Des Inuit du Nord québécois satisfaits du rapport de la commission Viens

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La Société Makivik et l’Administration régionale Kativik (ARK), qui représentent les Inuit du Nunavik, ont accueilli favorablement le rapport de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, rendu public lundi. Sur cette image : le président de la Société Makivik, Charlie Watt (à gauche), et la vice-présidente au développement économique de la Société Makivik, Maggie Emudluk (à droite). (Courtoisie de la Société Makivik)
L’organisation qui représente les Inuit du Nord québécois et l’administration responsable de la région ont accueilli favorablement le rapport de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, mais ils s’attendent à des excuses officielles et à des mesures concrètes de la part du gouvernement québécois.

« Les Inuit sentent qu’ils ont été entendus », a affirmé mardi le président de la Société Makivik, Charlie Watt, par voie de communiqué. L’organisme, qui a été fondé au terme de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, vise à promouvoir le développement économique, social et culturel des Inuit du Nunavik, dans le nord du Québec.

Le document d’environ 500 pages, rendu public lundi, conclut que les Premières Nations et les quelque 14 000 Inuit de la province sont victimes de racisme systémique; le résultat d’un héritage colonialiste, d’une méconnaissance généralisée, d’une image publique tronquée et de l’absence d’une action gouvernementale représentative des besoins réels des Autochtones.

Dans son rapport, le commissaire Jacques Viens y détaille 142 « appels à l’action » qui touchent à la fois les services correctionnels, de justice, de police, de santé et de services sociaux ainsi que de protection de la jeunesse.

Il est « minuit moins une sur la grande horloge des enjeux sociaux », avertit le juge retraité et président de la commission, Jacques Viens, dans son rapport de plus de 500 pages.(Jean-François Villeneuve/Radio-Canada)
Des solutions par et pour les Inuit

Lors de son témoignage, en novembre 2018, Charlie Watt avait insisté sur l’importance pour les Inuit d’élaborer des solutions par eux-mêmes, plutôt que de laisser les décideurs politiques du sud de la province mettre en place des mesures inadaptées à leurs réalités.

Dans un échange de courriels, la Société Makivik a indiqué que son président souhaitait voir le gouvernement provincial cesser de « micro-gérer les Autochtones et leur redonner leur droit à l’autodétermination ». L’organisme travaille depuis plusieurs mois à l’élaboration d’une constitution pour le Nunavik dont l’objectif, à terme, sera de créer un gouvernement autonome.

L’Administration régionale Kativik (ARK) s’est aussi dite satisfaite des recommandations du rapport, particulièrement celles qui concernent les services policiers et le système de justice.

Selon le commissaire, les défis liés au transport contribuent à allonger le temps de détention préventive des Inuit qui habitent au Nunavik. Pour pallier cette situation, le rapport suggérait notamment l’usage de la visioconférence lors des enquêtes sur mise en liberté visant les détenus de cette région éloignée, une recommandation que l’ARK souhaite voir implantée « le plus rapidement possible », a indiqué mardi le gouvernement régional dans un communiqué de presse.

« L’ARK s’engage pleinement à travailler étroitement avec toutes les autorités gouvernementales et d’autres organismes régionaux pour donner suite aux appels à l’action qui relèvent de son mandat. »

Jennifer Munick, présidente de l’Administration régionale Kativik (ARK)
Protection de la jeunesse

Jointe à Kuujjuarapik, la directrice du Centre de pédiatrie sociale Minnie’s Hope, Marianne Martin, était du nombre des témoins reçus par la commission lors de son passage à Kuujjuarapik, en novembre 2018, pour y tenir des audiences publiques.

L’organisme est affilié à la Fondation du Dr Julien et offre un soutien aux résidents inuit et cris de Kuujjuarapik et de Whapmagoostui, deux communautés autochtones cohabitant dans le même village.

Le Centre de pédiatrie sociale Minnie’s Hope, est situé dans la communauté crie de Whapmagoostui, mais il offre aussi des services aux Inuit de Kuujjuarapik. (Courtoisie de Marianne Martin)

« Je ne suis pas Autochtone », précise-t-elle d’emblée. « Mais ce que je peux dire, c’est que j’apprécie vraiment que [la commission] ait pris en considération tout ce que les Inuit et les Premières Nations tentent de faire entendre depuis longtemps », ajoute-t-elle.

Dans son rapport, le commissaire Jacques Viens a notamment conclu que les droits des familles autochtones en matière de protection de la jeunesse avaient été lésés. « L’objectif devrait toujours être de garder l’enfant dans sa famille », insiste Marianne Martin.

Elle se dit par ailleurs soulagée de constater que la commission reconnaît l’importance de rehausser le financement des services de proximité destinés aux enfants autochtones et à leur famille. « En tant qu’organisme à but non lucratif, nous ne recevons jamais de financement constant, déplore-t-elle. Nous perdons beaucoup de temps à faire des demandes de subvention ».

Même si elle voit d’un œil positif les recommandations liées à la protection de la jeunesse, cette dernière aurait souhaité que la commission insiste davantage sur les difficultés qu’entraîne le coût élevé de la vie au Nunavik. « Une attention particulière devrait être portée sur la manière dont les grands-parents ou les membres de la famille élargie peuvent être mieux soutenus [financièrement] », affirme-t-elle.

« Ici, un grand-parent doit payer quatre fois le prix de ce qu’il aurait à débourser dans le sud du Québec pour répondre aux besoins de l’enfant. »

Marianne Martin, directrice du Centre de pédiatrie sociale Minnie’s Hope
Des excuses officielles attendues

Le premier ministre québécois François Legault a fait savoir qu’il discuterait mercredi avec des leaders autochtones, sans préciser la nature exacte de la rencontre. Plusieurs espèrent que le premier ministre profitera de l’occasion pour formuler des excuses officielles à l’endroit des Inuit et des Premières Nations de la province.

La ministre provinciale des Services aux Autochtones, Sylvie D’Amours, a pour sa part indiqué qu’elle comptait rencontrer des représentants d’organisations autochtones le 17 octobre pour déterminer quelle sera la voie à suivre.

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