Une Inuite arrêtée à Muskrat Falls transférée dans une prison pour hommes

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Des opposantes au projet hydroélectrique de Muskrat Falls, en octobre 2016. (Paul Daly/La Presse canadienne)
Beatrice Hunter, une grand-mère inuite arrêtée lors de manifestations à Muskrat Falls au mois d’octobre, a été transférée dans une prison pour hommes située à plus de 1000 km de chez elle.

La femme est incarcérée, puisqu’elle a déclaré en cour qu’elle ne pouvait pas promettre au juge d’obéir à une injonction lui interdisant de manifester à nouveau. Elle est maintenant détenue au pénitencier Her Majesty’s (PHM) de Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, qui accueille généralement des prisonniers masculins de sécurité moyenne et maximale.

Mme Hunter n’est pas la première femme à devoir poser les pieds dans le plus gros pénitencier pour hommes de la province, puisque le Labrador n’a aucun centre de détention pour femmes.

« Les femmes sont détenues au PHM parce que l’établissement [pour femmes] de Clarenville est surpeuplé », explique la professeure et sociologue à l’Université Memorial, Rose Ricciardelli.

« C’est certainement un problème. C’est très demandant. Elle n’est clairement pas dans un espace approprié, elle n’est probablement pas très à l’aise où elle est, et ne peut pas compter sur le soutien qui lui serait essentiel. »

Beatrice Hunter a été incarcérée lundi dernier après avoir été accusée en lien avec des manifestations qui s’étaient déroulées à Muskrat Falls en octobre.

« Elle ne devrait pas être incarcérée »
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Une cellule du pénitencier Her Majesty’s (PHM) de Saint-Jean, dans la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. (Paul Daly/La Presse canadienne)

Mme Ricciardelli indique que Beatrice Hunter n’aurait pas dû être incarcérée de toute façon.

« Il n’y a aucun besoin ni motif pour qu’une personne non violente soit envoyée dans une place comme ce pénitencier », a-t-elle indiqué à l’émission Labrador Morning de CBC.

Même si Mme Hunter a eu l’option d’éviter une peine de prison si elle ne retournait pas à Muskrat Falls, la professeure estime que d’autres solutions auraient dû lui être offertes.

« Lui dire « Pouvez-vous respecter cela? Pouvez-vous demeurer loin de ce territoire? », ce n’est pas vraiment une solution si elle sent que son rôle est d’être sur le territoire », indique-t-elle.

Ses choix étaient très clairs et elle a été très honnête dans sa réponse.

Rose Ricciardelli, professeure à l’Université Memorial de Saint-Jean à Terre-Neuve-et-Labrador

Selon Mme Ricciardelli, être dans un pénitencier si éloigné de la maison place injustement les familles des détenus dans une situation très inconfortable. Beatrice Hunter vit à Happy Valley-Goose Bay, un village situé dans le nord du Labrador, à plus de 1000 km de Saint-Jean.

« Il n’y a aucune ressource disponible pour que les familles puissent visiter leurs proches qui sont détenus », explique la professeure.

« Elle est à l’intérieur avec des meurtriers »

Un petit groupe de manifestants s’est par ailleurs rassemblé vendredi à l’extérieur du PHM pour contester l’emprisonnement de Beatrice Hunter.

« Nous voulons qu’elle soit libérée. C’est ridicule », estime Jodi Greenleaves. « Elle est à l’intérieur avec des meurtriers, des violeurs et des trafiquants de drogues. Elle est une grand-mère inuite, une gentille et douce personne. Elle ne risque pas de faire de mal à personne, elle est une prisonnière politique. »

Beatrice Hunter doit subir son procès mardi à la Cour provinciale.

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Une pensée sur “Une Inuite arrêtée à Muskrat Falls transférée dans une prison pour hommes

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    vendredi 9 juin 2017 à 16:15
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    Plusieurs problèmes importants ici :

    a) Les personnes autochtones sont souvent emprisonnées pour des situations qui ne mènent pas du tout à la détention/emprisonnement de personnes non-autochtones. Le racisme ici semble systémique.

    b) Interdire aux gens de manifester est grave, car il s’agit d’un droit constitutionnel ! Or, j’ai constaté que plusieurs juges imposent de telles interdictions et il faudrait que les gens et les juristes se choquent un peu et rappellent aux juges que c’est inacceptable. Pour interdire à une personne de manifester pacifiquement, il faudrait une raison très grave, comme un « pattern » réel d’incitation à l’émeute ou de violence réelle. Ce qui n’est pas du tout le cas ici.

    Je demande la libération immédiate de Beatrice Hunter qui pourra choisir de se rendre au procès librement. Elle est accusée de quoi au juste ? D’avoir participé à une manifestation ?!

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