La fin d’un programme d’immersion à Inuvik surprend et déçoit

Selon le recensement de 2021, 190 personnes parlent français à Inuvik, soit 6,2 % de la population. (Radio-Canada/Julie Plourde)

Par Mohamed-Amin Kehel

Dans le nord des Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.), à Inuvik, l’annonce de la fin prochaine du programme d’immersion française à l’école primaire East Three Elementary School a surpris des parents de la communauté francophone locale. La Fédération franco-ténoise (FFT) souligne sa déception.

« J’étais vraiment confuse. Lorsque Zoila Castillo apprend, par une lettre envoyée aux parents, la fin du programme d’immersion dans lequel sont inscrits deux de ses enfants, c’est d’abord la surprise. »

Pour cette travailleuse sociale installée depuis 2009 à Inuvik, rien ne laissait présager que ce cursus était en danger.

« On ne savait même pas que c’était une possibilité que le programme français soit terminé », affirme-t-elle. « Il n’y a pas du tout eu de conversation avec les parents. »

Ses deux enfants en deuxième et quatrième année ont suivi toute leur éducation en français, précise la jeune mère en ajoutant que la nouvelle a troublé sa fille.

« Elle m’a dit que, quand la nouvelle a été dite dans sa classe, plus de la moitié de la classe a commencé à pleurer », rapporte-t-elle. « C’est un groupe d’enfants qui étaient ensemble depuis la maternelle. »

On a des enfants qui ont appris maths et sciences et tout ça en français et on va les mettre dans ces cours en anglais. Sans soutien, ils ne vont pas être au même niveau que leurs camarades, car ils doivent réapprendre le vocabulaire, etc.

Zoila Castillo, mère à Inuvik

La nouvelle formule proposée permet aux élèves de suivre, optionnellement, 90 minutes de cours de français par jour. Zoila Castillo estime que ce n’est pas assez pour être totalement à l’aise en français.

Contacté par Radio-Canada, le Conseil scolaire du Beaufort-Delta n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue.

Un manque de vision

Zoila Castillo et son conjoint, Jonathon Michel, s’expliquent mal cette décision et regrettent un choix « qui manque de vision ».

Malgré le fait qu’elle ait le français comme langue seconde et que son partenaire ne parle pas la langue de Molière, la résidente d’Inuvik souligne avoir fait ce choix pour « élargir les horizons » de ses enfants.

La déception des deux parents est partagée par Audrey Fournier, la directrice générale de la FFT, qui voit cette décision comme un « recul du français aux Territoires du Nord-Ouest. »

« Pour les familles, c’est quand même un accès à l’éducation en français pour leurs enfants », souligne-t-elle. « Ce qu’on annonce, c’est une perte d’acquis pour ces familles-là aussi. »

Selon Mme Fournier, ce type de programme est aussi « un appui à la vitalité de la communauté francophone » en augmentant le bassin de francophones dans une région.

C’est surprenant aussi dans un contexte où on annonce des développements à nouveau et qu’il y a beaucoup d’argent qui devrait être injecté dans la communauté. Nécessairement, il va y avoir une partie de ces gens-là qui vont être francophones.

Audrey Fournier, directrice générale de la FFT

Zoila Castillo abonde dans le même sens : « On est une communauté qui est un centre gouvernemental. Nous avons un hôpital, l’armée, la Gendarmerie royale. Et tous ces programmes territoriaux et fédéraux doivent être donnés en français et en anglais. »

Des lettres et une plainte

Pour tenter de faire bouger les choses, Zoila Castillo et son conjoint ont interpellé les différents ordres de gouvernement et déposé une plainte officielle auprès du Commissariat aux langues des Territoires du Nord-Ouest.

Dans sa lettre à la députée fédérale des T.N.-O., Rebecca Alty, Jonathon Michel déplore une décision faite « avec zéro consultation et qui a un réel impact sur la promotion d’Inuvik et du Delta du Beaufort ».

À la ministre territoriale de l’Éducation, Caitlin Cleveland, il stipule « qu’il y a peu d’opportunités d’éducation comme celle-ci dans une région éloignée ».

La FFT en appelle aussi de son côté au gouvernement des Territoires du Nord-Ouest.

« Nous allons contacter le ministère à ce sujet-là », avance Audrey Fournier. « Ce n’est pas juste de financer l’immersion dans ce cas-là, mais c’est d’appuyer le développement, puis la vitalité de la communauté francophone dans un espace où il n’y a rien pour le français langue première. »

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