Le Conseil de l’Arctique célèbre son 25e anniversaire

Photo de famille, avec distanciation physique, lors de la réunion ministérielle du Conseil de l’Arctique à Reykjavik le 20 mai dernier. Le 19 septembre, le forum fêtera son 25e anniversaire. (Gunnar Vigfusson/ministère des Affaires étrangères de l’Islande)
Le Conseil de l’Arctique, un forum international réunissant les huit nations circumpolaires et six groupes autochtones de l’Arctique, célébrera son 25e anniversaire le 19 septembre.

Le forum a été créé au Canada en 1996 avec la Déclaration d’Ottawa, afin de favoriser la coopération dans le Nord en matière de développement durable et de protection de l’environnement.

C’est la Russie qui assure la présidence tournante du forum, pour une durée de deux ans, et jeudi, le ministre des Affaires étrangères du pays, Sergueï Lavrov, a salué le rôle du Conseil, qui permet aux pays du Nord de travailler ensemble sur des préoccupations communes.

« Aujourd’hui, l’Arctique représente un écosystème unique, mais fragile, des personnes qui y vivent et y travaillent, et un énorme potentiel de développement commun », a déclaré M. Lavrov dans un communiqué de presse.

« Il est bon de voir que, malgré la complexité des affaires mondiales, les relations interétatiques sous les hautes latitudes continuent de se développer de manière constructive. Je suis ravi de constater que cet engagement est en grande partie possible grâce au travail du Conseil de l’Arctique. Un quart de siècle de travail persistant et méticuleux pour construire un système d’interaction porte vraiment ses fruits. »Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères
Conseil de l'Arctique en bref

Année de création : 1996

Membres du Conseil de l’Arctique : Canada, Danemark (Groenland), Finlande, Islande, Norvège, Suède, Russie, États-Unis.

Participants permanents : Association internationale des Aléoutes, Conseil arctique des Athabaskans, Conseil international des Gwich’in, Conseil circumpolaire inuit, Association russe des peuples autochtones du Nord, Conseil des Sâmes.

Présidence actuelle : Russie (2021-2023)

Des racines canadiennes

Mary Simon, la gouverneure générale du Canada, a été ambassadrice aux Affaires circumpolaires. De fait, elle a été la première Inuit à occuper un poste d’ambassadeur.

Dans une vidéo publiée récemment sur le site du Conseil de l’Arctique, Mme Simon s’est souvenue des défis que représentait la création du forum.

« Les opposants étaient tous d’avis qu’il existait déjà un accord entre les huit États de l’Arctique, à savoir la Stratégie de protection de l’environnement arctique », a-t-elle déclaré.

La stratégie de protection de l’environnement arctique était un accord non contraignant sur la protection de l’environnement adopté par les États arctiques en 1991.

« Mais le fait est que la création du Conseil de l’Arctique est venue des plus hauts dirigeants des différents pays.  Nous avons estimé que si nous réunissions les huit pays de l’Arctique et abordions tous les niveaux de coopération, ce serait une organisation alors beaucoup plus forte », a-t-elle ajouté.

Selon Mme Simon, la stratégie de protection de l’environnement arctique fonctionnait bien à l’époque, mais il manquait une donnée cruciale qui préoccupe de plus en plus les habitants du Nord : le développement.

« Il est tellement important de s’occuper des questions environnementales, mais nous devons également nous occuper des questions de développement. Le développement durable est devenu un élément clé de la création du Conseil de l’Arctique », a-t-elle ajouté.

À ce titre, au cours de son existence, les travaux du forum ont abouti à trois accords juridiquement contraignants. Le premier est l’accord de 2011 sur la coopération en matière de recherche et de sauvetage aéronautiques et maritimes dans l’Arctique, qui définit les responsabilités des États arctiques en cas de catastrophe.

Le second est l’accord de 2013 sur la coopération en matière de préparation et de lutte contre la pollution marine par les hydrocarbures dans l’Arctique. Et enfin, l’accord de 2017 sur le renforcement de la coopération scientifique internationale dans l’Arctique, une initiative américano-russe visant à faciliter le transport transfrontalier d’équipements, d’échantillons et de données dans le Nord et à faciliter la collaboration et le partage scientifiques.

En outre, les travaux issus des groupes de travail du Conseil de l’Arctique – des assemblées d’experts réunies pour s’attaquer à des thèmes ou des problèmes spécifiques touchant le Nord – ont contribué à éclairer toute une série de politiques climatiques internationales, notamment l’Accord de Paris sur le climat (COP26).

Le Conseil de l’Arctique exclut toutefois les questions militaires et de sécurité de ses travaux. Il a pu toutefois maintenir une coopération étroite même pendant les périodes de fortes tensions entre la Russie et l’Occident.

Importance de la participation des Autochtones

En 2018, un groupe d’universitaires internationaux a proposé le Conseil de l’Arctique pour le prix Nobel de la paix, le qualifiant de « modèle pour la promotion de la fraternité entre les nations », et a déclaré que l’inclusion des peuples premiers et des connaissances autochtones dans le forum était un exemple pour le reste du monde.

Pour Mme Simon, c’est en partie ce qui rend le conseil si unique.

« Les huit nations de l’Arctique disposent désormais d’un forum où elles peuvent aborder des questions très importantes auxquelles fait face l’Arctique, avec la participation des peuples autochtones. [Les peuples autochtones] ont la possibilité de s’asseoir avec les ministres et d’autres dignitaires pour parler de ces problèmes et trouver des moyens de les résoudre. Il est donc très important d’inclure cette dimension humaine. »

Une photo d’archive de la réunion du Conseil de l’Arctique de 2015 à Iqaluit, au Canada. De gauche à droite : Aile Javo du Conseil sami, Borge Brende, alors ministre norvégien des Affaires étrangères, et Aili Keskitalo, leader sami de Norvège. La participation autochtone a contribué aux succès politiques du Conseil de l’Arctique, affirme le groupe d’universitaires internationaux qui a proposé le Conseil pour le prix Nobel de la paix en 2018. (Chris Wattie/Reuters)

Hjalmar Dahl, président de l’Inuit Circumpolar Council Greenland et président du Secrétariat des peuples autochtones, affirme que le savoir des premiers peuples est essentiel aux travaux du Conseil.

« Le savoir autochtone a été officiellement reconnu par le Conseil de l’Arctique comme un pilier pour la compréhension de l’Arctique dans de nombreuses déclarations ministérielles, notamment la déclaration d’Ottawa de 1996 sur la création du Conseil de l’Arctique », a-t-il indiqué dans un communiqué.

« Le rôle des peuples autochtones de l’Arctique et de leurs connaissances ancestrales est inestimable non seulement pour le développement futur des sociétés arctiques, mais aussi pour la conservation et l’utilisation durable des ressources biologiques. »

En plus des États arctiques et des groupes autochtones (connus dans le forum sous le nom de participants permanents), le Conseil de l’Arctique compte également 38 observateurs composés d’États non arctiques, d’ONG et d’organisations intergouvernementales et interparlementaires.

Notons que les membres observateurs ne participent pas aux décisions consensuelles du forum, mais contribuent au Conseil de l’Arctique par le biais de ses six groupes de travail qui se penchent sur plusieurs objectifs tels que la préparation aux situations d’urgence et les contaminants arctiques.

Eilís Quinn, Regard sur l'Arctique

Eilís Quinn est une journaliste primée et responsable du site Regard sur l’Arctique/Eye on the Arctic, une coproduction circumpolaire de Radio Canada International. En plus de nouvelles quotidiennes, Eilís produit des documentaires et des séries multimédias qui lui ont permis de se rendre dans les régions arctiques des huit pays circumpolaires.

Son enquête journalistique «Arctique – Au-delà de la tragédie » sur le meurtre de Robert Adams, un Inuk de 19 ans du Nord du Québec, a remporté la médaille d’argent dans la catégorie “Best Investigative Article or Series” aux Canadian Online Publishing Awards en 2019. Le reportage a aussi reçu une mention honorable pour son excellence dans la couverture de la violence et des traumatismes aux prix Dart 2019 à New York.

Son reportage «Un train pour l’Arctique: Bâtir l'avenir au péril d'une culture?» sur l'impact que pourrait avoir un projet d'infrastructure de plusieurs milliards d'euros sur les communautés autochtones de l'Arctique européen a été finaliste dans la catégorie enquête (médias en ligne) aux prix de l'Association canadienne des journalistes pour l'année 2019.

Son documentaire multimedia «Bridging the Divide» sur le système de santé dans l’Arctique canadien a été finaliste aux prix Webby 2012.

En outre, son travail sur les changements climatiques dans l'Arctique canadien a été présenté à l'émission scientifique «Découverte» de la chaîne française de Radio-Canada, de même qu'au «Téléjournal», l'émission phare de nouvelles de Radio-Canada.

Au cours de sa carrière Eilís a travaillé pour des médias au Canada et aux États-Unis, et comme animatrice pour la série «Best in China» de Discovery/BBC Worldwide.

Twitter : @Arctic_EQ

Courriel : eilis.quinn@radio-canada.ca

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