Que faire du site de ce pensionnat autochtone du nord-ouest du Canada?

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Le pensionnat autochtone Chooutla, à Carcross, a été démoli, mais un dernier bloc de ciment recouvert de symboles tlingits (autochtones) reste encore sur le site. (Mike Rudyk/Radio-Canada)
Les anciens élèves du pensionnat autochtone Chooutla, à Carcross, tentent de trouver le meilleur moyen de fermer un chapitre douloureux de leur enfance.

L’édifice a accueilli ses premiers pensionnaires en 1911 et a été utilisé jusqu’en 1969. Chaque année, de 40 à 60 enfants y étaient placés de force.

Le rassemblement, lundi, au tout nouveau centre d’apprentissage de la Première Nation Carcross/Tagish a pour but de consulter les anciens pensionnaires pour voir ce qu’ils souhaiteraient qu’on fasse du site.

Johnny Johns fils a passé, enfant, près de 10 années scolaires au pensionnat Chooutla, à Carcross, où il a souffert de la faim. (Mike Rudyk/Radio-Canada)
« Nous sommes devenus ce qui a fait la mauvaise réputation du Yukon [à Carcross] en raison de ce pensionnat. Les gens nous abaissent parce qu’on vit ici même s’il s’agit du plus bel endroit du Yukon. »

Johnny Johns fils, ancien pensionnaire

Johnny Johns fils garde de très mauvais souvenirs de son passage, sur près d’une décennie, au pensionnat où, dit-il, il ne mangeait pas à sa faim. « Il nous faut fermer [cette époque]. C’est la pire prison dans laquelle je me suis retrouvé au Yukon. »

L’ancien chef du conseil de la Première Nation Champagne et Aishihik, James Allen, propose d’y placer un fumoir traditionnel, comme à l’époque où on visitait les fumoirs de chacun.

D’autres suggèrent d’y placer une plaque ou un mur avec les noms traditionnels de chacun des enfants qui y sont passés. Les idées vont aussi du côté de jardins ou de serres avec des plantes traditionnelles.

Dans la salle, plusieurs sont déterminés à ne plus voir aucun vestige de l’édifice, même s’il ne s’agit que d’un morceau de la fondation. D’autres vont jusqu’à demander que le sol soit retiré et remplacé par de la terre provenant d’un autre endroit.

D’anciens pensionnaires de la mission anglicane Chooutla se sont rassemblés à Carcross pour discuter de l’avenir du site. (Mike Rudyk/Radio-Canada)

La rencontre a d’abord donné lieu à de nombreuses retrouvailles. Certains ne s’étaient pas revus depuis leurs années d’école. Les enfants arrivaient au pensionnat Chooutla en provenance d’autres régions du Yukon.

James Allen affirme que ce moment est lourd d’émotions pour beaucoup, mais permet également un échange sur le plan social.

L’ex-chef de la Première Nation Champagne et Aishihik, James Allen, a été emmené de force au pensionnat de Carcross. (Mike Rudyk/Radio-Canada)

« Socialement, c’est bien, c’est un bon rassemblement. J’aime pouvoir parler à tous ces gens que je n’ai pas vus depuis des années. Il y a aussi des histoires difficiles qui ressortent. »

La Première Nation a pris possession du site en 2006 et a, depuis, démoli l’édifice et retiré les déchets. « [Il y avait] 39 bennes à déchets complètes », dit Johnny Johns, qui fait partie de l’équipe de nettoyage. « À l’époque, nous étions prisonniers. Plus maintenant. »

« La façon dont j’ai pu gérer [ce qui m’est arrivé] c’est de ne pas pouvoir faire quoi que ce soit avec ce qui s’est passé hier, mais je peux faire quelque chose avec ce qui se passe aujourd’hui et peut-être guider ma vie vers ce qui pourrait se passer demain. »

James Allen, ancien pensionnaire
Le pensionnat autochtone Chooutla à Carcross a été exploité par le diocèse anglican de 1911 à 1969. (Archives du Yukon)

Avec les informations de CBC/Mike Rudyk

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Claudiane Samson, Radio-Canada

Claudiane Samson, Radio-Canada

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