La transmission de la langue inuit, l’éternel défi du Nunavut au Canada

Environ 23 000 personnes, soit 65 % de la population, parlent l’inuktut au Nunavut. (Matisse Harvey/Radio-Canada)
Comme chaque année, le Nunavut célèbre l’inuktut et ses quelque 23 000 locuteurs en février, mais le déclin abrupte de la langue inuit dans les dernières années rappelle que les défis en matière de conservation ne sont toujours pas gagnés au territoire.

L’inuktut est le terme employé pour désigner la langue inuit, qui regroupe plusieurs dialectes au Nunavut. Les plus couramment parlés sont l’inuktitut et l’inuinnaqtun.

Or, l’inuktut est la langue maternelle de moins en moins d’Inuit au Nunavut. En 2016, le dernier recensement de Statistique Canada relevait qu’elle l’était pour 65 % de la population, comparativement à 72 % en 2001.

« Je suis d’accord pour dire que les statistiques ne mentent pas. »Margaret Nakashuk, ministre de la Culture et du Patrimoine du Nunavut

Si cette langue perd en popularité un peu partout au territoire, c’est notamment parce que l’anglais s’est taillé une place importante dans les foyers des Nunavummiut.

« Les personnes de ma génération, de même que les Inuit qui ont appris l’anglais comme deuxième langue, nous le parlons beaucoup plus que mes parents », dit Mme Nakashuk.

La ministre de la Culture et du Patrimoine du Nunavut, Margaret Nakashuk. (Beth Brown/CBC)
Transmission de la langue à la maison

« Nous devons nous engager à parler davantage et plus fréquemment notre langue à nos enfants et à nos petits-enfants », dit Margaret Nakashuk.

Elle affirme que son ministère « travaille activement » sur le dossier de la préservation de la langue, notamment « en encourageant d’autres ministères et les Inuit à l’utiliser dans leur milieu de travail ou dans leur communauté. »

La commissaire aux langues du Nunavut, Karliin Aariak, souligne que son bureau continue de recevoir des plaintes du public en ce qui concerne les services linguistiques et de traduction au territoire. C’est signe, dit-elle, « qu’il reste encore du travail à faire ».

« Les Nunavummiut ont le droit de recevoir des services dans la langue de leur choix, rappelle-t-elle. Il y a une loi qui reconnaît cela. »

Elle croit elle aussi que la survie de la langue inuit est en partie tributaire de sa transmission à la maison, mais elle rappelle que les parents n’en ont pas l’entière responsabilité.

La ministre de la Culture et du Patrimoine du Nunavut, Margaret Nakashuk, croit en l’importance de parler l’inuktut à la maison, surtout avec les enfants. (Claudiane Samson/Radio-Canada)

« C’est la responsabilité de tous, affirme-t-elle. De la maison, au lieu de travail, en passant par le système d’éducation, [il faut] encourager l’emploi de l’inuktut. »

« En tant que parents, on doit aussi pouvoir faire confiance aux écoles pour ce qui est de l’enseignement des langues officielles du Nunavut. »Karliin Aariak, commissaire aux langues du Nunavut
Un système d’éducation bilingue d’ici 2039

Au mois de novembre, l’Assemblée législative du Nunavut a adopté le projet de loi 25, modifiant la Loi sur l’éducation et la Loi sur la protection de la langue inuit. Ce projet de longue haleine a pour objectif de rendre le système d’éducation bilingue en y renforçant la présence de la langue inuit à tous les niveaux d’ici 2039.

Un an plus tôt, la commissaire aux langues Karliin Aariak avait fait part de ses inquiétudes au Comité permanent sur la législation de l’Assemblée législative lors d’audiences organisées au sujet du projet de loi.

« Le retard de sa mise en place empêche bon nombre d’élèves de recevoir un enseignement en inuktut avant le 1er juillet 2039 », dit-elle.

Lorsque le programme bilingue sera complètement implanté, en 2039, l’inuktut sera enseigné comme langue première de la 4e à la 12e année. (Matisse Harvey/Radio-Canada)

Initialement, la Loi sur l’éducation de 2008 visait à instaurer, dès 2019, un parcours scolaire bilingue entre la 4e et la 9e année, mais le gouvernement territorial n’est pas parvenu à atteindre cet objectif.

Le vice-président de l’organisme Nunavut Tunngavik Inc. (NTI), qui représente les Inuit du Nunavut, James Eetoolook, se montre quant à lui intransigeant sur le sujet. Il affirme que le gouvernement du Nunavut a manqué à son devoir de préserver la langue inuit et de l’enseigner adéquatement dans les écoles.

« Nous demandons depuis longtemps au [gouvernement du Nunavut] de former des enseignants en langue inuit pour que l’inuktut soit davantage enseigné dans les écoles du Nunavut, affirme-t-il, mais il semble toujours y avoir un manque. »

À l’heure actuelle, le nombre d’enseignants en langue inuit est insuffisant pour former un système d’éducation bilingue au Nunavut. (Claudiane Samson/Radio-Canada)
Des initiatives positives

Si le dossier de la langue est encore loin d’être achevé au territoire, quelques initiatives apportent une certaine lueur d’espoir.

Le 27 janvier, Microsoft a annoncé l’ajout de l’inuktitut à son outil de traduction à la suite d’une collaboration avec le gouvernement du Nunavut.

« C’est un bon point de départ pour commencer [l’apprentissage] à la maison, mais aussi dans le secteur privé, les agences et les organisations », se réjouit la commissaire aux langues du Nunavut.

Par ailleurs, toujours au mois de janvier, une nouvelle chaîne de télévision dont le contenu est principalement offert en inuktut a fait son entrée au territoire.

La chaîne Uvagut TV diffuse entre autres une programmation en inuinnaqtun et en inuvialuktun, deux dialectes en déclin qui sont respectivement parlés dans l’ouest du Nunavut et dans les Territoires du Nord-Ouest.

Matisse Harvey, Radio-Canada

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