Des niveaux d’eau inhabituellement bas au Yukon

Après un hiver sec et un printemps frais, les niveaux d’eau sont anormalement bas dans certains lacs et réservoirs aux quatre coins du Yukon, notamment dans le sud.
Selon Benoit Turcotte, chercheur principal en hydrologie à l’Université du Yukon, cela s’explique par une combinaison de différentes conditions météorologiques, dont de forts vents.
Si la sécheresse persiste, je serais très surpris que nous atteignions la médiane ou la moyenne historique pour ces lacs, dit-il.
Il semblerait que nous ayons perdu une grande partie du manteau neigeux par sublimation, à cause du vent, affirme le chercheur, en ajoutant qu’il reste encore suffisamment de neige en montagne pour que leur fonte remplisse les plans d’eau dans la plupart des régions du Yukon.
Or, selon Benoit Turcotte, le territoire aura besoin de précipitations de pluies suffisantes pour atteindre des niveaux moyens d’ici la fin de l’été.
Cela signifierait un été assez pluvieux et les gens risquent de ne pas s’en réjouir, ajoute-t-il.
Si le niveau d’eau bas fait en quelque sorte le bonheur de Peter Heebink, un résident de Marsh Lake, au sud-est de Whitehorse, c’est parce que les inondations qui ont frappé la région en 2021 ont laissé leurs marques sur les résidents.
Tout le monde a été assez traumatisé, affirme-t-il.Vous constaterez que la plupart des gens se réjouissent de voir [le niveau d’eau bas], car si le niveau est élevé à cette période de l’année, il y a de fortes chances que cela s’accompagne d’inondations.
Peter Heebink ne cache toutefois pas son inquiétude à l’idée que le niveau d’eau du lac près de chez lui demeure aussi bas.

Conditions météorologiques extrêmes
Selon la Société d’énergie du Yukon, la fonte des neiges commence à remplir le lac Marsh à la mi-mai et, dans 75 % des cas, cela a lieu avant le 23 de ce mois.
Le dernier début de remplissage depuis 1980 remonte au 1er juin, a noté la Société dans une publication sur sa page Facebook.Cette année, en raison du temps anormalement frais pour cette période de l’année, nous prévoyons un remplissage du lac après le 5 juin, ce qui équivaut à la date la plus tardive jamais enregistrée.
La Société a indiqué qu’elle continuera de produire de l’électricité avec l’eau dont elle dispose, mais qu’elle devra compter plus que d’habitude
sur l’utilisation du diésel et du gaz naturel liquéfié.
Elle croit qu’il s’agit d’un rappel clair
que les conditions météorologiques imprévisibles et les changements climatiques ont un impact sur ses activités.
Cette réalité climatique inquiète particulièrement Charlie James, un aîné de la Première Nation Carcross-Tagish. Celui qui habite depuis plus de 70 ans à Carcross, au sud de Whitehorse, affirme n’avoir jamais vu l’eau atteindre un niveau aussi bas dans la région.
Nous entretenons une bonne relation avec l’eau. Tout le monde passe beaucoup de temps sur l’eau, car elle guérit, dit-il.Nous faisons sécher une grande quantité de poissons en préparation de l’hiver. La plupart des aînés aiment avoir du poisson frais toute l’année, mais ce n’est plus possible.

Charlie James s’inquiète pour la survie de ces poissons, qui ont besoin de conditions et de profondeurs des eaux spécifiques pour être en mesure de frayer.
L’habitat et la montaison des poissons sont d’ailleurs parmi les enjeux qui préoccupent aussi le chercheur Benoit Turcotte.
Il ajoute que la sécheresse signifie également que les feux de forêt peuvent se déclarer et se propager rapidement.
Avec les informations de Virginie Ann
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