Au Canada, la hausse du mercure s’attaque à la forêt boréale du Québec

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Les chercheurs de Centre d’étude de la forêt s’attendent à ce que la forêt boréale du Québec fructifie avant de décroître, à plus long terme. (Charles Massicotte/Courtoisie de Loïc d’Orangeville)
Au nord du 50e parallèle, le réchauffement climatique dans la forêt boréale québécoise risque d’influencer l’approvisionnement en bois et l’accumulation de carbone atmosphérique contenu dans les sols. Une récente étude, menée par six chercheurs du Centre d’étude de la forêt (CEF), prédit un bouleversement de la croissance des arbres dans cette région nordique.

« On a tenté de voir, si on ne changeait rien à l’état actuel de la forêt […] et qu’on laissait évoluer le climat, comment nos arbres [allaient] pousser dans 20, 30, 40 [ou] 50 ans en fonction de différents scénarios climatiques », explique l’auteur principal de l’étude et le professeur au Département de foresterie et des sciences de l’environnement à l’Université du Nouveau-Brunswick, Loïc d’Orangeville.

L’étude, publiée le 10 août dans la revue scientifique Nature Communications, se concentre sur l’impact du réchauffement climatique sur la forêt boréale dans l’optique de protéger la biodiversité et de repenser les rendements dans l’industrie forestière.

Les  chercheurs ont examiné les cernes de croissance d’environ 270 000 échantillons d’arbres prélevés depuis une vingtaine d’années par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec. Leurs analyses ont démontré que la croissance annuelle des arbres de la forêt boréale québécoise dépendait à la fois de leur âge, de leur diamètre, du climat, des composantes du sol, de la densité des végétaux, et de la compétition avec les autres arbres environnants.

Les modèles climatiques actuels prévoient l’augmentation de la température d’environ 2°C d’ici la fin du siècle dans les régions de la forêt boréale. À lui seul, le Canada abrite 28% de la zone boréale mondiale, selon Ressources naturelles Canada.

Localisation des arbres échantillonnés (en vert) ayant servi à l’étude. La zone de la forêt boréale commerciale est représentée par le tracé noir. (Centre d’étude de la forêt)
Renversement des tendances

À terme, les chercheurs s’attendent à observer deux phénomènes. Dans le sud de la forêt boréale, la hausse des températures, conjuguée à une baisse des précipitations, accélérera l’évaporation de l’eau présente dans les sols et dans les feuillages des végétaux. Ce phénomène limitera la croissance des conifères dans les régions de l’Abitibi, du Lac-Saint-Jean, de la Côte-Nord et de la Gaspésie. « Quand il fait trop chaud, [les espèces végétales] n’arrivent plus à faire de la photosynthèse », mentionne Loïc d’Orangeville, en entrevue avec Regard sur l’Arctique.

À l’inverse, la hausse du mercure stimulera la croissance des arbres des régions du nord, où la saison chaude est de courte durée. « On s’attend à ce qu’un réchauffement [climatique] va hausser l’activité des microbes dans le sol et donc augmenter la disponibilité des éléments nutritifs », souligne Loïc d’Orangeville, qui y voit un signe positif pour les arbres.

Les chercheurs du Centre d’étude de la forêt ont noté que les pains gris et les épinettes noires figuraient parmi les végétaux les plus sensibles aux variations de précipitations dans la forêt boréale québécoise. (Courtoisie de Loïc D’Orangeville)

À court terme, l’industrie forestière aurait tout à gagner de cette hausse du nombre de conifères. Le professeur au Département de sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal et l’un des auteurs de l’étude, Daniel Kneeshaw, ne se réjouit pourtant pas de ces prévisions. Le chercheur prévient que ce phénomène sera temporaire, puisque la croissance des arbres risque de diminuer lorsque le seuil des 2°C sera dépassé. « Si on ne réussit pas à contrôler l’augmentation des températures, même les régions gagnantes vont devenir les régions perdantes », prévoit-il, lors d’une entrevue téléphonique.

Les auteurs de l’étude ont par ailleurs comparé leurs données à celles des pays scandinaves, où les rendements forestiers ont nettement augmenté depuis les dernières années, notamment en raison du réchauffement climatique.

Davantage de feux de forêt

La forêt boréale a besoin de perturbations naturelles,  telles que des feux de forêt et des épidémies d’insectes ravageurs, notamment afin d’exposer à nouveau le sol à la lumière et de libérer des éléments nutritifs des arbres.

Bien que l’étude ne soit pas penchée sur l’impact des changements climatiques sur les feux de forêt, Daniel Kneeshaw soulève que l’Ouest du Canada est grandement affecté par le réchauffement planétaire. La mortalité des arbres dans les forêts d’Alberta est d’ailleurs supérieure à celle observée au Québec en raison du climat aride.

« Généralement, l’Ouest canadien reçoit deux à trois fois moins de précipitations que le Québec et les maritimes, mentionne Loïc d’Orangeville. Donc déjà en partant, les arbres sont beaucoup plus contraints par la sécheresse [et] par l’eau disponible. »

Le chercheur ajoute toutefois que le Québec ne sera pas l’éternelle exception à la règle au pays, puisque le taux de feux de forêt risquent de doubler, voire de tripler, d’ici la fin du siècle.

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Une pensée sur “Au Canada, la hausse du mercure s’attaque à la forêt boréale du Québec

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    mercredi 29 août 2018 à 19:14
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    Très intéressant et instructif!

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