Cartographier des univers, une rétrospective d’œuvres de l’artiste inuk Shuvinai Ashoona

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Plusieurs dessins de l’artiste inuk Shuvinai Ashoona sont présentés jusqu’au 18 janvier à la galerie Leonard-et-Bina-Ellen de l’Université Concordia, à Montréal. Cette image montre son œuvre Le monde dans ses yeux (à droite), réalisée en 2011. (Lisa Graves/Courtoisie de l’Université Concordia)
Une trentaine de dessins de l’artiste inuk Shuvinai Ashoona, reconnue mondialement pour son style éclectique, font l’objet d’une exposition qui vise à lui rendre hommage, à Montréal.

« Shuvinai figure parmi les artistes préférés de nombreux conservateurs d’art contemporain à travers le monde », affirme le directeur marketing de la Coopérative Eskimo de West Baffin, William Huffman. La coopérative représente l’artiste depuis la fin des années 1990 par l’entremise de sa galerie Dorset Fine Arts, située à Toronto.

De la Suède à l’Australie, en passant par le Japon et la Suisse, les œuvres de Shuvinai Ashoona suscitent l’engouement de nombreux conservateurs aux quatre coins du globe depuis quelques années. En 2018, elle a reçu le prix Gershon Iskowitz, décerné annuellement à des artistes visuels au Canada.

L’artiste Shuvinai Ashoona, sur une image tirée du court-métrage Ghost Noise (2010), de Marcia Connely. (Courtoisie de l’Office national du film du Canada)

Quelques mois après ses arrêts à Toronto, en Ontario, et Charlottetown, dans le Canada atlantique, l’exposition Cartographier des univers est de passage à la Galerie Leonard-et-Bina-Ellen de l’Université Concordia, à Montréal, jusqu’au 18 janvier.

L’événement rassemble 33 dessins réalisés au cours des 20 dernières années. « L’objectif n’était pas d’en faire une rétrospective, parce que Shuvinai est toujours en vie, mais bien une compilation de son récent travail », résume la conservatrice de l’exposition, Nancy Campbell.

Depuis une vingtaine d’années, la conservatrice se passionne pour les artistes de Cape Dorset, une communauté de l’île de Baffin, au Nunavut, reconnue pour sa richesse artistique. « Pendant mon doctorat, je me suis concentrée sur les dessins d’artistes contemporains de Cape Dorset […] comme Annie Pootoogook et Shuvinai Ashoona », mentionne-t-elle.

Une signature visuelle singulière

Originaire de Cape Dorset, au Nunavut, Shuvinai Ashoona est connue pour son style atypique, ses paysages difformes et ses couleurs saturées. Sur ses dessins se côtoient ours polaires et créatures mi-humaines. D’autres fois, des personnages – dont les pupilles représentent des globes terrestres – fixent l’horizon d’un air ébahi.

Tous sont le reflet de son imaginaire, de mythes traditionnels inuit ou de la culture populaire du Sud. « Son travail reflète ce qu’il se passe autour d’elle », souligne William Huffman.

Sur les dessins de Shuvinai Ashoona se côtoient notamment des créatures hybrides, des humains et des animaux du Nord canadien. Cette image montre, de gauche à droite, ses œuvres Sans titre (2016) et Composition (Palourdes et globes), réalisée en 2010. (Lisa Graves/Courtoisie de l’Université Concordia)

« Ce que je trouve intéressant avec son travail, c’est sa manière d’interpréter avec immédiateté ce qui l’entoure, explique-t-il. Elle peut voir un film comme le Titanic, par exemple, et s’en inspirer dans son œuvre ou regarder en rafale The Walking Dead, puis se mettre à dessiner des morts-vivants! »

Pour la conservatrice Nancy Campbell, les visiteurs qui sont peu familiers avec la signature visuelle de l’artiste ne doivent pas chercher à tout prix à comprendre le message derrière ses images. « Il faut faire preuve d’ouverture d’esprit, assure-t-elle. C’est un peu comme un rêve, un monde imaginaire. »

Cette image montre, de gauche à droite: Composition (Pieuvre se transformant), réalisée en 2018, et Sans titre (2017). (Lisa Graves/Courtoisie de l’Université Concordia)
« Briser les stéréotypes »

Selon Nancy Campbell, Shuvinai Ashoona a su se tailler une place importante tant parmi les artistes inuit du nord du pays que sur la scène canadienne de l’art contemporain.

« Le fait qu’elle soit Inuk transparaît évidemment dans son travail […] mais en art contemporain, tout le monde vient de quelque part et tout le monde a une histoire à raconter », assure-t-elle.

La conservatrice trouve que bon nombre d’artistes inuit sont confinés à l’étiquette qui leur est souvent associée mais, selon elle, la jeune génération parvient de plus en plus à développer son propre style et à « à briser les attentes sur l’art inuit », ajoute-t-elle.

« Depuis les 10 à 15 dernières années, mon travail consiste à briser les stéréotypes : c’est une artiste inuk, oui, mais c’est aussi une artiste canadienne, une artiste contemporaine et une artiste féminine! »

Nancy Campbell, conservatrice

En 2020, l’exposition Cartographier des univers sera de passage à la Galerie d’art de Vancouver, en Colombie-Britannique, au Centre des arts de Whitehorse, au Yukon, puis au musée Glenbow de Calgary, en Alberta.

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