Le Canada dépêche régulièrement des espions de l’armée canadienne dans l’Arctique

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Révélation faite dans des documents de l’armée canadienne obtenus par la Presse Canadienne.

L’armée canadienne envoie ainsi depuis 8 ans dans le Grand Nord des équipes de contre-espionnage pour se prémunir contre des gestes d’espionnage, de terrorisme ou de sabotage au cours de ses exercices militaires annuels dans l’Arctique.

De l’avis des experts du renseignement, ce geste peut sembler inhabituel, car l’opération militaire qui se tient généralement au mois d’août, l’opération Nanook, est menée dans une région éloignée du Grand Nord où en principe l’infiltration d’agents étrangers pourrait sembler peu probable.

Cette initiative est également curieuse parce que se prémunir contre de telles menaces en sol canadien n’est pas du ressort des effectifs militaires. C’est généralement du ressort soit du Service canadien du renseignement de sécurité ou de la GRC, la célèbre Gendarmerie royale du Canada.

Voilà l’analyse de Wesley Wark, professeur à l’Université d’Ottawa qui est l’un des principaux experts du pays dans le secteur de l’intelligence et du contre-espionnage.

 

L’exercice en 2014 avait pour but de voir ce qui se passerait si le gouvernement du Nunavut appelait à l’aide pour assurer la sécurité des passagers et de l’équipage d’un navire de croisière. (Adrian Wyld/La Presse Canadienne)
L’exercice en 2014 avait pour but de voir ce qui se passerait si le gouvernement du Nunavut appelait à l’aide pour assurer la sécurité des passagers et de l’équipage d’un navire de croisière. (Adrian Wyld/La Presse Canadienne)

Aide-mémoire…
Le rôle de l’opération Nanook dont le nom signifie « ours polaire » en inuktitut est d’assurer la souveraineté canadienne dans sa région arctique:

  • Cette opération militaire est conduite annuellement par les Forces canadiennes depuis 2007 vise entre autres à assurer la souveraineté canadienne sur le passage du Nord-Ouest.
  • Elle est menée conjointement avec les autorités territoriales et d’autres partenaires fédéraux tels que la Garde côtière canadienne.
  • L’opération Nanook 2014 a commencé le 20 août. Elle réunissait 800 personnes, incluant des membres de tous les éléments des Forces armées canadiennes, mais également un navire de la Marine royale danoise, un avion de surveillance des États-Unis et des fonctionnaires de 14 services gouvernementaux fédéraux et territoriaux du Canada.
  • L’opération se tenait au Nunavut et mettait en scène deux scénarios : une opération de recherche d’un navire de pêche au large de l’île de Baffin et l’évacuation d’un bateau de croisière.
L’armée lève le voile sur ces opérations de contre-espionnage

Un porte-parole de la branche du renseignement de l’armée affirme que l’équipe militaire de contre-espionnage a été déployée en fait chaque année depuis 2008, soit deux ans après que le premier ministre canadien Stephen Harper ait commencé à assister à l’exercice militaire Nanook en présence d’une horde de journalistes.

Le capitaine Travis Smyth affirme que la branche militaire du renseignement a la responsabilité légale de protéger les Forces militaires et que l’exercice militaire en Arctique, en dépit d’être à l’intérieur des frontières du pays, est « très visible et a le potentiel de faire face à des menaces au plan de la sécurité. »

Il n’a pas voulu préciser cependant la nature de ces menaces : « Pour des raisons liées à la sécurité opérationnelle, des individus ou des groupes qui peuvent avoir été soumis à l’enquête ne peuvent pas être rendus publics. »

Pourtant, une série de documents d’information obtenus par la Presse Canadienne en vertu de la loi sur l’accès à l’information montre que l’équipe de contre-espionnage a été mobilisée en Arctique à la fois avant et pendant l’exercice militaire en 2013 afin de détecter, d’identifier et d’atténuer les menaces d’espionnage, de terrorisme, de sabotage et la subversion contre l’armée, son personnel, ses équipements et ses infrastructures.

Un document fortement censuré datant du 5 juillet 2013 montre qu’un déploiement de contre-espions avait été réalisé en cinq phases distinctes et que des séances d’information régulières avaient été fournies au commandant interarmées dans le nord du pays.

Le saviez-vous?
Un territoire stratégique canadien.

  • Convoités par les cinq pays riverains (États-Unis, Russie, Canada, Norvège et Danemark), les fonds sous-marins de l’Arctique pourraient receler 13 % des réserves de pétrole et 30 % des réserves de gaz naturel non découvertes de la planète, selon les services géologiques des États-Unis.
  • Le Canada affirme détenir la souveraineté sur le passage du Nord-Ouest, qui relie l’Atlantique au Pacifique par le nord, tandis que d’autres pays considèrent ce passage comme une voie de navigation internationale.
  • L’Arctique canadien forme plus de 40 pour cent de notre masse continentale.
  • C’est là également où vivent plus de 100 000 Canadiens. Il constitue une part essentielle de notre identité et une zone d’importance croissante au plan international.
Pour en savoir plus:

Canada regularly sending spies to the North – CBC News

Le Canada craint la présence d’espions dans l’Arctique – Le Devoir 

L’armée canadienne craint des actes d’espionnage dans l’Arctique – Radio-Canada

 

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Stéphane Parent, Radio Canada International

Stéphane Parent, Radio Canada International

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