Douze récits de fiction primés par la Défense canadienne

Un texte de Thomas Ethier
La Défense nationale canadienne a dévoilé en septembre les gagnants de Paradigmes polaires 2045, un concours littéraire appelant à développer, en 5000 mots, un récit plausible situé en 2045, mettant en scène le déploiement de 1000 soldats dans l’Arctique canadien face à une puissance étrangère menaçant notre souveraineté.
Nous sommes en 2045. Les systèmes satellites de la défense ont été brouillés par les forces russes, dont les troupes ont pénétré en territoire canadien pour établir une base flottante dans l’Arctique.
Voilà la prémisse du récit Ghost Sustainment and the Architecture of Sovereign Denial in the High Arctica qui a remporté le grand prix du concours, parmi quelque 200 soumissions.
L’autrice, Vera Kobalia, de la Colombie-Britannique, est fondatrice de NDG Systems, une jeune entreprise canadienne de technologies de défense.
Une grande partie de mon récit traite du déploiement de la logistique et des outils technologiques dans l’Arctique, mais également de leurs limites dans cet environnement hostile, tant pour nous que pour l’adversaire, explique-t-elle.

Les technologies de pointe nous offrent énormément de précision, mais elles ne sont pas infaillibles. En fin de compte, rien ne remplace le savoir.
Originaire de Géorgie, en Europe de l’Est, Vera Kobalia dit avoir grandi sous les règles imposées par la Russie de l’ère postsoviétique.
Elle dit s’être grandement inspirée pour son histoire de la résistance qu’oppose l’Ukrainienne à la Russie depuis le début de la guerre actuelle.
L’Ukraine est en constante innovation depuis le début de cette guerre, et c’est une chose que j’ai voulu refléter dans cette histoire, affirme la lauréate du premier prix.
Au-delà de la fiction, Mme Kobalia souhaite contribuer concrètement, avec son entreprise, à la défense de la souveraineté canadienne face à l’intérêt croissant des puissances mondiales pour la zone arctique.
Une fiction utile
Comme l’explique Marie-Pierre Raymond, scientifique à la Défense et responsable du concours, ce recours à l’imagination des Canadiens vise à faire avancer les réflexions en vue d’investir et de créer des plans stratégiques.
Ces technologies et enjeux élaborés par les auteurs seront maintenant extraits de leurs histoires et analysés par des experts de la Défense nationale.
L’exercice s’inscrit dans la mouvance de la fiction utile, qui rassemble de nombreux créateurs de fiction, dont certains collaborent avec les gouvernements pour les aider à réfléchir en dehors des sentiers battus.

L’exercice vise à renouveler des modèles de planification devenus trop rigides face aux nouvelles technologies.
En sollicitant l’imagination des Canadiens, la Défense canadienne avait pour objectif d’aller au-delà des communautés traditionnelles de la défense et de la recherche, indique Mme Raymond.
Ces technologies décrites seront ainsi extraites de leurs histoires, et analysées par des experts de la défense canadienne.
Or, les histoires reçues ratissent bien plus larges que les éléments techniques qui y sont déployés, comme le souligne Marie-Pierre Raymond, qui parle d’une omniprésence des peuples autochtones dans l’imaginaire des concurrents.
Une majorité des participants ont reconnu dans leur récit l’importance d’inclure les personnes autochtones pour leur connaissance du terrain, en les faisant intervenir, par exemple, lorsqu’une technologie ne fonctionne plus, et que l’humain doit prendre le relais, note-t-elle.
C’est l’angle adopté par Julien Junet, qui a pris la 10e place avec le Silence d’une maison occupée, un récit mettant de l’avant la présence des populations inuit locales qui seront affectées par de futures opérations militaires dans l’Arctique.

Je ne voulais pas représenter le Nord comme un désert vide et tomber dans une bataille épique. C’est beau, les technologies, mais il y a des humains qui sont là, fait-il valoir.
Le Montréalais travaille dans le secteur des télécommunications, en plus d’être éditeur pour le magazine branchez-vous.com (nouvelle fenêtre), axé sur les nouvelles technologies.
J’avais envie de participer à cette prospection. Je voulais participer à un projet susceptible d’avoir des répercussions dans le vrai monde, dit-il.
Au total, 11,3 % des 200 histoires reçues ont été soumises en français, cinq d’entre elles figurent parmi la liste de 12 lauréats.
Seule une histoire, provenant du Nunavut, représente les territoires canadiens.
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