Terres rares en Arctique : un grand projet minier revu et reporté

Le village de Kangiqsualujjuaq est situé à plus de 200 km au nord du lac Brisson. (Photo d’archives : Félix Lebel/Radio-Canada)

Le projet de mine de terres rares et d’usines de transformation de la minière Métaux Torngat pourrait bien voir le jour plus tard que prévu. L’entreprise, qui a dû faire des « ajustements », vise maintenant une mise en production en 2029 ou en 2030.

« On ne peut pas dire que ce sont des retards substantiels », avance la directrice environnement, santé et sécurité chez Métaux Torngat, Emmanuelle Becaert. Selon elle, l’entreprise « veut bien faire les choses » et affiner sa stratégie.

Le projet de Métaux Torngat a beaucoup changé en deux ans. L’entreprise avait en effet décidé, l’année dernière, de changer l’emplacement de sa future usine de transformation de terres rares à Sept-Îles. Son emplacement initial, près du lac des Rapides, avait soulevé beaucoup d’inquiétudes au sein de la population.

Après avoir choisi de s’implanter à Pointe-Noire, l’entreprise a dû soumettre un nouvel avis de projet et est soumise à une nouvelle évaluation d’impact sur l’environnement.

Métaux Torngat avait initialement prévu soumettre son étude d’impact sur l’environnement pour le volet de l’usine de séparation de Sept-Îles au début de 2026. « Il sera finalement déposé plus tard cette année », indique l’entreprise.

L’étude de faisabilité, qui est en train d’être finalisée, sera soumise dans les prochains mois.

Les Inuit surveillent le projet de près

Le projet de Métaux Torngat n’attire pas seulement l’attention des communautés naskapies et innues de la Côte-Nord. Depuis dix ans, la communauté de Kangiqsualujjuaq, au Nunavik, et des chercheurs prélèvent des échantillons pour évaluer les impacts potentiels de la mine de Strange Lake.

Le lac Brisson, voisin de la future mine à ciel ouvert, se trouve dans le bassin versant de la rivière George, qui s’étend sur 475 km et qui longe plusieurs communautés inuit avant de se déverser dans la baie d’Ungava, près de Kangiqsualujjuaq.

Le but de ces études est de recueillir des données initiales pour évaluer tout impact potentiel sur la qualité de l’eau ou sur l’écosystème aquatique de la rivière George si le projet va de l’avant.

Le but, c’est vraiment de comprendre le comportement des terres rares et des radionucléides à l’état naturel, comment ces éléments peuvent être distribués dans l’eau, dans l’environnement, mais aussi dans la chaîne alimentaire.Jean-Marc Séguin, agent de liaison pour la Corporation Qiniqtiq

« La communauté était inquiète par rapport à la qualité de l’eau, mais aussi par rapport à l’habitat des poissons, à la santé des poissons [pêchés] et à la santé de la communauté même », explique Jean-Marc Séguin, l’agent de liaison pour la Corporation Qiniqtiq, qui agit au nom de la communauté inuit.

Les Inuit de Kangiqsualujjuaq pêchent notamment l’omble chevalier et le saumon dans la rivière George.

Après trois campagnes de prélèvement autour du site minier, les données sont rassurantes, selon Jean-Marc Séguin. Les concentrations de terres rares sont assez basses.

La route d’accès entre le gisement de terres rares et la côte labradorienne, que Métaux Torngat entend construire, pourrait perturber le trajet migratoire des caribous forestiers, soutient Jean-Marc Séguin. (Radio-Canada)

Les résidus d’uranium et d’autres métaux lourds, qu’on trouve naturellement parmi les terres rares de Strange Lake, sont rejetés ou ne s’accumulent pas dans l’écosystème. Cependant, la production de la mine n’a pas encore commencé, rappelle Jean-Marc Séguin.

De son côté, Métaux Torngat souligne que ses rejets dans le lac Brisson seront traités. Un dôme recouvrira la zone de broyage, ce qui limitera la propagation de poussières de résidus miniers dans l’atmosphère.

Pour l’instant, Kangiqsualujjuaq n’a pas encore conclu d’accord avec la minière. Elle préfère attendre le dépôt des études d’impact environnemental et social avant de s’engager dans un accord.

La communauté inuit dit aussi développer des relations avec la communauté naskapie de Kawawachikamach et, récemment, la communauté innue de Matimekush-Lac-John, sur la Côte-Nord.

« Le but, c’est de faire un front commun par rapport à ce dossier », conclut l’agent de liaison.

Un article d’Alban Normandin

Radio-Canada

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