Grand Nord : pas de retraite pour l’une des rares interprètes en inuvialuktun

Originaire d’Inuvik, aux T.N.-O., l’ainée Lillian Elias est une spécialiste de l’inuvialuktun, une langue en voie de disparition. (Terry Reith/Radio-Canada)

Au crépuscule de sa vie, Lillian Elias souhaiterait bien se retirer chez elle. Cependant, comme aînée et spécialiste de la langue inuvialuktun, elle reconnaît que peu de personnes peuvent la remplacer en tant qu’interprète.

Dans son travail récent, elle a passé trois semaines à Yellowknife pour traduire les débats de l’Assemblée législative en inuvialuktun. Elle a désormais hâte de rentrer à la maison.

Comme elle est l’une des deux seules interprètes et traductrices de cette langue figurant sur la liste officielle du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, la relève est loin d’être assurée.

« Je pourrais être l’une des dernières personnes à parler ma langue couramment », affirme-t-elle.

Les T.N.-O comptent 11 langues officielles, dont 9 langues autochtones. L’UNESCO a classé ces dernières comme étant en danger, notamment l’inuvialuktun.

Selon les données les plus récentes du Bureau de la statistique des Territoires du Nord-Ouest (2024), parmi les locuteurs de l’inuvialuktun, seulement 411 ont la « capacité à converser ». Par ailleurs, 1836 personnes se disent « capables de comprendre certains mots et certaines expressions ».

Encourager une nouvelle génération de locuteurs

En tant que survivante des pensionnats pour Autochtones, Lillian Elias a consacré une grande partie de sa vie à la préservation et à l’enseignement de sa langue. Cette passion la motive toujours, mais elle n’est pas inépuisable.

Je commence à prendre de l’âge.Lillian Elias

À son avis, la rareté d’interprètes et de traducteurs est en partie due au fait qu’il y a trop peu d’incitatifs associés à cette profession.

Ces experts en langues autochtones travaillent sous contrat pour le GTNO et ne bénéficient donc pas des mêmes avantages que les employés en traduction francophone.

Selon Mme Elias, l’accès à l’assurance emploi et à d’autres prestations contribuerait à l’expansion du bassin d’interprètes et de traducteurs autochtones.

Elle reconnaît que les efforts pour conserver sa langue reviennent en premier lieu à la communauté inuvialuit, mais elle estime que le gouvernement territorial pourrait mieux les appuyer.

Les discussions de l’Assemblée législative des Territoires du Nord-Ouest sont diffusées dans plusieurs langues autochtones. (Travis Burke/Radio-Canada)

Une question de demande

La responsable des communications du ministère de l’Éducation, de la Culture et de la Formation (MECF), Agata Gutkowska, affirme que l’utilisation de contrats pour l’interprétariat et la traduction en langues autochtones est justifiée par les différentes exigences de la Loi sur les langues officielles des T.N.-O.

Elle explique que les communications officielles du gouvernement doivent être obligatoirement disponibles en anglais et en français. En revanche, bien que les services publics doivent être offerts dans les langues autochtones, cela ne constitue pas une exigence pour les documents écrits.

« Par conséquent, il y a beaucoup moins de demandes de traduction, ce qui rend le travail par contrat plus pratique en ce moment », écrit Agata Gutkowska dans un courriel à CBC.

Elle ajoute toutefois que le gouvernement mettra en place graduellement de nouvelles normes sur les services en langues autochtones à partir du printemps prochain.

« À mesure que la demande augmente avec ces normes, le GTNO pourrait réexaminer les effectifs pour les traducteurs autochtones. »

Pour l’instant, elle affirme qu’il n’y a pas de postes à temps plein ou partiel au sein du gouvernement pour la traduction dans les langues autochtones.

Selon Jennifer Lennie, la responsable des affaires publiques et de la communication, l’Assemblée législative collabore avec le MECF et les interprètes pour « assurer un service continu ».

Parmi ces initiatives figurent des ateliers de formation, de mentorat et de perfectionnement pour de nouveaux interprètes.

« Le soutien à la revitalisation de langues autochtones, ainsi qu’à la prochaine génération d’interprètes, demeure l’une de nos priorités. »

Avec les informations de Yumna Iftikhar

Radio-Canada

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