La faune marine fera son entrée au musée de la taxidermie de Yellowknife en 2027

Par Thomas Ethier
À la veille de la retraite, Greg Robertson, taxidermiste ténois de renommée internationale, se lance dans un dernier projet d’envergure avec son frère Dean. En 2027, une soixantaine d’animaux marins du Grand Nord s’ajouteront à la collection renommée d’animaux arctiques du musée Nature’s North Wildlife Gallery, à Yellowknife.
« C’est à cela que je vais consacrer le reste de ma carrière de taxidermiste », annonce Greg Robertson, qui espère dévoiler ses nouvelles œuvres aquatiques au printemps.
En 36 ans de carrière, le spécialiste du Nord canadien a naturalisé des milliers d’animaux de la faune arctique, dont plusieurs ont parcouru le monde pour se retrouver, entre autres, dans des musées de Shanghai et de Pékin.
Depuis 2024, une soixantaine de ces animaux sont exposés dans les tableaux grandeur nature du petit musée des frères Robertson, aménagé au cœur du quartier industriel de Yellowknife.
Des moments figés
Les espèces y sont figées en pleine action, interagissant entre elles dans des scènes de leur vie quotidienne, jamais violentes ou agressives.
« La taxidermie, comme nous la pratiquons, raconte une histoire, comme peu d’autres taxidermistes peuvent le faire », dit Dean Robertson, qui a eu l’idée de ce concept unique il y a plus de 30 ans.
Diplômé en écologie et zoologie, il a notamment été inspiré par un stage dans la nature et a décidé de recréer ainsi ces scènes animales.
« Nous observions un troupeau de bisons, plus spécifiquement leurs cornes », raconte-t-il.
Des loups sont arrivés, les ont observés, puis sont partis à leur trousse. En quelques secondes, tout avait disparu. C’était une expérience incroyable.
« Personne d’autre n’allait vivre cette expérience. C’est pourquoi j’ai voulu recréer cette scène. Pour revivre ce souvenir et le faire vivre aux visiteurs. »
Le procédé créé et développé par les frères Robertson pour faire vivre certaines de leurs oeuvres est unique au monde.
Leur technique de moulage de l’animal, combinée au souci du détail et à une bonne connaissance de la faune, permet d’insuffler mouvement et émotion aux animaux, ainsi libérés des poses rigides de la taxidermie traditionnelle.
« Nous voulons présenter un bref moment dans la vie de l’animal, qui mâche un os, se gratte l’oreille ou mange une proie. Ce sont des moments réels que peu de gens ont eu l’occasion de voir de leurs propres yeux en dehors du musée », explique Greg Robertson.

Une renommée internationale
C’est Greg Robertson qui a fait naître cette passion familiale pour la taxidermie et entraîné son frère, entre autres, dans l’aventure.
Ce sont les ours qui lui ont permis de bâtir sa renommée, d’abord auprès des chasseurs sportifs des États-Unis, nombreux à voyager aux Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.) dans les années 1990 et 2000.
En période de fort achalandage, le taxidermiste pouvait avoir 400 clients par année. Les petites prises étaient préparées pour quelques centaines de dollars, et un ours polaire pouvait lui rapporter jusqu’à 12 000 $.
Aujourd’hui, c’est essentiellement le musée qui occupe Greg Robertson, spécialement avec l’arrivée imminente de nouvelles espèces en provenance des eaux arctiques.
Environ 85 % des animaux exposés lui ont été fournis par des trappeurs du territoire, un titre qui, aux T.N.-O., appartient exclusivement aux résidents autochtones.
L’un de ses collaborateurs, Nathan Kogiak, pratique la trappe depuis son enfance, poursuivant une tradition familiale vieille de plusieurs générations.
Bien qu’elle vise depuis quelques années le marché du vêtement, qui connaît une période particulièrement lucrative, la taxidermie représente aussi un marché important.
Cet art impose des techniques particulières aux trappeurs, qui doivent dépecer les grosses prises avec soin, pour une naturalisation aussi réaliste que possible.
« Aux T.N.-O., je respecte toujours les standards de la taxidermie lorsque j’attrape des ours et d’autres gros gibiers. En enlevant la fourrure, je garde la tête, les pattes et les griffes, ce qui n’est normalement pas utile pour le marché du vêtement, mais essentiel à la naturalisation », explique Nathan Kogiak.
Exposer pour protéger
Depuis l’ouverture du musée, plusieurs salles de classe et des groupes de touristes assistent aux visites guidées, offertes en français et en anglais.
Ce sont les jeunes du territoire qui auraient les meilleures connaissances.
« Les enfants des T.N.-O. connaissent les animaux et posent de très bonnes questions », souligne Greg Robertson.
« Ils sont nombreux à avoir participé à des camps culturels avec leur école. Ils ont appris à dépecer des poissons ou des lapins. J’aurais aimé, à leur âge, avoir accès à ces programmes! »
Pour les deux frères, le musée serait peu lucratif. Il sert à exposer le fruit de décennies d’expérimentations et de raffinement, mais surtout à sensibiliser les visiteurs à cette faune avec laquelle ils partagent le territoire.
« Notre vrai objectif avec ces scènes quotidiennes des habitats naturels qui nous entourent, c’est de sensibiliser les gens et leur faire voir, de leurs propres yeux, la vie qui s’anime à travers le Nord », dit Dean Robertson.
« Face aux populations animales, plus les gens auront des connaissances, plus ils s’efforceront de les protéger. »
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