À Yellowknife, des survivants des pensionnats réfléchissent à un futur monument

Portrait de Paul Andrew et Doreen Cleary, souriants.
Paul Andrew et Doreen Cleary font partie des cofondateurs du groupe We Always Remember. Ils travaillent avec le gouvernement pour créer un monument en hommage aux victimes des pensionnats pour Autochtones. Photo : Radio-Canada/Mohamed-Amin Kehel

Un texte de Mohamed-Amin Kehel

Aux Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.), un groupe de survivants des pensionnats pour Autochtones se mobilise pour la création d’un monument à Yellowknife. Le gouvernement territorial indique que ce dernier devrait être érigé en juin 2027.

Cette initiative répond directement à l’appel à l’action numéro 82 de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Nous demandons au gouvernement fédéral […] de commander un monument national sur les pensionnats et de l’installer de manière à ce qu’il soit accessible au public et très visible dans chaque capitale, affirme le groupe Action numéro 82 de la Commission de vérité et réconciliation.

« J’avais toujours cet appel à l’action 82 en tête et je n’arrêtais pas de me dire : pourquoi cela n’arrive-t-il pas? » raconte Doreen Cleary, une des cofondatrices du groupe We Always Remember (WAR): Circle for Northern Residential School Survivors.

C’est important pour moi, personnellement, car j’ai perdu des cousins et que mon mari, qui est décédé, a souffert dans un pensionnat, explique Doreen Cleary, cofondatrice de WAR. Alors, j’aimerais avoir quelque chose comme ça pour me souvenir de lui.

À ses côtés, un autre cofondateur du mouvement, Paul Andrew, survivant du pensionnat de Grollier Hall, à Inuvik, acquiesce.

Nous ne voulons pas que les gens oublient, explique le septuagénaire. [Les disparus] sont une partie importante de ma vie et ils ont fait de moi l’homme que je suis aujourd’hui. C’est une manière de dire à Charlie, à Harold, à Dennis, à Kenneth : je me souviens de vous.

Selon le Centre national pour la vérité et la réconciliation, il y avait 14 pensionnats pour autochtones aux T.N.-O.

Plus de 150 000 enfants des Premières Nations, métis ou inuit, ont été forcés de fréquenter des écoles gérées par l’Église et financées par le gouvernement canadien entre 1870 et 1997.

Un travail de concertation

Pour poser les bases de ce projet de monument, le gouvernement ténois (GTNO) a commencé en 2021 à consulter des aînés de la communauté autochtone et des survivants des pensionnats.

L’ancienne commissaire à la Commission de vérité et réconciliation nous a aidés lors d’un atelier pour les survivants, raconte Katherine Robinson, directrice des relations gouvernementales au ministère de l’Exécutif et des Affaires autochtones.

Durant cet atelier, les participants ont présenté leur vision d’un futur monument.

Avec les feux de forêt, les évacuations et les élections territoriales, c’était un peu tombé dans l’oubli, indique Katherine Robinson, mais nous avons fait des progrès importants depuis janvier.

« Je suis très reconnaissante que nous voyons enfin le bout, avance pour sa part Doreen Cleary, avec beaucoup de soutien du gouvernement et de la communauté ».

À quoi ressemblera le monument?

Le gouvernement a lancé cet été un appel à proposition à destination des artistes ténois et du Nunavut.

Pour Katherine Robinson, les artistes ont des choses importantes à dire.

C’est important que les artistes autochtones du nord soient impliqués dans ce processus, parce qu’ils sont soit eux-mêmes d’anciens pensionnaires ou en connaissent, donc ils savent ce que c’est, renchérit Paul Andrew.

Même s’il est encore trop tôt pour avoir une idée précise du style du futur monument, les membres de WAR ont dessiné les contours de ce à quoi pourrait ressembler le site.

L’accessibilité est un point important, souligne Paul Andrew. Il faudrait un point central, mais assez épargné du bruit du trafic de la ville. Nous voulons un endroit calme, comme ça, si les anciens pensionnaires ont des souvenirs difficiles, ils pourront s’asseoir un peu, seuls.

« Ils voulaient un endroit proche de l’eau et des arbres », poursuit Katherine Robinson.

En prenant en compte ces paramètres, les deux parties ont jeté leur dévolu sur un terrain derrière l’hôtel de ville de Yellowknife.

On travaille avec la Ville là-dessus, révèle Mme Robinson, mais ce n’est pas encore tout à fait confirmé.

Réconcilier et libérer la parole

Pour des survivants, c’est une occasion de s’exprimer sur la réalité des pensionnats pour Autochtones, et ce, même au sein de leur communauté.

Je remarque que certains jeunes regardent leurs grands-parents et disent :  »Je ne savais pas que tu étais dans un pensionnat », mentionne Paul Andrew.

À ses yeux, ce monument est tout aussi important pour la jeune génération autochtone, aux prises avec les traumatismes intergénérationnels de leurs aînés.

Si vous êtes aux Territoires du Nord-Ouest, il y a de fortes chances que vous ayez rencontré un survivant des pensionnats ou leurs enfants ou petits-enfants.

« Ils doivent comprendre ce qui s’est passé dans leurs familles, soutient Doreen Cleary, pour ne plus avoir honte et apprendre à gérer leurs émotions et leur santé mentale. »

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