Des experts de l’ONU exhortent la Suède à mettre fin à un projet minier sur les terres des Samis

Un groupe de Samis, rejoint par la militante suédoise Greta Thunberg, protestent contre le projet minier. (@GretaThunberg / Twitter)
Deux experts des droits de l’homme des Nations unies ont demandé cette semaine au gouvernement suédois de ne pas délivrer de permis pour une mine de fer en Laponie, où vit le peuple autochtone sami.

Ils affirment que le site de Gállok, situé à 45 kilomètres de la ville de Jokkmokk dans le comté de Norrbotten en Laponie suédoise, produira beaucoup de pollution et de déchets toxiques et mettra en danger l’écosystème de la région, notamment celui de la migration des rennes.

L’arrivée d’une mine à ciel ouvert générera de grandes quantités de poussière contenant des métaux lourds, déclarent les experts onusiens dans un communiqué.

Les experts indépendants, le Guatémaltèque José Francisco Cali Tzay et le Canadien David R. Boyd, sont des rapporteurs spéciaux qui agissent sur une base volontaire avec un mandat du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Notons qu’ils ne représentent pas les Nations unies à titre officiel.

Les deux experts ont également évalué l’impact d’une telle mine sur le peuple sami. Ils estiment que le transport quotidien par rail et par route de concentré de fer nuira directement à leurs moyens de subsistance et à leur mode de vie, car les routes traditionnelles de migration des rennes seraient coupées. Un tel scénario pourrait « mettre en péril l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO de la région voisine de Laponia », ajoutent-ils.

La région de Laponia est la plus grande zone au monde (et l’une des dernières) dont le mode de vie ancestral repose sur le déplacement saisonnier du bétail, indique l’UNESCO. Les Samis utilisent cette zone pour l’élevage de rennes, qui, selon la loi suédoise, est leur droit légal. Cette activité reste la principale source de subsistance de la région.

On estime que 80 000 Samis vivent dans les terres septentrionales de la Suède, de la Finlande, de la Norvège et de la Russie.

Une femme du peuple sami observe le mouvement des rennes pendant la sélection et l’étiquetage des veaux, près du village de Dikanaess, à environ 800 kilomètres au nord-ouest de la capitale suédoise. (Jonathan Nackstrand/AFP/Getty Images)
Nécessité de consulter les Samis

Dans leur déclaration, les deux experts de l’ONU soulignent également le fait que le peuple sami n’a pas été consulté en ce qui concerne la concession minière.

Le 27 janvier, Stockholm a adopté une loi nationale sur la consultation, qui oblige le gouvernement et les autorités administratives de l’État à consulter les représentants du peuple sami avant de prendre des décisions sur des questions qui peuvent revêtir une importance particulière pour les Autochtones.

Nous sommes très préoccupés par l’absence de consultations et le défaut d’obtention d’un accord préalable et éclairé des Samis, ainsi que par les risques importants et irréversibles que le projet Gállok fait peser sur les terres, les ressources, la culture et les moyens de subsistance des Samis.José Francisco Cali Tzay et David R. Boyd

Même si la loi n’est pas encore entrée en vigueur, les experts exhortent le gouvernement suédois à consulter les Samis afin de « construire de futures relations honnêtes avec les peuples autochtones au niveau national ».

« La décision de ne pas approuver le projet Gállok peut marquer un tournant par rapport aux injustices passées », déclarent José Francisco Cali Tzay et David R. Boyd.

De leur côté, les Samis ont déjà exprimé leurs inquiétudes quant au projet minier. Ils confirment que la mine perturberait l’élevage des rennes, la chasse et la pêche, et qu’elle détruirait la terre.

La jeune militante suédoise Greta Thunberg a montré sa solidarité avec le peuple sami et a manifesté contre le projet. « Le temps des solutions climatiques fausses et néocoloniales est terminé. Le gouvernement suédois doit mettre fin à la colonisation des Samis et à l’exploitation des personnes et de la nature », a-t-elle écrit sur son compte Twitter.

Ismaël Houdassine, Regard sur l'Arctique

Ismaël Houdassine est diplômé en journalisme de l’Université de Montréal. Il commence sa carrière comme reporter et journaliste culturel. Avant de rejoindre l’équipe de Radio-Canada, il a collaboré durant plusieurs années pour plusieurs médias, notamment l’Agence QMI et Le HuffPost.

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