientifiques qui sont fournis par 80 scientifiques sur terre dans 13 pays et 30 institutions internationales.
Le but est d’avoir une meilleure compréhension de la région arctique et de sa biodiversité. Si le réchauffement touche l’ensemble du globe, les transformations y sont particulièrement rapides et profondes dans ce coin du globe, explique Maxime Geoffroy.
On met tous nos petits morceaux du casse-tête pour essayer d’avoir une vue d’ensemble, dit Maxime Geoffroy, chercheur à l’Institut maritime de l’Université Memorial.
L’une des plus longues missions en Arctique

Cette région isolée fait l’objet d’un intérêt croissant des scientifiques, notamment de la part de chercheurs norvégiens, russes et allemands. Toutefois, la majorité des études sont menées au mois de septembre, lorsque la banquise atteint son minimum annuel et que l’accès à l’Arctique central est plus facile.
C’est vraiment une fenêtre temporelle très courte qui est autour de fin août, début septembre. Et puis, ce qui se passe le reste de l’année, on ne le sait pas vraiment. Nous, l’idée, c’est d’être vraiment pris dans les glaces pour complémenter ces observations-là, avoir le cycle saisonnier complet. Ça n’a pas été fait très souvent et pas avec cette ampleur-là.
Le navire de recherche retournera dans la région tous les deux ans jusqu’en 2046, permettant ainsi de suivre les transformations de l’Arctique central sur une période de 20 ans.
L’équipage devrait affronter non seulement la noirceur polaire, mais aussi des froids intenses.
Il peut faire jusqu’à -40 °C, -50 °C, dit Maxime Geoffroy, chercheur à l’Institut maritime de l’Université Memorial. Il y a des ours polaires qui peuvent être dans le coin, donc il y a des protocoles de sécurité mis autour de ça.
L’équipe a également été formée pour faire face aux différents scénarios d’urgence, notamment s’il y a un incendie à bord.
Un médecin fait aussi partie de l’expédition afin de prodiguer les premiers soins en cas de problème de santé, puisque les secours pourraient mettre plus d’une semaine à atteindre le navire dans cette région isolée.

Le grand défi, ça va être de vivre avec 11 autres humains dans une petite capsule. Même si ce sont des gens qui sont tous aptes à avoir ce genre d’expériences et qui ont eu aussi des évaluations psychologiques et physiques assez poussées pour pouvoir être capables de passer au travers, confie-t-il.
À cela s’ajoutent les défis logistiques, notamment la possibilité de bris ou de problèmes techniques loin de toute aide extérieure.
Heureusement, un chien (un berger finlandais) accompagnera l’équipe sur la banquise. Il aura notamment pour rôle d’alerter les membres de l’expédition à l’approche d’éventuels ours polaires, tout en contribuant, accessoirement, au moral de l’équipage.
Il y a encore beaucoup d’inconnues. Même si on est bien préparés, l’aventure va commencer pour de vrai la semaine prochaine, même si ça fait quatre ans qu’on se prépare et deux ans plus sérieusement, explique Maxime Geoffroy.C’est la première dérive de ce navire-là, de cette mission-là. Donc, on va faire de notre mieux en espérant que ça se passe assez bien.
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