La NASA détecte des millions de zones d’émissions de méthane en survolant l’Arctique

Huit avions répartis entre Fairbanks en Alaska et Yellowknife, au nord-ouest du Canada, ont été utilisés pour analyser les émissions de méthane en Arctique. L’image montre un lac thermokarstique en Alaska. Les lacs thermokarstiques se forment dans l’Arctique lorsque le permafrost dégèle. (JPL-Caltech/NASA)
Des scientifiques de la NASA ont choisi de prendre de l’altitude afin de mieux comprendre les émissions de méthane dans l’Arctique et leurs résultats sont prometteurs.

Après des centaines de vols effectués au-dessus de l’Alaska et au nord-ouest du Canada en 2017, les chercheurs du projet Arctic Boreal Vulnerability Experiment (ABoVE) de la NASA ont détecté 2 millions de zones à forte concentration de méthane.

« Nous considérons que les zones de forte concentration sont celles qui présentent un excès de 3 000 parties par million de méthane entre le capteur aérien et le sol », a déclaré par voie de communiqué l’auteur principal Clayton Elder du Jet Propulsion Laboratory de la NASA. « Et nous avons détecté 2 millions de ces zones sur le territoire que nous avons couvert. »

Les avions utilisés font partie d’une flotte de huit appareils répartis entre Fairbanks en Alaska et Yellowknife, au nord-ouest du Canada. L’équipe a notamment utilisé des détecteurs de méthane habituellement choisi pour étudier des émissions du gaz produit de façon industrielle. Le survol d’étendues naturelles était donc une première pour le Airborne Visible Infrared Imaging Spectrometer – Next Generation (AVIRIS – NG) (spectromètre à imagerie infrarouge aéroporté en français).

« Notre étude constitue la première utilisation de l’instrument pour trouver des zones de forte concentration là où les emplacements des éventuelles émissions liées à la fonte du pergélisol sont bien moins connus », a indiqué Elder.

Le choix des scientifiques d’utiliser des avions n’est pas anodin. La région Arctique est particulièrement vaste et son climat est des plus extrêmes. De ce fait, les études scientifiques sur la fonte du pergélisol et les émissions de méthane s’en émanant sont restreintes. De plus, les données satellites sont trop imprécises pour donner des résultats concluants.

Les chercheurs ont pour la première fois utilisé l’instrument AVIRIS-NG afin de scanner des étendues naturelle. Des scientifiques du projet ABoVE et l’équipage de l’avion G-III se tiennent près de l’avion, qui transporte un radar permettant d’étudier les sols. (Peter Griffith/NASA)
Mieux comprendre les émissions de méthane

Le méthane est un gaz à effet de serre particulièrement dangereux, avec une capacité de réchauffement de la planète nettement supérieure à celle du dioxyde de carbone, selon la NASA.

« Sur une période de 20 ans, une tonne de méthane a un potentiel de réchauffement planétaire qui est 84 à 87 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone », selon la NASA. « Sur un siècle, ce potentiel de réchauffement est 28 à 36 fois plus élevé. »

Selon le Centre for Arctic Gas Hydrate, Environment and Climate (CAGE), la concentration atmosphérique de méthane a presque triplé depuis le début de l’industrialisation. Il contribue à une augmentation de l’effet de serre mondial à hauteur de 16 % et a une durée de vie d’environ douze ans dans l’atmosphère.

Toutefois, les émissions de méthane sont encore peu comprises par la communauté scientifique qui multiplie les études afin de mieux prédire l’impact de ces gaz sur le réchauffement climatique.

De récentes recherches ont montré que ce gaz était particulièrement présent dans l’Arctique. Il s’émane du pergélisol qui fond de plus en plus avec le réchauffement accéléré de la région.

Des bulles de méthane éclatent à la surface d’un lac étudié par les scientifiques du projet ABoVE, près de Fairbanks, en Alaska. Le lit du lac offre un environnement parfait pour que les microbes mangent le carbone libéré par le dégel du pergélisol. Cela produit du méthane, un puissant gaz à effet de serre. (Kate Ramsayer/NASA)

Grâce aux nombreuses données collectées dans les airs, les chercheurs du projet ABoVE ont vu se dessiner un modèle.

En moyenne, les zones de forte concentration de méthane se trouvaient pour la plupart à environ 40 mètres des masses d’eau stagnante, comme les lacs et les cours d’eau. Passée cette distance, les zones se font plus rares, et à environ 300 mètres de la source d’eau, elles ont pratiquement disparu.

Les scientifiques ne comprennent pas tout à fait pourquoi la distance de 40 mètres est si importante, mais des études effectuées sur le terrain pourraient les aider.

« Après deux ans de recherches sur le terrain qui ont commencé en 2018 autour d’un lac d’Alaska où se trouve une zone de forte concentration de méthane, nous avons constaté un dégel brutal du pergélisol juste sous la zone de forte concentration », a déclaré Clayton Elder. « C’est cette contribution supplémentaire de carbone provenant du pergélisol — du carbone qui a été gelé pendant des milliers d’années — qui fournit essentiellement de la nourriture aux microbes qui la consomment et la transforment en méthane à mesure que le pergélisol continue de dégeler ».

Les résultats de cette étude publiée dans la revue Geophysical Research Letters (lien en anglais) devrait permettre de mieux documenter les modèles utilisés par les climatologues afin de prévoir l’impact que ces zones de forte concentration pourraient avoir sur le réchauffement climatique.

Mathiew Leiser

Mathiew Leiser, Regard sur l'Arctique

Né dans le sud de la France d'une mère anglaise et d'un père français, Mathiew Leiser a parcouru le monde dès son plus jeune âge. Après des études de journalisme international à Londres, il a rapidement acquis différentes compétences journalistiques en travaillant comme journaliste indépendant dans divers médias. De la BBC à l'Agence France Presse en passant par l'agence d'UGC Newsflare, Mathiew a acquis de l'expérience dans différents domaines du journalisme. En 2019, il décide de s'installer à Montréal pour affronter les hivers rigoureux et profiter des beaux étés mais surtout développer son journalisme. Il a rapidement intégré Radio Canada International où il s'efforce de donner le meilleur de lui-même au sein des différentes équipes.

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