La Journée nationale de la vérité et de la réconciliation vue du Grand Nord canadien

Pour Stacey Sundberg, il est important de baigner son fils de 3 ans dans la culture dénée. (Photo fournie par Stacey Sundberg)

S’ils voient un premier pas vers une réelle réconciliation dans le choix du 30 septembre pour souligner la Journée nationale de vérité et de réconciliation des membres des Premières Nations du Grand Nord espèrent que les effets de cette journée dépassent le seul congé annuel.

Selon la coordonnatrice du Conseil jeunesse de la Nation dénée, Stacey Sundberg, la véritable réconciliation exige « des non-Autochtones qu’ils s’instruisent à propos des Autochtones du Canada et du monde entier ».

« Ils doivent s’immerger dans la langue et la culture des Autochtones du lieu où ils habitent, reconnaître leur territoire dans l’endroit où ils vivent et travaillent. »

Selon Stacey Sundberg, la réconciliation exige une immersion dans la culture des communautés autochtones locales. (Photo fournie par Stacey Sundberg)

Ils doivent également intérioriser la réconciliation, croit Teagyn Vallevand, une jeune citoyenne de la Première Nation Kwanlin Dün. C’est précisément ce que l’organisation des activités auxquelles elle participe l’a amené à faire.

« J’ai jonglé avec le concept de réconciliation et je me suis demandé si on y était parvenu, comme pays », raconte-t-elle.

La réconciliation n’est plus seulement qu’une « affaire entre Autochtones et non-Autochtones », croit-elle, puisque celle-ci demande aussi « la réconciliation avec moi-même et avec ma communauté […] qui me pousse à m’impliquer de toutes les façons possibles ».

Au-delà de l’engagement individuel, le grand chef du Conseil des Premières Nations du Yukon, Peter Johnston, ajoute que cette journée doit également servir à « pousser le gouvernement et les autres entités » à l’action.

Selon lui, peu d’efforts ont été faits pour répondre aux 94 appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation. Il croit que la mise en oeuvre des actions proposées doit être au coeur des événements du 30 septembre.

Un congé pour mieux apprendre

Si elle reconnaît l’importance de tenir une journée nationale consacrée à la vérité et à la réconciliation, Stacey Sundberg croit que le congé dont bénéficient surtout les employés du gouvernement n’est pas justifié pour autant.

« C’est un jour où ils devraient travailler encore plus fort pour montrer aux Canadiens qu’ils développent un plan pour la réconciliation et qu’ils travaillent eux-mêmes à la réconciliation dans leurs familles et leurs communautés. »

Elle ajoute que, plutôt qu’un congé, cette journée devrait être une occasion donnée aux employés du gouvernement de mieux comprendre la réalité des Autochtones qui les entourent.

Cette compréhension nécessite entre autres la reconnaissance des victimes des pensionnats pour Autochtones, soutient Joanne Henry, la directrice générale du Comité sur les abus dans les pensionnats pour autochtones (CAIRS), à Whitehorse.

Elle espère que le congé accordé à certains n’occultera pas le traitement réservé à ces jeunes à la mémoire desquels le 30 septembre était devenu la journée du chandail orange.

Pour Teagyn Vallevand, la réconciliation passe d’abord par la réconciliation avec soi-même et avec sa communauté. (Philippe Morin/Reuters)

C’est un risque de dilution du sens de la journée. Teagyn Vallevand l’a déploré dès que l’annonce du jour férié a été faite.

« J’étais frustrée parce que, normalement, ça aurait été un jour où l’on discute de la raison du chandail dans les écoles et dans les instances gouvernementales, là où [la réconciliation] doit être un sujet dont on parle », explique-t-elle.

« Puis, j’y ai repensé… et c’est devenu, pour [les Autochtones], l’occasion d’organiser des activités » de sensibilisation pour l’ensemble de la communauté.

Ces activités sont importantes, croit aussi Mme Sundberg, car elles doivent notamment montrer que les Premières Nations sont toujours bien vivantes et qu’elles ont le goût de vivre dans leurs langues et leurs cultures.

Des Yukonnais offrent un congé

Puisque le 30 septembre n’est pas férié pour l’ensemble des Yukonnais, certains habitants du territoire ont décidé d’aider des Autochtones à prendre congé afin de participer aux activités de la journée.

Cette semaine, le Yukon Helpers Network a demandé des dons de 150 $ afin de permettre à des travailleurs autochtones de prendre une journée de congé sans solde ou de payer pour faire garder leurs enfants.

Employée du gouvernement du Yukon, Elena Joss a décidé de donner 150 $ à un travailleur autochtone qui n’a pas droit à un congé pour souligner la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. (Photo fournie par Elena Joss)

Selon Elena Joss, qui a lancé la campagne de financement avec une publication sur la page de l’organisme à but non lucratif le 21 septembre, c’était une façon d’apporter sa contribution.

« Ce n’est pas à propos de la garde d’enfants, c’est à propos des Premières Nations en général », dit celle qui est, elle-même, une employée du gouvernement.

« Si nous avons congé, ils devraient avoir congé même si cela veut dire que nous renonçons à notre journée de congé. Cette journée est pour eux. »

Avec les informations de Claudiane Samson, Mario De Ciccio et Anna Desmarais

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