La mine Jeffrey à Abestos autrefois la plus grande source d'amiante au monde, a fermé ses portes en 2012. Photo : Jacques Proulx

Pour faire oublier l’amiante, la ville d’Asbestos s’acharne à changer de nom

Une ancienne ville minière du Québec dont le nom est ostracisé internationalement entend toujours malgré les délais causés par la pandémie demander à ses 7000 résidents de voter sur un changement de nom.

Rappelons que la respiration des fibres d’amiante peut être mortelle et causer différents types de cancer qui tuent des dizaines de milliers de personnes chaque année dans le monde.

Située à presque 170 kilomètres à l’est de Montréal, l’ancienne petite capitale mondiale de l’extraction du dangereux minerai serait responsable aujourd’hui au Canada du tiers de toutes les maladies pulmonaires liées au travail. Les responsables municipaux estiment qu’un changement de nom et d’image pourrait relancer l’économie locale.

Le 27 novembre dernier, le conseil municipal d’Asbestos avait lancé le processus de changement de nom à la suite de réflexions sur l’avenir économique de la ville. La pandémie de COVID-19 a pourtant modifié les choses, car le vote devait avoir lieu en avril dernier.

La municipalité discute avec le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation du Québec afin de connaître les possibilités qui s’offrent à elle pour la tenue de son vote consultatif.

Le maire d’Asbestos, Hugues Grimard, rappelle que les citoyens seront invités à se prononcer dans un scrutin de type préférentiel sur une courte liste de noms proposés par le conseil municipal. Ils devront classer les suggestions par ordre de préférence.

Les noms retenus seront dévoilés en même temps que l’annonce de la tenue du vote, environ un mois avant que les gens puissent se prononcer. Parmi les suggestions faites par des citoyens, mentionnons Ville des Trois-Lacs, Nobestos, Amianteville, Asbestos 2.0 et Poumontousse.

Un nom maléfique qui ne peut être effacé

PHOTO : RADIO-CANADA / JEAN-FRANÇOIS DUMAS

Les responsables de la ville affirment que le nom ne cause que des ennuis et qu’il est temps pour un changement.

Il vient du mot anglais pour l’amiante, asbestos ou « asbeste » en ancien français, lui-même étant à l’origine un mot grec signifiant : incombustible.

« Il y a vraiment une perception négative au sujet de l’amiante », déclare le maire Grimard à CBC News, faisant référence au minerai largement interdit dans les pays développés et qui a été extrait dans cette région du Québec pendant plus d’un siècle.

« Nous avons perdu des entreprises qui ne veulent pas s’établir ici à cause du nom », ajoutait-il en novembre dernier.

Il expliquait qu’un jour, dans l’Ohio, un homme engagé dans le développement économique a refusé de saisir sa carte professionnelle à cause du nom de la ville.

Au cours des dernières années, les fonctionnaires ont essayé d’améliorer l’image de la ville avec un nouveau slogan et de nouvelles couleurs. Malgré tous leurs efforts, le nom est chargé de connotations négatives.

La ville d’Asbestos avec ses montagnes de résidus miniers Photo : Radio-Canada

Interdiction de l’amiante au Canada depuis 2018, mais en partie seulement


Des travailleurs manipulent de l’amiante avec grande précaution. Photo : Reuters

Le Canada interdit maintenant l’amiante dans les nouvelles constructions et les rénovations. Ottawa a toutefois été lent à reconnaître les menaces posées par l’amiante, peut-être parce que pendant très longtemps, il se retrouvait au cœur du développement économique du Québec.

Les mines d’amiante ont été exploitées au pays de la fin des années 1800 jusqu’en 2011.

De nouvelles règles ont donc été adoptées par le Canada en 2018 concernant l’amiante, mais elles contiennent plusieurs exemptions… L’une d’elles permet l’exploitation de montagnes de résidus miniers qui contiennent encore jusqu’à 40 % de dangereuses fibres d’amiante.

Le gouvernement québécois a récemment confié un mandat au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour déterminer de manière scientifique si les 800 millions de tonnes de déchets laissés par l’industrie de l’amiante peuvent être commercialisés ou non de manière sécuritaire.

NOTRE DOSSIER POUR TOUT SAVOIR SUR L’AMIANTE : Jolie roche à couper le souffle : des millions de victimes pendant des générations à venir…

RCI avec les informations de La Presse canadienne, CBC News et la contribution de Radio-Canada

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