Des organismes inuits satisfaits du rapport final de l’enquête sur les violences contre les femmes autochtones

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Le chef de l’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), Natan Obed, a accueilli favorablement les 46 recommandations spécifiques aux Inuits qui figurent dans le rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA), rendu public lundi, à Gatineau. (Sean Kilpatrick/La Presse canadienne)
Plusieurs organisations inuites du Nord canadien ont accueilli favorablement les 46 recommandations destinées spécifiquement aux Inuits qui figurent dans le rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA).

« Je suis optimiste sur le fait que les conclusions de ce rapport et de ces appels à la justice contribueront à renforcer les actions nécessaires pour remédier aux défis complexes qui font que les femmes, les filles et les personnes 2SLGBTQQIA sont davantage exposées aux risques de violence », a indiqué le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), Natan Obed, par voie de communiqué.

Le rapport de 1192 pages, scindé en deux volumes, est le fruit de près de deux ans d’audiences publiques durant lesquelles plus de 2380 personnes ont été interrogées aux quatre coins du pays.

Les 231 « appels à la justice » qui font office de recommandations, et dont 46 concernent spécifiquement les Inuits, touchent à la fois la culture, la santé, la sécurité et la justice.

Le rapport de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, intitulé « Réclamer notre pouvoir et notre place », a été rendu public lundi à Gatineau. (Jean-François Villeneuve/Radio-Canada)

Dans l’est du pays, le président du Nunatsiavut (Terre-Neuve-et-Labrador), Johannes Lampe, s’est aussi montré satisfait des recommandations des commissaires. « S’ils sont mis en place, les appels à la justice mentionnés dans le rapport vont permettre aux futures générations de femmes, de filles, et aux membres de la communauté 2SLGBTQQIA de ne plus avoir à vivre dans la peur de la violence et de la persécution », a-t-il indiqué dans un communiqué de presse.

Selon le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami, l’organisme qui représente les Inuits au Canada, les hommes ont la responsabilité de parler et d’agir pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles dans les foyers, au sein des communautés et dans la société.

« Il incombe à toute la société de se lever et de dire trop, c’est trop. »

Johannes Lampe, président du Nunatsiavut

L’une des recommandations porte sur la sensibilisation des communautés, particulièrement des hommes et des garçons, à la normalisation de la violence familiale et de la violence sexuelle contre les femmes, les filles et les personnes 2SLGBTQQIA [NDLR : bispirituel, lesbienne, gai, bisexuel, transgenre, queer, en questionnement, intersexe et asexuel].

D’autres recommandations vont d’une meilleure accessibilité aux services de santé à l’embauche de personnel inuit dans le secteur médical et dans les services de police. À ce sujet, les commissaires demandent à Ottawa ainsi qu’aux gouvernements territoriaux et provinciaux d’assurer une présence des services de police dans toutes les communautés nordiques.

Services aux Inuits en milieu urbain

Bien que globalement satisfaite des « appels à la justice », la présidente de l’organisme pour femmes inuites Pauktuutit, Rebecca Kudloo, s’est toutefois dite déçue de constater qu’aucune recommandation ne porte sur les Inuits en milieu urbain, en faisant référence au nombre croissant d’Inuits qui déménagent dans le sud du pays en raison d’un manque de soins de santé offerts dans leur communauté de résidence.

Sur les quelque 65 000 Inuits recensés au pays, près de 18 000 vivent à l’extérieur des quatre régions inuites du pays, soit la région désignée des Inuvialuit (nord-ouest du Canada), le Nunavut (Nord canadien), le Nunavik (Nord québécois) et le Nunatsiavut (Terre-Neuve-et-Labrador).

Comme certaines collectivités nordiques ne disposent pas de médecins et de psychiatres permanents, elles doivent compter sur des centres de soins infirmiers composés en grande partie de travailleurs venus de provinces du sud du pays. Mais il arrive que certains soins ne soient pas prodigués dans ces centres médicaux, ce qui contraint les patients à se rendre dans une ville du sud du pays pour obtenir certains types de traitements.

Certaines communautés inuites du Nunavik, dans le Nord québécois, ne disposent pas de médecins à temps plein. Elles doivent alors compter sur leur centre de soins infirmiers, communément appelés « dispensaires ». En cas d’urgence, les infirmiers qui y travaillent peuvent recourir aux conseils de médecins qui se trouvent dans des villages voisins. (Matisse Harvey/Regard sur l’Arctique)
Des services par et pour les Inuits

« Parmi les autres domaines auxquels nous allons nous intéresser de près figurent entre autres les programmes de guérison conçus par les Inuits, la sécurité des enfants adaptée à la culture et l’engagement des hommes et des garçons dans la lutte contre la violence », a indiqué Rebecca Kudloo.

Les commissaires recommandent d’ailleurs que l’offre de services de santé et de bien-être soit « adaptée à la culture et accessible dans chaque communauté inuite ». D’autres recommandations portent aussi sur la transmission intergénérationnelle du savoir inuit, relatif à la culture, aux lois, aux valeurs, à la spiritualité et à l’histoire avant et depuis le début de la colonisation.

La présidente de la branche canadienne du Conseil circumpolaire inuit (CCI), Monica Ell-Kanayuk, croit pour sa part qu’il est du devoir de tous de travailler collectivement à ne pas reproduire les erreurs du passé qui ont été révélées dans le rapport.

« J’espère que [le rapport final] sera lu et qu’il occupera une place dans notre discours collectif au cours des années à venir, tant au Canada qu’à l’étranger, de même que les grandes enquêtes et les commissions royales sur les relations historiques difficiles et sur les griefs mis en lumière par les peuples autochtones auprès de la Couronne », a-t-elle indiqué dans un communiqué de presse.

L’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) a été lancée en septembre 2016 afin de déterminer les causes systémiques de la violence envers les femmes autochtones.

Freinés par une série de démissions et de licenciements, les commissaires avaient demandé deux années supplémentaires au gouvernement fédéral pour achever leurs travaux, mais un prolongement de six mois leur a été accordé.

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