L’exfoliation des baleines boréales au Canada

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Un drone a filmé une baleine boréale se frottant contre un rocher

Les baleines boréales (Balaena mysticetus) s’exfolient l’épiderme en se frottant contre des rochers dans les eaux de la baie de Cumberland au Nunavut (Canada), révèle une étude menée par l’Université de la Colombie-Britannique. L’utilisation d’un drone a permis de mieux comprendre la présence de ces cétacés en été dans ce lieu.
Sarah Fortune s’intéresse à l’alimentation des baleines boréales dans ses études au doctorat à l’Institut des océans et des pêcheries de l’Université de la Colombie-Britannique. (David Best/Université de la Colombie-Britannique)

Sarah Fortune, étudiante au doctorat à l’Institut des océans et des pêcheries de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), observait les plongeons des baleines pour se nourrir quand elle s’est aperçue de quelque chose d’étrange. L’étudiante a remarqué que de temps en temps les baleines boréales cessaient de se nourrir dans l’eau profonde et se dirigeaient dans l’eau peu profonde, puis les baleines nageaient entre des roches.

Andrew Trites, professeur, directeur de l’Institut des océans et des pêcheries à UBC est l’un des directeurs de thèse de Sarah Fortune. Ils tiennent entre les mains le fanon d’une baleine boréale. (Courtoisie d’Andrew Trites)

L’étudiante trouvait ce comportement animalier étrange parce qu’il ne devait pas y avoir de nourriture dans cet endroit, explique Andrew Trites, professeur, directeur de l’Institut des océans et des pêcheries à UBC, l’un des coauteurs de l’étude et l’un des directeurs de thèse de Sarah Fortune.

Vue des airs, une découverte

Un bateau utilisé par les chercheurs de l’étude. (Courtoisie de Sarah Fortune)

«Il y a 200 ans, les Inuits et les baleiniers commerciaux avaient déjà remarqué que les baleines boréales nageaient dans l’eau peu profonde. Mais ils pensaient que [ces cétacés] s’y rendaient pour se reposer,» dit le professeur en entrevue à Regard sur l’Arctique. Il ajoute que les baleiniers avaient même donné un nom à ces baleines, les ‘Rock Nose Whales’. De plus, les baleiniers avaient également noté que le nez des cétacés changeait lorsqu’ils remontaient à la surface de l’eau, mais les baleiniers, de leur bateau, en ignoraient la cause.

Pour situer le lieu où les baleines boréales se frottent le dos

Les chercheurs ont décidé d’utiliser un drone pour obtenir un autre point de vue des baleines boréales. Les images captées des airs montrent que celles-ci se frottent contre les rochers.  

Le drone a capté ces images des baleines boréales. (VDOS Global LLC 2016)

«Parfois il y avait des petits groupes de trois ou quatre qui [attendaient] leur tour pour se frotter contre la même roche et à d’autres moments ils se servaient d’autres roches,» explique le professeur.  

Il ajoute que ces attroupements ressemblaient à une rencontre sociale, mais aussi, surtout, à quelque chose qui faisait beaucoup de bien aux cétacés, comme « un massage de dos.»

Regarder comment la baleine boréale s’y prend pour s’exfolier

 

Les chercheurs savaient que les baleines boréales venaient dans ce lieu aquatique pour la nourriture, mais avec ces nouvelles images prises par le drone au-dessus de Kingnait Fiord, dans la baie Cumberland, les scientifiques ont découvert que le lieu a aussi une autre fonction pour ces cétacés. Ils y viennent aussi pour se débarrasser de leurs peaux mortes.

Pourquoi les baleines boréales muent-elles?

Les baleines boréales adultes sont de couleur noire avec des régions blanches. (VDOS Globall LLC 2016)

Cette découverte ouvre de nouvelles pistes de recherche. Les hypothèses de l’équipe de recherche sont les suivantes : en hiver, durant certains mois, il fait noir 24 heures sur 24 et en été il peut faire jour 24 heures sur 24, les rayons du soleil endommagent peut-être l’épiderme des baleines boréales et elles ressentent le besoin d’enlever ces peaux mortes ou encore les animaux accumulent des parasites et ressentent le besoin de s’en débarrasser, explique le scientifique.

‘’Même avec toutes ces années d’études, nous avons fait une nouvelle découverte’’ – Andrew Trites, professeur et directeur de l’Institut des océans et des pêcheries de l’Université de la Colombie-Britannique.

Il précise qu’il existe beaucoup de recherches sur la perte de peau des bélugas et des narvals, mais très peu d’informations sur les baleines boréales, sans compter que les scientifiques ignorent pourquoi les cétacés en ressentent le besoin alors que les épaulards aussi présents dans les mêmes eaux ne perdent pas leur peau.

Afin d’en découvrir davantage, l’équipe de chercheurs a récupéré un morceau de peau morte d’une baleine boréale. Cet échantillon de taille semblable à une enveloppe est en cours d’analyse.

Pourquoi les baleines boréales vous fascinent-elles?

Le réchauffement des océans, une nouvelle menace pour la baleine boréale

Vue d’une des rives du hameau inuit, Pangnirtung sur l’île de Baffin, Nunavut. (Courtoisie de Sarah Fortune)

Le chercheur craint que les effets des changements climatiques ne menacent davantage ces animaux, car on ignore si le réchauffement des eaux va modifier les copécodes, dont les baleines se nourrissent.

Longtemps, les baleines boréales ont été chassées par les pêcheurs commerciaux, car on utilisait les fanons de cette espèce pour la confection des corsets. Depuis, des mesures gouvernementales ont été mises en place pour protéger celles-ci.

Ce cétacé a le statut «d’espèce préoccupante par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). Il est inscrite sur la liste des espèces en péril de la Loi sur les espèces en péril (LEP),» indique le ministère de Pêches et Océans Canada sur son site Internet.

Le hameau inuit de Pangnirtung sur l’île de Baffin, au Nunavut, Canada. (Courtoisie de Sarah Fortune)

Selon Andrew Trites, la population cette espèce augmente, d’après ses informations: il y aurait 25 000 baleines boréales au monde et quelque 6500 dans les eaux  à l’ouest du Groenland et à l’est du Canada. «Heureusement, car la baleine boréale est très importante dans l’alimentation des Inuits,» dit-il.

Le scientifique espère que d’autres chercheurs utiliseront des drones pour observer les baleines boréales, afin d’en apprendre davantage sur ce cétacé.

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