Le changement climatique pourrait-il rendre le Grand Nord canadien plus acide?

Des chercheurs de Calgary pensent que le réchauffement climatique rend les eaux naturelles extrêmement acides autour des Smoking Hills, dans les Territoires du Nord-Ouest.
La Formation des Smoking Hills (collines fumantes) est un dépôt de roches sédimentaires d’où s’échappe de façon continue de la fumée depuis des millénaires.
Selon eux, le dégel du pergélisol et l’érosion des sols de la Formation libèrent des métaux toxiques et une solution très acide dans les rivières, les baies, et possiblement dans l’océan Arctique, notamment lorsque les roches argileuses s’effondrent et exposent des surfaces riches en pyrites.
L’infiltration de cette solution acide riche en métaux, notamment le fer libéré par l’oxydation de la pyrite, provoque le phénomène connu sous le nom de « la rouille » des rivières.

Stephen Grasby, chercheur à la Commission géologique du Canada, se dit surpris par l’ampleur de la toxicité et de l’acidité dans les cours d’eau autour des Smoking Hills.
« Nos pH-mètres affichaient des valeurs négatives, alors qu’ils ne descendent normalement pas au-dessous de 2. Si c’est plus acide que cela, l’appareil ne peut tout simplement pas le mesurer », souligne-t-il.
Afin de déterminer comment ces cours d’eau sont devenus hyperacides, l’équipe de chercheurs, menée par Stephen Grasby, a analysé 82 échantillons collectés en 2018 et 2023 le long de la rivière Horton, ainsi que dans ses affluents et ses étangs.
« Contrairement aux hypothèses précédentes suggérant que l’acidité provenait des fumées issues des [sites de combustions actives], les données montrent qu’elle résulte principalement de l’interaction entre l’eau et les roches [plus précisément l’oxydation de la pyrite], indiquent les résultats publiés le mois dernier dans la revue scientifique Geology. »

L’étude ajoute que cette interaction est amplifiée par le réchauffement climatique. « L’érosion continue des sols et le dégel du pergélisol ont progressivement exposé la pyrite à l’oxygène, libérant de la chaleur et des métaux dans les plans d’eau autour de la Formation. »
Les chercheurs estiment que ce processus pourrait accélérer les infiltrations de métaux vers les rivières de la région et l’océan Arctique.
Comme Stephen Grasby, Elliott Skierszkan, un scientifique de l’Universté Carleton qui n’a pas participé à l’étude, se dit inquiet de l’infiltration des métaux dans les cours d’eau.
« La vie fluviale est sans aucun doute une préoccupation », confie-t-il, ajoutant que le dégel du pergélisol n’est pas nouveau, mais que l’étude de ses conséquences sur les eaux est récente.
« Il s’agit d’un nouveau problème que nous devons mieux comprendre afin de pouvoir prévoir et gérer les ressources en eau et les écosystèmes aquatiques dans le Nord. »
Un article de Nassima Way
